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Une victoire à la Pyrrhus, qui n’annonce pas des lendemains qui chantent

lundi 25 avril 2022, par David Gauvin


Le président sortant bat, pour la seconde fois, la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, mais avec un écart de voix plus resserré qu’il y a cinq ans. Une réélection qui s’explique notamment par les crises qu’a traversées le pays mais aussi par la persistance, malgré tout, du front républicain. C’est une victoire à la Pyrrhus, car une victoire à la Pyrrhus est une victoire obtenue au prix de pertes si lourdes pour le vainqueur qu’elle équivaut quasiment à une défaite.


Il avait fait de ce second tour un référendum. Pour ou contre l’Europe. Pour ou contre « une République laïque, unie, indivisible ». Pour « une France économique forte […] ou la faillite et la démagogie. Pour ou contre la fidélité à nos valeurs, notre Histoire, ce que nous sommes ». Ce dimanche, Emmanuel Macron a été réélu président de la République avec 57,9 % des voix, selon les premières estimations d’OpinionWay. A nouveau face à la candidate d’extrême-droite Marine Le Pen qui a, elle, recueilli 42,1 % des voix. C’est doublement inédit. Emmanuel Macron, qui avait qualifié son arrivée au pouvoir en 2017 de « fruit d’une effraction, parce que la France était malheureuse et inquiète », est aussi le premier président de la Ve République à être réélu hors période de cohabitation. Et ce, malgré un quinquennat de crises hors-norme , des « gilets jaunes » en passant par le Covid et le retour de la guerre en Europe.

Il est aussi réélu en ayant amélioré son score de premier tour. Avec un écart de près de 16 points avec la candidate du RN, ce qui devrait éteindre pour l’instant la petite musique qui interrogeait avant le scrutin la légitimité du futur président. « Il n’est pas élu par défaut. Les Français ont qualifié Macron car il a su gérer le Covid et la complexité du pays. Dans le costume de chef de l’Etat sur lequel on pouvait tous avoir un doute, puisqu’il n’avait ni passé ni passif, il a fait le job », analyse un proche du président.
Avec 42 % des voix, la candidate du RN porte le score du camp nationaliste à un niveau jamais vu sous la Ve République. Le danger immédiat est écarté, mais une recomposition s’annonce. Un soupir de soulagement. Un « ouf » qui traduit aussi le réel danger de voir l’extrême droite accéder au pouvoir, après trente années d’une montée du FN puis du RN. Pour la troisième fois en vingt ans, un Le Pen était au second tour de l’élection présidentielle, un fait qui à lui seul témoigne à quel point la crise sociale et politique que connaît le pays est profonde. Car Marine Le Pen, pour sa deuxième accession en finale, a porté l’extrême droite à un niveau jamais atteint depuis l’après-guerre. En 2002, son père avait obtenu 17,79 %, et cela semblait alors déjà trop. En 2017, c’est Marine Le Pen qui réunissait cette fois 33,9 % des suffrages, après avoir atteint 21,3 % au premier tour. Ce score de 42 %, selon les premières estimations, témoigne à la fois de l’emprise de Marine Le Pen et de son parti, le Rassemblement national, sur l’extrême droite, mais également une partie de la droite.

Au final, la force du rejet d’Emmanuel Macron explique, pour une partie non négligeable, le score de sa concurrente. À cet égard, les résultats en outre-mer sont particulièrement significatifs : Marine Le Pen y a battu des records, notamment dans les territoires de l’arc caribéen, avec par exemple 69,60 % en Guadeloupe. Atteignant des pointes de 75 % dans certains bureaux de vote des Abymes, la ville la plus peuplée de l’archipel. Même si l’abstention y est forte, ces régions longtemps rétives au vote d’extrême droite ont basculé à l’occasion de cette élection, sans aucun doute d’abord en raison d’un très fort rejet d’Emmanuel Macron. En 2017, à titre de comparaison, Marine Le Pen avait obtenu « seulement » 24,87 % en Guadeloupe et 35,11 % en Guyane. Il faut que les choses changent nous sommes las des plans hors sol, des promesses non suivies d’effet, mais aussi des visites incessantes des représentants de Paris qui nous disent à chaque fois je vous ai compris, je vais faire, et rien….

Pour changer les choses, nous devons prendre notre destin en main. Le troisième tour, comme ils disent, ne doit pas être le match retour d’un combat déjà perdu. Pour se faire envoyons des députés communistes réunionnais à l’Assemblée. Depuis 1946 ils ont montré qu’ils savaient se mettre au service de la Réunion hors du microcosme parisien, loi de départementalisation, égalité sociale, loi de décentralisation. Les anciens ont fait beaucoup, les nouveaux feront encore plus. Le combat continue.

"Il n’y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat." Jean-Jacques Rousseau

Nou artrouv’

David Gauvin



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