Edito

Yemen : la France contribue à « la pire crise humanitaire au monde »

J.B. / 16 février 2018

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Depuis 2015, le Yemen est le terrain d’une guerre meurtrière. Ce pays dépend en grande partie des importations pour l’alimentation. Le conflit a totalement désorganisé l’économie. Il est responsable de ce que l’ONU nomme « la pire crise humanitaire au monde ». 18 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire pour survivre.

L’origine du conflit est une guerre civile. Elle est devenue un conflit régional avec l’implication de pays voisins. Une coalition comprenant notamment l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis soutient le pouvoir, tandis que l’Iran est allié aux rebelles. Les armées de l’Arabie Saoudite et des Emirats sont directement engagées sur le terrain. Elles sont accusées de crimes de guerre. Un article publié le 6 février dernier par Bastamag souligne que la France est impliquée dans ces atrocités. En effet, elle continue de vendre des armes aux auteurs de ces faits.

Bastamag rappelle ainsi qu’en 2016, Stéphane Mayer, PDG du groupe Nexter, vantait à l’Assemblée nationale les faits d’armes des chars sortis de son usine : « Pour ce qui est des chars Leclerc, je vous confirme que leur implication au Yémen a fortement impressionné les militaires de la région ». Un autre marchand de canons, Dassault, intègre dans sa communication officielle l’utilisation des avions qu’il a vendus : « l’excellence de l’avion et le succès du programme ont été démontrés avec brio par la grande disponibilité du Mirage 2000-9 et la qualité de sa participation à des opérations menées en coalition internationale ». Or, ce sont les bombardements perpétrés par les avions de la coalitions qui sont visés par l’accusation de crime de guerre.

Plusieurs pays ont décidé de ne plus livrer d’armes aux parties impliquées dans le conflit, en raison de l’utilisation qui en est faite contre des civils. C’est le cas de l’Allemagne, de la Belgique, du Canada, des Pays-Bas tandis que le gouvernement de la Grande-Bretagne est visée par une plainte, rappelle Bastamag. Ce n’est pas le cas en France, or « aucune vente d’armes à l’étranger ne peut pourtant avoir lieu sans l’autorisation du gouvernement », rappelle Bastamag qui note que « depuis le second semestre de l’année 2014, la France a accordé pas moins de 1989 licences d’exportation de matériel militaire aux différents pays engagés dans la coalition menée par Riyad ! Depuis 2007, l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’Égypte sont les trois principaux clients de la France après l’Inde. Sur la seule année 2016, plus d’un milliard d’euros d’équipement militaire a été livré à l’Arabie Saoudite ».

Ce sont donc les armes françaises les plus modernes, chars, avions, canons, bateaux, qui sont utilisés contre des civils. En autorisant la vente d’armes à des pays qui les utilisent contre une population sans défense, la France se rend donc complice d’exactions que son gouvernement ne peut ignorer. Une telle décision répond au besoin de l’industrie des armes : exporter pour augmenter les profits. Une autre politique est nécessaire pour amener les parties en guerre à négocier et mobiliser la solidarité pour sauver des millions de personnes menacées par la famine.

J.B.

Voir en ligne : https://www.bastamag.net/Mirages-20...