“Têtes de Turcs”

16 décembre 2004

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Comme on le sait, le vocabulaire n’est jamais neutre. Et l’expression française “tête de Turc” est extrêmement péjorative - voire raciste - à l’encontre du peuple turc. Ce rejet de l’autre, en l’occurrence les musulmans, est une des marques de la polémique de très bas niveau qui anime l’actualité politique en France depuis plusieurs mois. Et cela, à l’occasion du lancement des négociations en vue de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.
On notera au passage que dans le cadre de ce débat, les opposants à l’adhésion sont “de droite” comme “de gauche”. Ensuite, qu’ils masquent souvent leur ostracisme et leur xénophobie derrière des arguments du genre : “avant l’ouverture de toute négociation, la Turquie doit d’abord respecter les droits humains dans son pays, les droits des femmes et les droits des minorités, comme les Kurdes” ; ou encore : “la Turquie doit d’abord reconnaître et réparer son génocide du peuple arménien”.
Sans doute, s’agit-il là de problèmes réels. Mais ne peut-on pas faire confiance aux démocrates et à l’ensemble du peuple turc pour continuer à faire progresser les solutions à ces problèmes ? Dans ce registre, il convient de rappeler que les Turques ont eu le droit de vote avant les Françaises.
Et surtout, les classes dirigeantes en France - de tous bords - sont-elles les mieux placées pour faire la leçon aux Turcs quant on connaît tous les crimes non réparés commis dans les colonies françaises pendant des siècles et quand on voit ce qui se passe encore aujourd’hui dans les ex-colonies devenues départements d’Outre-mer ? Quand on voit toutes les discriminations qui frappent les “Domiens”, n’est-on pas tenté de dire qu’ils sont les “têtes de Turcs” de Paris ?

L. B.


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Témoignages - 82e année


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