Edito

Projets de construction sur le littoral : quelle durée de vie face à la montée des eaux ?

Témoignages.re / 25 septembre 2018

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Hier soir, le sud et l’ouest de La Réunion se préparaient à faire face à l’arrivée d’un train de houle. Météo France avait déclenché l’alerte à compter de 20 heures. Des vagues pouvant aller jusqu’à 8 mètres étaient attendues. Par mesure de précaution, plusieurs maires de communes concernées ont interdit l’accès au littoral.

C’est surtout vers le quartier de l’Étang à Saint-Louis que les craintes sont les plus importantes. Un précédent épisode analogue a amené l’eau jusque dans les maisons. Des travaux d’urgence de confortement du littoral viennent juste d’être terminés, ils devaient donc subir dès hier soir un test grandeur nature avec une lourde responsabilité : celle d’éviter la catastrophe. Devant ce danger, le maire de Saint-Louis a fait ouvrir un centre d’hébergement d’urgence en cas d’évacuation.

En tant qu’île de l’océan Indien, La Réunion a toujours été concernée par la houle. Le fait nouveau, ce sont les conséquences sur des zones densément peuplées qui ont été construites près du bord de la mer. C’est particulièrement inquiétant dans le sud-ouest de l’île. C’est en effet qu’eut lieu en 1948 une terrible catastrophe, avec plus de 100 morts à cause du passage d’un cyclone. Le centre-ville de Saint-Leu avait alors été transformé en un lit de rivière. Prenant en compte cette expérience, les constructions qui suivirent ont été localisées hors de portée de la mer. Ce fut notamment le cas du collège Marcel Goulette, construit à Piton Saint-Leu et non au centre-ville. Mais ces dernières années ont vu une recrudescence des constructions près du littoral et pas seulement à Saint-Leu, ce qui augmente statistiquement le risque de sinistre.

L’autre modification est liée au changement climatique. Le niveau de la mer monte progressivement. Cela signifie que l’océan Indien compte un volume d’eau plus important, et la différence d’altitude entre la surface des flots et les logements se réduit chaque année de manière imperceptible à l’œil nu, mais bien réelle. Au fil des décennies, au fur et à mesure de la fonte des glaciers, cette montée des eaux rendra encore plus dévastateurs les épisodes de forte houle. Le principe de précaution implique donc que les investissements dans les infrastructures et les nouveaux logements ne se fasse pas sur le littoral, la zone de tous les dangers.

Mais à La Réunion, ce fait qui découle de la logique élémentaire est nié. C’est précisément en pleine mer que la plus importante somme d’argent public est dépensée, pour tenter de construire une route en mer sans avoir les matériaux nécessaires. C’est aussi dans une plaine littorale, Cambaie, qu’il est envisager de créer une ville nouvelle de plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Gageons que les alertes forte-houle rappelle une réalité : l’être humain a toujours perdu la bataille contre l’océan, la disparition du phare du Port est là pour en témoigner.

J.B.