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Simon Bolivar, le libertador

samedi 22 janvier 2022, par David Gauvin


La stature politique et humaniste de Simon Bolivar, figure de libération de l’Amérique latine, continue d’inspirer puissamment les mouvements de gauche du continent. Homme d’État vénézuélien du XIXe siècle, Simon Bolivar incarne les idéaux progressistes de libération de l’Amérique du Sud de la puissance coloniale espagnole. Il plaide pour la fin de la monarchie et une révolution sociale basée sur l’éducation à même d’asseoir une pleine indépendance.


Bolivar est né à Caracas en 1783, au sein d’une des plus riches familles du Venezuela. Son précepteur lui a fait lire John Locke et Jean-Jacques Rousseau. « Vous avez ouvert mon cœur à la liberté », écrit-il à son maître. Il voyage en Europe, dépense sa fortune, vit une vie assez dissipée. Exalté, il a des rêves de grandeur. A Rome, il jure ne jamais laisser « reposer (son) bras ni (son) âme tant que n’auront pas été brisées les chaînes qui nous oppriment par la volonté du pouvoir espagnol ». Au Vatican il refuse de baiser la sandale du pape et, en passant par Paris, devient franc-maçon. Comme plus tard Chavez, il choisit les armes et la rébellion. Quand éclate la révolution en Espagne, le jeune homme est de retour dans son pays natal et rejoint l’armée des insurgés de Francisco de Miranda. En 1812, Miranda est défait par les troupes royalistes. Bolivar est de ceux qui, par dépit, livreront leur chef à l’ennemi. Miranda finira ses jours dans une geôle de Cadix.

Bolivar rejoint à Carthagène un patriote colombien, Antonio Nariño, qui fut emprisonné pour avoir traduit et distribué la Déclaration des droits de l’homme. Puis il reprend le chemin de Caracas, à la tête de 130 hommes. C’est la « Campagne admirable ». Une « aventure chimérique », dit-on alors, conçue par « un esprit délirant ». Le 6 août 1813, il entre dans la ville. Il est sacré “Libertador”, « un titre supérieur à tous ceux que peut recevoir l’orgueil humain ». En 1814, les Espagnols reprennent Caracas, et Bolivar s’enfuit en Jamaïque, d’où il écrira une lettre restée célèbre dans laquelle il prône l’union et la république. Il repart à l’assaut du Venezuela à deux reprises. « Dieu concède la victoire à la constance ». En 1819, il fonde le Congrès de la Grande Colombie, une fédération unissant les nations libérées, la Colombie, le Venezuela, Panama et l’Equateur. Il en devient le président. D’autres batailles suivront, souvent gagnées par le jeune Antonio José de Sucre, pour la liberté du Pérou et du Haut Pérou (aujourd’hui la Bolivie, ainsi nommée en hommage à Bolivar).

Ce fut Bolivar qui en 1826, au célèbre congrès de Panama, lança l’idée de former en Amérique une « Société des nations sœurs pour discuter les grands problèmes de la guerre et de la paix avec les trois autres parties du monde ». Le traité d’union, ligue et confédération perpétuelles approuvé au congrès de Panama, sur l’initiative de Bolivar, tendait à l’organisation d’une grande confédération continentale, dont l’organe principal serait une assemblée générale composée de deux plénipotentiaires de chacun des États confédérés. Tous les États, sans aucune exception, y seraient représentés sur la base d’une égalité juridique parfaite, ce qui signifie, d’après la conception américaine de l’organisation internationale, qu’il n’y aurait pas de droit de veto en faveur de certains États. L’assemblée générale aurait sous sa juridiction une véritable armée internationale composée de contingents mis à sa disposition par tous les États membres pour garantir leur intégrité territoriale et leur indépendance politique et assurer l’exécution des ordres édictés par l’assemblée générale comme organe suprême de la confédération. La sécurité collective était donc efficacement organisée et garantie. Le traité de Bolivar de 1826 ne fut pas ratifié par tous les États signataires et il n’entra jamais en vigueur. Néanmoins l’esprit fédéraliste et démocratique de ce traité a été pendant plus d’un siècle la source d’inspiration de tous les hommes d’État, publicistes et diplomates américains qui, pendant tout le XIXe siècle et la première moitié du XXe, se sont efforcés d’organiser la paix en Amérique.

Le titre honorifique de « Libertador » lui fut d’abord accordé par le Cabildo de Mérida (Venezuela), puis ratifié à Caracas (1813), et reste aujourd’hui encore associé à son nom. Bolívar rencontra tant d’obstacles pour mener à bien ses projets qu’il en arriva à s’appeler lui-même « l’homme des difficultés », dans une lettre adressée au général Francisco de Paula Santander en 1825.
Bolívar a mené 100 batailles, dont 79 furent décisives, et pendant ses campagnes, il a parcouru 70 000 kilomètres à cheval, soit dix fois plus qu’Hannibal, trois fois plus que Napoléon et deux fois plus qu’Alexandre le Grand. En tant que figure majeure de l’histoire universelle, Bolívar est aujourd’hui une icône politique et militaire dans de nombreux pays d’Amérique latine et du monde, qui ont donné son nom à un très grand nombre de places, de rues ou de parcs. Son nom est aussi celui d’un État du Venezuela, de la monnaie du même pays, d’un département de la Colombie et surtout d’un pays, la Bolivie. On retrouve des statues à son effigie dans la plupart des grandes villes d’Amérique hispanophone, mais aussi à New York, Paris, Londres, Lisbonne, Bruxelles, Le Caire, Tokyo, Québec, Ottawa, Alger, Madrid, Téhéran, Barcelone, Moscou, Prague, Bucarest, Sofia et Garachico.

« Celui qui sert une révolution, laboure la mer » Simon Bolivar

Nou artrouv’

David Gauvin



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