Edito

Route en mer : et le respect de la mémoire du peuple réunionnais ?

J.B. / 12 novembre 2016

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Route la plus chère du monde à La Réunion : le Mur de La Grande Chaloupe.

Ce 11 novembre, trois événements historiques ont été commémorés : l’abolition de l’engagisme indien, la révolte des esclaves de Saint-Leu et la fin de la Première guerre mondiale.

Le 11 novembre marque une série de commémoration à La Réunion. La première est un événement planétaire, c’est l’anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale. La seconde concerne les relations entre La Réunion et un pays qui a contribué à son peuplement : c’est l’abolition de l’engagisme indien. Le troisième était la commémoration de la révolte des esclaves de Saint-Leu en 1811.

Pour le second événement, une cérémonie s’est déroulée à La Grande Chaloupe. C’est en effet dans ce quartier que de nombreux ancêtres ont foulé pour la première fois le sol de La Réunion. Au terme d’un voyage de plusieurs semaines, ils abordaient notre île en provenance d’Inde, mais aussi de Chine, de Madagascar, d’Afrique et d’Europe. À l’époque, ils devaient séjourner dans des lazarets pour respecter une période de quarantaine.

Cet émouvant hommage s’est conclu par une cérémonie sur le bord de la mer. Des fleurs ont été lancées dans l’océan pour saluer la mémoire de tous ceux qui sont passés par cet endroit, et aussi pour ne pas oublier celles et ceux qui n’ont pu voir notre île, décédés sur le bateau à cause d’un éprouvant voyage.

Le cadre de cette cérémonie a été terni par la présence d’un chantier. Depuis quelques mois, les galets s’accumulent sur le littoral de la Grande Chaloupe. Ils ont été jetés à cet endroit pour les besoins du projet de la route en mer. Depuis quelques semaines, les habitants de la Grande Chaloupe et les dizaines de milliers d’usagers quotidiens de la route du littoral relèvent la construction d’un mur immense qui barre l’horizon.

Les lazarets de la Grande Chaloupe sont un monument historique. Ils sont une part importante de l’histoire de La Réunion. Nombreux sont en effet nos compatriotes qui ont vu passer par ce lieu de souffrance au moins un de leurs ancêtres. C’est donc un monument constitutif du peuple réunionnais. Dans un autre pays, imaginerait-on la construction d’une autoroute juste à côté d’un lieu de mémoire aussi important ?

C’est pourtant ce qui est en train de se passer à La Réunion, avec un chantier voulu par Didier Robert et soutenu par l’État. Cela en dit long sur la manière dont nos ancêtres sont considérés.