Edito

Une politique pour figer les inégalités dès l’école

J.B. / 6 octobre 2018

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Dans une interview publiée dans la revue du CNRS, Agnès Van Zanten revenait sur ses travaux sur l’orientation scolaire dans le système éducatif. Elle rappelait notamment ceci :
« Depuis les travaux du sociologue Pierre Bourdieu dans les années 1970, on sait en effet que la réussite scolaire est étroitement corrélée au capital économique et culturel familial. Les chiffres sont implacables : les enfants de cadres sont deux fois plus souvent diplômés du supérieur que les enfants d’ouvriers, même si le système a tendance à nier l’impact du milieu socio-économique sur les performances. Selon les enquêtes Pisa (Programme international pour le suivi des acquis), la France est un des pays les plus inégalitaires de l’OCDE, un de ceux où le déterminisme social est le plus fort, où l’école, malgré des alternances politiques et des réformes successives, demeure « indifférente aux différences », comme le disait Pierre Bourdieu. »

La mise en place d’algorithmes pour déterminer l’orientation après le bac procède de la même logique inégalitaire, car les lycéens issus d’un établissement accueillant une majorité d’élèves venant des classes sociales favorisés sont bien mieux informés sur les méthodes à suivre. En effet, dans les autres établissements, le temps passé à lutter contre le décrochage scolaire se fait au détriment de celui consacré à l’orientation, faute de temps et surtout de moyens humains.

Lors de la conférence de presse de l’intersyndicale d’hier, Marie-Hélène Dor de la FSU a donné une autre illustration de cette politique visant à figer la société dans ses inégalités. Il s’agit de la suppression des enseignements généraux dans plusieurs formations de l’enseignement professionnel. Ceci vise clairement à cantonner les élèves suivant ces formations dans un rôle d’exécutant sans autre perspective. Or, c’est précisément dans les lycées professionnels que le taux d’échec aux diplômes est le plus élevé. Cette politique s’appuie sur la décision de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires. L’Éducation nationale ne sera pas épargnée, ce qui diminuera d’autant les postes de professeurs dans les matières qui disparaîtront des enseignements.

Le système éducatif à La Réunion est celui de la France, et il n’échappe pas non plus au déterminisme social. Cela implique que les enfants des classes populaires soient largement majoritaires dans les lycées professionnels. Manifestement, l’école sera de moins en moins un moyen utilisable pour changer de classe sociale.

J.B.