Edito

Quand un système est devenu hors de contrôle : le cas de la surpêche en Afrique de l’Ouest

David Gauvin / 16 juin 2021

Piller les ressources de poissons sauvages pour nourrir les poissons d’élevage : tel est le paradoxe dont est victime l’Afrique de l’Ouest, dont les richesses halieutiques sont surexploitées par les Européens et les Asiatiques.

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La surconsommation des pays du Nord provoque souvent des situations paradoxales. Après avoir pillé leurs propres ressources halieutiques, les Européens et les Asiatiques sont d’abord allés pêcher un peu plus loin, puis jusqu’à l’autre bout du monde. Puis ils se sont tournés vers l’aquaculture et la pisciculture, l’élevage industriel de poissons et de crustacés. Mais ce mode de production, qui domine désormais le marché mondial, est très souvent critiqué pour la pollution qu’il engendre. Créé pour pallier l’épuisement des ressources induit par la surpêche, il est en outre paradoxalement particulièrement vorace et participe à vider les océans des petits poissons sauvages. Pêchés en masse, ceux-ci sont transformés en farine et en huile, qui servent de base à l’alimentation d’animaux d’élevage et de compagnie.

Il faut « nourrir le monstre », pour reprendre le titre du rapport de Greenpeace et Changing Markets Foundation publié le 1er juin, quitte à déséquilibrer les écosystèmes locaux et à fragiliser la sécurité alimentaire des populations ouest-africaines. Chaque année, un demi-million de tonnes de petits poissons frais – des sardinelles et des bongas qui auraient pu nourrir 33 millions de personnes – sont ainsi pêchés au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest pour être transformés en nourriture destinée aux saumons de Norvège, aux truites de Chine ou aux cochons de France. Réputées jusqu’à présent très poissonneuses, et peu surveillées, les eaux du Sénégal, de la Gambie et de la Mauritanie sont devenues les nouveaux « hubs » du marché mondial de farine et d’huile de poisson. En moins de dix ans, une trentaine d’usines de transformation ont ouvert leurs portes dans les trois pays. Au-delà du désastre écologique que cela représente pour la région, ce business prive surtout les populations côtières de leurs sources de revenus et de leurs ressources en protéines animales principales.

S’il semble évident que la surpêche a des conséquences dramatiques à long terme, un rapport de l’ONU alerte sur le fait que la surpêche, essentiellement pratiquées par les pays riches, est un réel problème en ce qui concerne le droit à l’alimentation. Ainsi le rapporteur spécial à l’ONU Olivier de Shutter estime que « l’accaparement des mers est une menace aussi grave que l’accaparement des terres ». La surpêche met en danger les réserves mondiales de poissons, et les conséquences sont dramatiques pour les pays pauvres, en particulier en Afrique.
Ce système ne peut plus tenir. On va pousser des populations entières dans la famine pour pouvoir nourrir des poissons d’élevage. L’aquaculture nous ait vendue comme un moyen de préserver les milieux naturels. En réalité, non, elle contribue plutôt à accentuer le problème. C’est une révolution de nos mentalités et de nos habitudes qui doit être menée. Plus les aliments sont produits prêt des lieu de consommation, plus ils sont sains et préserve la planète. Il nous faut retrouver de la rationalité dans nos habitudes de consommation.

« L’homme pille la nature, mais la nature finit toujours par se venger » Gao Xingjian

Nou artrouv’

David GAUVIN