Edito

Que devient la révision de la Constitution ?

J.B. / 27 juillet 2018

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L’affaire Stéphane Benalla, du nom du membre du cabinet d’Emmanuel Macron en cours de licenciement par l’Élysée est révélatrice de la coupure entre la population et une partie des élus qu’elle se choisit à plusieurs niveaux.

Tout d’abord concernant les faits eux-mêmes : la violente répression de manifestants par un membre du cabinet du président de la République devant des policiers qui le laissent faire. Ces faits ont été connus par sa hiérarchie dès le lendemain, avec comme seule sanction une mise à pied de deux semaines. Il a fallu qu’une vidéo soit publiée sur Internet pour que le pouvoir soit obligé de prendre d’autres mesures. Il a saisi le prétexte d’un fait nouveau pour licencier Stéphane Benalla. Mais sans cette vidéo, le fautif serait toujours dans le cabinet du président de la République. L’Élysée a montré dans cette affaire que frapper des manifestants est un acte qui n’est réprimé que par deux semaines de suspension.

Ensuite, la réponse du chef de l’État est également révélatrice. Il ne s’est exprimé que lors d’une réunion avec des membres de son parti où il a déclaré qu’il est le seul responsable, et a dit que l’on vienne le chercher. Emmanuel Macron n’est pas sans savoir que pendant la durée de son mandat, il est irresponsable pénalement à l’exception de faits très graves pouvant amener à sa destitution. Le président de la République n’est pas un citoyen ordinaire, à quoi bon cette sortie si ce n’est pour rappeler que les hautes sphères du pouvoir vivent en marge de la société ?

Enfin, toute cette polémique a bouleversé le calendrier qui avait la révision constitutionnelle à l’ordre du jour. Il n’est plus question que des débats autour de la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur cette affaire. La Constitution est pourtant la loi fondamentale de la République, base de toutes les autres lois. Mais elle est passée au second plan. C’est aussi un fait révélateur de la coupure entre la population et une partie de ses élus. Car ce qui intéresse avant tout les électeurs, c’est d’avoir des réponses à leurs problèmes. La résolution de l’affaire Stéphane Benalla ne réglera rien pour eux, alors que la révision de la Constitution est le moment de mettre tous les problèmes sur la table.

J.B.