Edito

Que mille modèles fleurissent…

Ary Yée Chong Tchi Kan / 30 octobre 2017

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Comme promis, je reviens plus largement sur la réaction du lecteur Chavriacouty publiée le 25 octobre [1]. Il écrit : « Et si la Chine nous prouvait qu’en fait, le modèle communiste n’était pas plus mauvais que le capitalisme ! Ce pays de presque la moitié de la population mondiale est un exemple atypique de la survivance du communisme pur et dur ! » Il réagissait ainsi à l’article intitulé : “la Chine proche du niveau de vie aisé”. On apprend que, « en Chine le coefficient Engel, qui mesure la part des dépenses des ménages consacrés à l’alimentaire, se rapproche du « niveau de vie aisée » fixé par l’ONU, et de tels changements ont même profité au marché européen ».

Tout d’abord, un petit correctif : avec 1,4 milliard d’habitants, la Chine représente environ 19 % de la population mondiale qui totalise 7,4 milliards. Mais cela n’enlève rien à la question de fond qui est posée.

1-En réalité, nous évoluons à l’ère du capitalisme triomphant à l’échelle planétaire. Pour le moment, il n’existe pas un autre système globalisant. Il a atteint un haut degré de perfectionnement au fil du temps. Après 2 guerres mondiales pour la conquête et le contrôle de marchés de plus en plus vastes, après la fin de la guerre froide, les conditions politiques existaient pour aller vers un seul marché. Le capitalisme national rêvait de ce nouveau terrain de jeu, infini, sans frontière. L’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) naquit, officiellement, le 1er janvier 1995 pour réaliser ce marché unique et régler les différends commerciaux dans le sens de l’intégration totale. Illustration par notre économie sucrière.

2-Dans ce contexte supra-national, chaque pays ou territoire rivalise d’imagination pour se développer ou exister. En 2001, les dirigeants de l’OMC ont fini par faire une petite place à la Chine, après 15 ans de négociation. Très vite, elle en a tiré le meilleur profit pour traiter ses retards structurels et se hisser à la deuxième place de l’économie mondiale. Dès lors, le doute s’est emparé des pays fondateurs. Les Etats-Unis, le Japon et l’Europe refusent de reconnaître à la Chine “le statut d’économie de marché”, pourtant prévu au 12 décembre 2016 au protocole d’adhésion de l’OMC.

3-Trop tard, le mouvement historique a emporté les faiseurs d’histoires. A Davos, le 17 janvier 2017, Xi Jinping a administré à un auditoire inquiet par les propos de Trump un discours sur la mondialisation comme un phénomène irréversible. Il a donné un gage de confiance et de stabilité à la communauté économique mondiale. Il ne restait plus aux délégués du 19e Congrès du PCC de constater le chemin accompli et de considérer qu’à ce stade, une ère nouvelle est née qui oblige à réexaminer les priorités sous l’angle théorique de “la contradiction principale”. Les observateurs en ont eu un petit aperçu lors de la présentation aux médias de la feuille de route pour les 5 prochaines années.

4-Les dirigeants politiques occidentaux et chinois nagent dans le même grand océan : le capitalisme mondialisé. L’expérience chinoise diffère du fait qu’elle est toute récente et pilotée par des dirigeants issus du PCC qui milite pour “un socialisme à la chinoise”, “la sinisation du marxisme” et une vision partagée de l’avenir. Elle est d’inspiration communiste mais propose de cheminer ensemble. La veille du 19e Congrès, le Président Xi demande de bien comprendre le marxisme et le capitalisme. La “Communauté de destin de l’humanité” que les dirigeants chinois appellent de leur vœu est une co-construction et le respect des différentes expériences. La démarche contrarie celle des Etats Unis qui consiste à détruire un pays quand le régime politique ne leur plait pas.

5-A La Réunion, le PCR est un grand contributeur théorique et expérimental. Il se distingue par la pertinence de sa vision de l’avenir et la cohérence de son projet spécifique “la responsabilité pour plus d’autonomie”. Le modèle néo-colonial imposé depuis Paris ne marche pas. Inspiré par la gauche ou la droite, l’objectif était de détruire le PCR au lieu de traiter les problèmes concrets du pays. La seule alternative réunionnaise dans le cadre du capitalisme mondialisé est une démarche volontariste, responsable, assumée et partagée par la majorité de nos concitoyens. Si les Réunionnais veulent être respectés, ils doivent prendre leur place dans les grands courants d’échanges qui préparent le nouveau monde de 9 milliards d’habitants. Personne ne viendra nous sauver quand les courants se transformeront en tourbillons. Que mille modèles de développement fleurissent sur la planète.

Ary Yée Chong Tchi Kan

[1La Chine proche du niveau de vie aisé, Témoignages du 25 octobre 2017, http://www.temoignages.re/international/monde/la-chine-proche-du-niveau-de-vie-aisee,91007