Edito

Un 2ème avertissement

Témoignages.re / 11 mars 2009

Après le jeudi 5 mars dernier, un 2ème avertissement a été adressé hier par les Réunionnais aux autorités de l’État et aux responsables du monde économique dans l’île. À Saint-Denis comme à Saint-Pierre, un grand nombre de personnes — dont beaucoup de jeunes — ont répondu à l’appel à la grève et aux manifestations lancées par le Collectif des Organisations Syndicales, Politiques et Associatives de La Réunion (COSPAR) pour faire satisfaire ses revendications.
Outre le nombre de manifestants, l’ambiance dans les défilés était très chaleureuse, festive — avec beaucoup de chants, de slogans et de discours en créole — mais aussi déterminée, avec de nombreux appels à rester mobilisés tous ensemble. Les opérations "coup de poing" qui ont suivi les meetings de clôture sont révélateurs de cette détermination à continuer la lutte pour se faire entendre par les décideurs. Quant aux affrontements et incidents de l’après-midi, ils donnent un signe de plus de la grande détresse sociale que connaît La Réunion.

Nous le redisons donc une nouvelle fois : il y a chez les décideurs une grave sous-estimation du mécontentement des Réunionnais les plus défavorisés contre la politique et contre le système socio-économique dont ceux-ci sont victimes. Et il n’y a pas d’illusion à se faire : tant que les causes profondes et multiples de cette colère n’auront pas été résolues, on en verra les conséquences.
Voilà pourquoi personne n’a intérêt à ce que cette situation perdure. Et les Réunionnais ont plus que jamais intérêt à renforcer leur union pour ne pas laisser les diviseurs profiter du système inégalitaire qui ravage le pays.

C’est pourquoi le "2ème avertissement" dont nous avons parlé plus haut ne doit pas être compris comme dans le football, où deux cartons jaunes entraînent l’exclusion. Ici il vise au contraire à garder sur le terrain des négociations les patrons et les représentants du pouvoir ayant commis jusque-là une faute de non écoute de la population.
Mais ces négociations doivent avant tout être plus respectueuses des intérêts des plus pauvres, qui n’ont ni les moyens ni des raisons de vivre ensemble dans de telles conditions. Leur exaspération montre l’urgence de régler les problèmes du malaise social de manière durable.

L. B.