Edito

Précarité étudiante, une réalité trop souvent oubliée

David Gauvin / 15 juillet 2021

A partir de la rentrée, les étudiants non-boursiers qui ne peuvent pas justifier d’une situation « de précarité » ne pourront plus bénéficier du dispositif repas à un euro du Crous.

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C’est une annonce qui est passée presque inaperçue mais qui provoque la colère de nombreux étudiants. La ministre de l’Enseignement supérieur a annoncé les modalités de la prochaine rentrée universitaire lors d’une conférence de presse. Parmi les mesures annoncées « 300 millions d’euros supplémentaires » qui seront investis pour faire face à la crise, une rentrée 100 % en présentielle et le maintien de l’initiative ticket U à 1 euro. Selon les annonces de la ministre, le repas à un euro sera désormais uniquement accessible aux étudiants boursiers et non-boursiers « en situation de précarité ».

Une enquête de l’association Co’p1, publiée le 26 avril, met au jour certains faits relatifs à la précarité étudiante. « 79% des bénéficiaires répondants ont sollicité une aide alimentaire pour la première fois à la rentrée universitaire 2020-2021. » C’est ce que révèle l’enquête de l’association Co’p1, créée en septembre 2020 par six amis étudiants. Pour ceux qui pouvaient encore en douter, la crise sanitaire a des conséquences très importantes sur les étudiants, davantage paupérisés. Cet état des lieux mené d’octobre à décembre 2020, intitulé « Enquête sur la précarité étudiante », publié le 26 avril, a été mené pour « en connaître un peu plus sur les bénéficiaires afin d’identifier les besoins les plus urgents et démarcher des partenaires pour répondre le plus précisément possible », révèle Paul Bouscary, directeur des études de l’association.

"Au niveau du réseau de la FAGE (fédération des associations générales étudiantes), on n’a jamais connu une telle situation, alerte Paul Mayaux, président de l’organisation étudiante. On note trois points très critiques : la santé, le logement et l’alimentation". Ainsi, sur ce dernier point, le réseau des Agoraé (épiceries solidaires), 24 dans toute la France, a connu en quelques mois des chiffres équivalents à ceux recensés depuis la création du dispositif, il y a dix ans. "Rien que sur la période mars-août, près de 30.000 paniers ont été distribués", précise Paul Mayaux. Avec plus de 12.000 bénéficiaires désormais enregistrés. Alors qu’avant même la crise du Covid-19, on estimait que 20% des 2,7 millions d’étudiants de France vivaient en dessous du seuil de pauvreté, la situation a explosé ces derniers mois. La FAGE s’appuie sur une enquête commanditée auprès d’Ipsos, à l’issue du confinement et selon laquelle 74% des jeunes interrogés ont estimé avoir rencontré des difficultés financières. Un tiers d’entre eux auraient même dû renoncer à des soins pour cette raison.

Alors, face à cette réalité, le combat pour le maintien du repas à 1 euro dans les restaurant universitaire pour tous, éclaire de l’urgence de changer de paradigme. La jeunesse étudiante, ne peut demeurer le laboratoire d’une société de précarité. Comment peut on construire sa vie, si on connaît des difficultés de subsistance ? Comment peut on s’émanciper de ses parents, si on prend en compte les revenu des parents pour définir les critères de bourse ? Tout ce système injuste doit être abattu.

A la place, il est temps de mettre en oeuvre le revenu d’autonomie pour tous les jeunes. Cette question est ancienne puisqu’elle provient de la charte de Grenoble de 1946, fondatrice du syndicalisme étudiant et qui reconnaissait l’étudiant comme un « jeune travailleur intellectuel ». L’idée de « salaire étudiant » s’est ensuite progressivement confondue avec celle d’« allocation d’autonomie », même si les appellations diffèrent. Cette idée s’est largement diffusée hors des cercles syndicaux, notamment dans les années 2000, avec la publication de nombreux rapports sur le sujet. Cette allocation est réalisable budgétairement et elle est souhaitable socialement , il n’est plus temps d’attendre.

« L’étudiant n’est pas un conteneur que vous devez remplir mais un flambeau que vous devez allumer ». Albert Einstein

Nou artrouv’

David Gauvin