Edito

Une suite judiciaire à l’aventure malgache d’Air Austral ?

Manuel Marchal / 8 novembre 2019

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La perquisition et la mise sous scellé de tous les bureaux au siège d’Air Austral sauf ceux de la direction technique est un événement du même niveau que les perquisitions chez Didier Robert, dans son burean et au siège de la Région au sujet des marchés de la route en mer.

Cette initiative vient de l’Autorité de la concurrence, comme le précise ce communiqué diffusé hier :
« Le rapporteur général de l’Autorité de la concurrence indique que des opérations de visite et saisie inopinées ont été réalisées dans le secteur du transport aérien de passagers inter-îles dans la zone Océan Indien Les services d’instruction de l’Autorité de la concurrence ont procédé aujourd’hui, après autorisation d’un juge des libertés et de la détention, à des opérations de visite et saisie inopinées auprès d’entreprises à La Réunion suspectées d’avoir mis en œuvre des pratiques anticoncurrentielles dans le secteur du transport aérien de passagers inter-îles. A ce stade, ces interventions ne préjugent bien évidemment pas de la culpabilité des entreprises concernées par les pratiques présumées, que seule une instruction au fond permettra le cas échéant d’établir ».

Si l’Autorité de la concurrence refuse de donner des noms, un communiqué d’Air Austral rappelle le différend avec Corsair, seule compagnie aérienne de droit français autre qu’Air Austral et ses filiales à assurer dans le passé la desserte de Madagascar. Il s’avère que peu de temps après qu’Air Austral soit devenu le partenaire stratégique d’Air Madagascar, le gouvernement malgache de l’époque a interdit à Corsair de continuer à desservir Madagascar depuis La Réunion.

Il faut dire que les tarifs proposés par Corsair étaient nettement plus attractifs que ceux d’Air Austral à l’époque. Avec la prise de contrôle par Air Austral de la direction opérationnelle de la compagnie nationale malgache, puis l’interdiction faite à Corsair d’opérer depuis La Réunion, Air Austral s’est trouvée de fait en situation de monopole pour la desserte de Madagascar depuis La Réunion et Mayotte ce qui automatiquement favorise l’inflation des prix. En conséquence, il n’est pas rare de payer un billet d’avion pour la Grande île plus cher que pour aller en France !
Témoignages du 6 novembre dernier avait expliqué comment ce partenariat stratégique était en train de mal tourner pour la compagnie réunionnaise. Air Austral s’est en effet endettée pour donner les garanties financières suffisantes à sa prise de possession de 49 % du capital d’Air Madagascar.

Mais depuis lors, le vent a tourné car le pouvoir politique a changé. Et il a une autre ambition pour Air Madagascar, souhaitant développer la compagnie en ouvrant ou en réouvrant des dessertes à l’international. Cela nécessitera d’augmenter sa flotte long-courrier qui se limite pour le moment à deux Airbus A-340 loués à Air France. D’où l’intention de l’État malgache, actionnaire majoritaire de la compagnie, à augmenter le capital.

Pour le moment, Air Austral n’a pas encore donné suite mais le pourrait-elle ? D’autres investisseurs sont sur les rangs, dont Ethiopian Airways, une des plus importantes compagnie aérienne d’Afrique, avec comme perspective le passage de 49 à 10 % des droits de vote d’Air Austral, donc la perte probable de la direction opérationnelle d’Air Madagascar.

La descente de police et la mise sous scellés de bureaux à Air Austral enfonce le clou. S’il s’avérait que des éléments compromettants soient découverts, alors l’aventure malgache d’Air Austral risquerait bien de se finir devant les tribunaux, avec comme principaux perdants les Réunionnais, contraints de financer via la Région et la SEMATRA une compagnie aérienne qui s’est bien éloignée de sa raison d’être : permettre aux Réunionnais d’être maîtres de la desserte aérienne de leur pays.

M.M.