Edito

Précarité menstruelle, ça suffit

David Gauvin / 1er juin 2021

En France, 1,7 million de femmes manquent de protection hygiénique et plus d’une femme sur trois ne change pas suffisamment de protection ou à recours à l’utilisation de protections de fortune. Outre des répercussions évidentes sur la santé de ces femmes, qui peuvent s’avérer très graves, ce manque de protection hygiénique a également des conséquences sur la vie étudiante et professionnelle des femmes impactées. En effet, la précarité menstruelle a de nombreuses facettes : économique indiscutablement, sanitaire indéniablement et sociale.

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D’après une étude réalisée par le journal Le Monde en 2019, dans sa vie, une femme dépense en moyenne 3 800 euros en hygiène menstruelle, cette somme pouvant représenter jusqu’à 5 % de son budget. En effet, outre les protections hygiéniques, d’autres dépenses directement liées aux menstruations, telles que les anti-douleurs ou les rendez-vous gynécologiques, sont également à prendre en compte. S’agissant des protections hygiéniques, elles représentent à elles seules un budget allant de 5 à 7 euros par mois, selon les associations.

Pour la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique, la précarité menstruelle a pour conséquence une diminution des opportunités offertes aux filles et aux femmes à travers le monde. Ces personnes sont ainsi parfois obligées de concevoir leurs propres protections, parfois inefficaces et peu ou pas hygiéniques. Le manque d’accès aux protections hygiéniques a pour principale conséquence l’exclusion des personnes réglées, dont le décrochage scolaire pour les plus jeunes.

La question de la précarité menstruelle touche le quotidien de nombreuses Réunionnaises, malgré les tabous. Mais il y a des solutions. Depuis 2018, le gouvernement écossais a rendu gratuites les protections hygiéniques au sein des établissements scolaires. Premier pays à mettre en œuvre cette disposition, l’Ecosse en assure le financement, grâce au déblocage d’un fonds de 6,4 millions d’euros. En février 2020, les membres du parlement écossais ont renforcé le dispositif et voté en première lecture la gratuité des protections périodiques pour toutes. L’ensemble des partis représentés au parlement ainsi que le gouvernement ont soutenu la proposition de loi. Le coût annuel de la mesure est chiffré à environ 28 millions d’euros. Ce vote est un véritable pas en faveur de la lutte contre la précarité menstruelle. D’autres pays ou villes semblent suivre l’exemple de l’Ecosse. En effet, à Séoul, en Corée du Sud, les protections hygiéniques sont gratuites pour les adolescentes, sans distinction de revenu contrairement au reste du pays.

Il nous faut avoir le courage dans notre Pays de permettre à chaque femme d’avoir les protections dont elle a besoin quel que soit ses revenus. La biologie ne fait pas la distinction entre les revenus de chacune. C’est un message fort que nous devons lancer aux générations de femmes qui se lèvent. La gratuité des protections hygiéniques pour toutes les Réunionnaises doit être mise en œuvre sans tarder.

Tant qu’une seule femme sur la planète subira les effets du sexisme, la lutte des femmes sera légitime, et le féminisme nécessaire. Isabelle Alonso

Nou artrouv’

David GAUVIN