Edito

Syrie et Israël : dangereuse indignation sélective

J.B. / 9 avril 2018

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Depuis 2011, la Syrie subit une guerre civile. Ce conflit s’inscrivait au départ dans l’opération de remplacement des dirigeants des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, le Printemps arabe. Mais très rapidement, des puissances étrangères se sont impliquées dans le conflit. Elles ont misé sur des groupes terroristes qui ont rapidement rendu inaudible le message d’une opposition syrienne qui demandait des réformes.

Ce fut notamment le cas lors de l’expansion de groupes terroristes liés aux extrémistes religieux. Rappelons que ces groupes ont d’abord été armés par les États-Unis pour combattre en Afghanistan un régime laïc soutenu par les Soviétiques. Ils ont ensuite échappé à leur contrôle, imposant une sanglante dictature à Kaboul et soutenant une campagne d’attentats contre des intérêts occidentaux dans le monde. Le principal résultat fut les attaques du 11 septembre 2011 à New-York et Washington, utilisées comme Pearl Harbor en 1941 pour justifier l’entrée des États-Unis dans une nouvelle guerre.

Ces attaques étaient revendiquées par Al Qaïda, une création soutenue en son temps par Washington. Al Qaïda était présente en Syrie, et d’autres groupes ont émergé dont Daesh. Le destin de ce dernier est révélateur. Malgré l’aide occidentale, il n’arrivait pas à faire tomber le gouvernement syrien. Il s’est donc tourné vers l’Irak pour se construire un État à cheval sur les deux pays. Ce fut l’autoproclamé État islamique.

Au cours de ce conflit, bien des atrocités ont été commises. Il y eut notamment des attaques chimiques. Le gouvernement syrien a été accusé. Des mesures ont alors été prises. Ainsi, toutes les armes chimiques détenues par la Syrie ont été détruites, sous la supervision d’observateurs internationaux. Cela amène à s’interroger sur la provenance des armes qui ont encore visé des civils dernièrement.

En effet, en Syrie le camp des Occidentaux semble avoir perdu la partie. Car sur le plan militaire, le gouvernement syrien aidé par la Russie et l’Iran est en train de vaincre. C’est dans ce contexte qu’intervient l’affaire de la dernière attaque aux armes chimiques. Aussitôt, la France demande une réunion à l’ONU. Elle accompagne un mouvement qui vise à sanctionner la Syrie alors que les preuves ne sont pas là.

Pendant ce temps, à quelques centaines de kilomètres de là, le gouvernement israélien laisse son armée massacrer des Palestiniens qui participent à une manifestation pacifique. Cela fait deux vendredis que ces faits sont commis. Les preuves existent et sont visibles dans le monde entier. Mais pour les dirigeants occidentaux, pas question de sanctionner le gouvernement israélien. Attention à cette dangereuse indignation sélective.

J.B.



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Messages






  • Cet article comporte à mon sens des approximations contestables mais un fond de vérité consternant.

    Tenter de minimiser le caractère abominable, d’aucuns diraient "génocidaire" de l’actuel régime syrien prêterait à rire, si tant d’innocents n’étaient pas en train de mourir.

    Mais :
    Il serait vain de revenir sur les dérives de l’administration américaine si celle ci ne persévérait pas dans des erreurs, variables au grès des circonstances, mais constantes dans leur aveuglement.
    En syrie, c’est justement l’absence d’engagement occidental au cotés d’une opposition initialement démocratique qui a permis aux islamistes de prendre l’ascendant puis au régime de perdurer et maintenant d’être en passe de vaincre.

    Pour ce qui est de la position israélienne, le Grand Rabbin d’Israel, Yitzhak Yosef crie au génocide en Syrie. A nouveau, l’on ne peut qu’applaudir la farce, au vu de l’action d’Israël vis à vis du peuple Palestinien et de son rôle dans la déstabilisation du Moyen Orient d’abord, dans la légitimation de l’islamismes intégriste ensuite.

    A nouveau, l’absence d’engagement des démocraties pour rappeler le droit, la morale à l’occasion, et mettre devant leur responsabilité morale les survivants d’une tentative de génocide est affligeant. Je n’évoquerai pas, par pudeur, le comportement de l’administration américaine, passée ou présente.

    Et lorsqu’on s’indigne d’une hypothétique "indignation sélective", c’est faire trop d’honneur aux démocraties. En effet, quel sera l’effet réel de cette indignation ? A supposer que ce soit encore souhaitable, ce qui n’est plus, allons nous renverser le régime Assad ? En aucun cas. Nous allons, probablement, déclarer formellement que : "ce n’est pas gentil et qu’il ne faut plus le faire ..." Je n’évoque même pas, pas décence, ce que nous tolérons d’Israël.

    Le problème n’est hélas pas l’indignation sélective des démocraties occidentales. C’est leur lâcheté, lâcheté morale à l’occasion.

    Pour en conclure, je recommanderai de lire "L’ordre du jour" d’Eric Vuillard, à propos de l’Anchluss. Les démocraties ont sacrifié leur honneur en croyant éviter la guerre. Elles ont eu le déshonneur et la guerre en prime. Ceux qui oublient leur passé se préparent à le revivre.

    Paul CIONI

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