Edito

Rapport annuel de l’observatoire des inégalités : situation de moins en moins supportable

David Gauvin / 5 juin 2021

L’Observatoire des inégalités vient de publier son troisième ’Rapport sur les inégalités en France’, qui constate une stabilité de l’écart absolu de niveau de vie entre les plus riches et les plus pauvres… mais rappelle que cinq millions de Français vivent avec moins de 855 euros par mois. Le rapport s’intéresse à la notion de ’mal emploi’, qui concernerait 8 millions de personnes. Et passe au crible d’autres variables, qu’il s’agisse d’éducation ou, tout simplement, d’espérance de vie.

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L’Observatoire constate une stabilité de l’écart absolu de niveau de vie (soit 4.000 euros par mois) entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres. Mais cet écart s’est en revanche accru de 833 euros si on remonte à vingt ans. Si on s’en tient aux seuls revenus, l’écart s’est plutôt réduit ces dernières années, après avoir connu une forte poussée avec la crise de 2007 : le ratio de Palma (ce que perçoivent les 10% les plus riches par rapport aux 40% les plus pauvres) est ainsi passé de 1 en 1996 à 1,14 en 2011, avant de revenir à 1,05. Le taux de pauvreté (à 50% du revenu médian) a connu une évolution similaire : 7,3% en 2006, 8,3% en 2011 et 8,0% en 2016. Pour autant, l’Observatoire rappelle que le taux de pauvreté français (13,6% à 60% du revenu médian) est l’un des plus faibles d’Europe, inférieur à ceux de l’Allemagne (16,5%), du Royaume-Uni (15,9%) et même de la Suède (16,2%). Seules la Norvège (12,2%) et la Finlande (11,6%) font mieux que la France. Même plus faible que la moyenne européenne, ce taux de pauvreté signifie tout de même que cinq millions de Français vivent avec moins de 855 euros par mois et par personne.

Mais le rapport ne se limite pas aux seules questions de revenus et de niveaux de vie. Remettant en cause la focalisation excessive sur le taux de chômage – qui "reflète mal la dégradation du marché du travail" -, il s’intéresse en effet à la notion de mal-emploi. Au-delà des 2,8 millions de chômeurs, celle-ci recouvre les 1,6 million d’"actifs découragés" (personnes proches de la retraite, mères de familles...), les 1,6 million de travailleurs en temps partiel non choisi et les 3,7 millions de "travailleurs précaires" (intérimaires, CDD...). Pour être complet, il faudrait d’ailleurs y ajouter les "travailleurs indépendants contraints", comme les livreurs de repas ou les chauffeurs de VTC. Le rapport explique qu’"en tenant compte du chômage, de la précarité des contrats en CDD ou intérim, ainsi que des personnes qui déclarent qu’elles souhaiteraient travailler mais ne sont pas considérées comme chômeuses, l’Observatoire des inégalités décompte plus de huit millions de personnes en situation de mal-emploi", soit un actif sur quatre. En outre, ce phénomène de précarité serait en hausse depuis 2014, après dix années de stabilité.

Les inégalités sont également très prégnantes en matière de modes de vie. Le rapport rappelle notamment que 800.000 personnes n’ont pas de domicile propre, dont au moins 11.000 à la rue, 143.000 sans domicile et 643.000 "hébergées dans des conditions de confort plus ou moins acceptables, mais sans accéder à l’autonomie". En revanche, la précarité énergétique est passée de 14% en 2013 à 12% en 2017, sous l’effet de la meilleure isolation des logements et de la lutte contre les "passoires thermiques". Les consommations culturelles restent également très typées socialement. Il est en de même pour les usages d’internet : 98% des cadres supérieurs effectuent des démarches administratives en ligne, contre 69% des ouvriers. De même, 66% des personnes les plus pauvres disposent d’un ordinateur, contre 93% parmi les titulaires de revenus élevés. Mais la principale inégalité reste celle liée à l’espérance de vie. Les hommes disposant du plus faible revenu affichent ainsi une espérance de vie moyenne de 71,7 ans, contre 84,4 ans pour les 5% appartenant aux catégories les plus aisées, soit un écart de près de treize ans. Ces écarts d’espérance de vie ne reflètent toutefois pas seulement les différences dans l’accès à la santé ou dans l’hygiène de vie, mais prennent aussi en compte d’autres éléments, comme l’accidentalité.

La Réunion est la reine de la pauvreté en France. Les cinq communes de plus de 20 000 habitants les plus pauvres de France sont toutes situées à La Réunion : Le Port, Saint-Benoît, Saint-Louis, Saint-André et Saint-Joseph. Avec 218 000 pauvres, notre département se classe quatrième en volume alors qu’il est nettement moins peuplé que les trois premiers (Seine Saint-Denis, Nord et Bouches-du-Rhône). Le rapport décrit une fracture sociale outre-mer : « D’un côté, la richesse est accaparée par une minorité dont une partie vit d’une économie de rente, faiblement concurrentielle. De l’autre, la plus grande misère persiste, alimentée notamment par de très faibles niveaux de qualifications et le manque d’emplois pour les jeunes. Les prestations sociales amortissent partiellement les difficultés ». Un système qui crée autant de misère doit être renversé.

« Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui, où que ce soit dans le monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire. » Che Guevara

Nou artrouv’

David GAUVIN