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Quand on parle d’institution, sans jamais avoir la volonté de changer les choses

vendredi 9 septembre 2022, par David Gauvin, Editorialistes


Le Président de la République a réuni des élues à un diner pour annoncer qu’il n’était pas opposé à une réforme des institutions. En somme il n’a rien dit de concret, sauf vouloir réveiller des vieux débats qui masquent le bilan de la départementalisation de 1946, et empêche toute tentative de régler enfin les problèmes de la Réunion.


A l’occasion du 75 ème anniversaire de la loi du 19 mars, l’Insee a fait la comparaison sur la situation de l’île de l’époque et celle d’aujourd’hui. Les inégalités avec la Métropole sont toujours présentes, mais le développement économique et technologique est perceptible. En 1960, le PIB par habitant de La Réunion ne représentait que 8% du PIB de la France. En 2019, il représentait 64%, une augmentation significative mais qui marque une forte disparité persistante avec l’Hexagone. Au niveau national, le PIB par habitant en France était d’environ 33.000 euros, contre 18.800 à La Réunion. L’offre de santé à La Réunion s’est nettement améliorée : en 1946, 15 médecins pour 100.000 habitants étaient disponibles. En 2019, 138 médecins pour 100.000 sont présents. Un chiffre qui reste tout de même largement en dessous de la moyenne nationale, qui se situe à 338.

Le nombre de lycée est passé de deux à 48 sur la même période, tandis que 2.400 points de vente étaient présents en 1954 contre 16.500 en 2019. 99% des logements réunionnais sont raccordés à l’électricité, contre 13% en 1954. Le nombre d’habitants a explosé pour passer de 241.700, dont 2% de non-natifs, en 1946 à 857.000, dont 17% de non-natifs, en 2021. Si 55% de l’emploi était agricole et 23% tertiaire en 1953, il est désormais à 84% tertiaire pour 3% agricole. Le taux d’emploi n’a cependant que peu évolué : en 1954, 54 emplois pour 100 personnes étaient disponibles, contre 59 aujourd’hui. 100 000 reunionnais sont toujours victime de l’illétrisme. Le taux de pauvreté reste extrêmement élevé, avec 39% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté.

Mais maintenant que faire de plus dans ce même cadre. Les enjeux qui nous attendent sont connus, éradication de la pauvreté, décarbonisation totale de nos modes de vie, sortie de l’économie de comptoir, autonomie alimentaire. C’est la que le système actuelle nous empêche d’agir. Nous gardons l’objectif du rattrapage en utilisant les mêmes moyens que la France, alors que nous devons mettre en œuvre notre propre chemin basée sur nos atouts et nos contraintes. Alors ramener le débat à celui de 1959 est simpliste et parfaitement scandaleux. L’ancien sénateur-maire de Saint-André, que l’on réveille à chaque question intitutionnelles affirme que ce n’est pas un problème statutaire qui "asphyxie" La Réunion mais bien les "dysfonctionnements" liés autour des réformes successives de la loi de décentralisation. "Nous avons une décentralisation qui reprend d’une main ce que la loi donne de l’autre. Elle ne fonctionne pas", déplore-t-il. Depuis trop longtemps, ce personnage s’oppose à tout sans jamais rien proposer. Le bilan de ces nombreux mandats est simple, une ville qui est l’exemple de tout ce qu’il ne faut pas faire en matière d’aménagement et de développement. Un amendement qui ne règle pas la situation de la Réunion, mais qui empêche les évolutions possibles.

Mais par contre, il a raison quand il affirme "i touche pa à notre statut sans consulte a nou". Mais alors qu’attend t on pour réunir la conférence territoriale élargie seule organe permettant d’aller vers le consensus Réunionnais. Notre avenir compte plus que les fausses pistes et les pieges que tendent les partisans du statut quo. Mais cette conférence ne doit pas seulement être l’affaire des technocrates comme on l’entend parfois. Si ils étaient la solution, cela se saurait. L’ancien sénateur maire va même jusqu’à dire qu’ils sont le problème. Nous n’irons pas jusque là. Dans ce cadre, que chacun amène ces solutions et ensuite que le peuple décide. Nous ne pourrons nous contenter encore une fois, d’une LOOM, LOPOM, LODEOM et autres. C’est la proposition simple du PCR, pour sortir de l’impasse des discours stériles. Allons ensemble vers la Conférence Térritoriale Elargie.

« En politique, quand j’entends un de ces grands mots techniques, je me braque, et je cherche toujours quelle infamie ça cache. » Aimé Césaire

Nou artrouv’


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