Edito

Stop au gaspillage de la jeunesse

J.B. / 26 juin 2018

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Plus de la moitié des jeunes sont au chômage à La Réunion, mais aucune politique spécifique décidée par les Réunionnais n’est possible dans le cadre actuel.

Hier, le Conseil départemental a présenté un dispositif permettant à des travailleurs au chômage d’occuper un emploi à Madagascar dans le cadre d’un contrat unique d’insertion. C’est un emploi-aidé payé 1030 euros nets par mois pour 30 heures de service. Comme d’autres emplois-aidés, c’est un embauche provisoire d’un an renouvelable une fois. Madagascar n’est pas la seule destination possible. Ce programme a été lancé en 2007 à la suite d’une demande des Seychelles qui connaissait une pénurie de professeurs de français. Il a depuis été étendu aux autres pays de la région jusqu’en Inde avec un partenariat avec l’Alliance française. Sur place, les Réunionnais ont un statut d’assistant d’enseignement en langue française, et ils peuvent occuper d’importantes responsabilités. Ainsi, une Réunionnaise en contrat CUI est directrice adjointe de l’Alliance française à Madagascar, précise le dossier de presse remis hier par le Conseil départemental.

Voic plusieurs années, Paul Vergès défendait auprès du gouvernement français le rôle que peut jouer La Réunion dans la défense de la Francophonie. L’implantation de la langue française permet aux peuples des îles de notre région de communiquer entre eux. Mais, ce « butin de guerre de la colonisation » voit son influence reculer face au développement de l’usage de l’anglais. Cela concerne aussi Madagascar, avec l’implantation dans la Grande île de société nord-américaine. Rappelons également que Madagascar fait partie de l’AGOA, un pendant etatsunien du « Tout sauf les armes » européen, qui vise à renforcer les liens économiques entre les Etats-Unis et les pays en développement ayant les revenus par habitant les plus faibles. En utilisant la défense de la Francophonie dans la région, alors il serait possible de trouver un débouché pour des Réunionnais diplômés, suffisamment qualifiés pour enseigner une langue aussi difficile que le français, mais qui sont au chômage à La Réunion.

Le programme présenté hier par le Conseil départemental souligne en filigrane la crise du système en place à La Réunion. Car il met en évidence que de nombreux Réunionnais capables d’enseigner sont au chômage. Ce sont des personnes qui ont effectué de nombreuses années d’études pour se former, et au final, le système en place à La Réunion leur dit qu’il n’a pas besoin d’eux. Leur choix se résume entre l’exil ou le chômage. C’est l’illustration d’un système qui n’a que faire du développement de La Réunion, car il peut se permettre de sacrifier des générations de jeunes quel que soit leur niveau de formation. Un système qu’il est nécessaire de changer par une autre politique pour arrêter de gaspiller notre jeunesse.

J.B.