Surpopulation carcérale record

La contrôleure des prisons étrille «  l’inertie coupable   » du gouvernement

12 mai 2023, par temoignagesceline

La surpopulation record inflige "aux prisonniers de vivre à trois par cellule, 21 heures sur 24 – dans moins d’1m2 d’espace vital par personne", a dénoncé la contrôleure générale qui alerte d’un nouveau pic historique atteint dans les prisons françaises avec 73.080 détenus au 1er avril pour 60.899 places.

Des maisons d’arrêt qui "débordent" et l’Etat "qui détourne le regard" : la contrôleure des prisons Dominique Simonnot dénonce, dans son rapport annuel, "l’inertie coupable" du gouvernement face à la surpopulation carcérale record en France.

"Inertie, définition : manque d’activité, d’énergie. État de ce qui ne bouge pas ou peu. Synonymes : apathie, immobilisme, inaction, facilité", a attaqué Dominique Simonnot dans l’avant-propos de son rapport. Le document fait état des atteintes aux droits dans les prisons mais aussi hôpitaux psychiatriques ou centres de rétention administrative.

"L’inertie est un mur auquel se heurtent les alertes incessantes du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) sur l’état déplorable des lieux qu’il visite", a souligné l’ancienne journaliste du Canard enchaîné.

Cet-te dénonciation n’est pas une première, car à son arrivée à la tête de cette autorité administrative indépendante, à l’automne 2020, elle avait prévenu qu’elle ne voulait pas "servir d’alibi" et qu’elle comptait voir ses recommandations, bien que non contraignantes, appliquées "avec la plus grande fermeté". "On tâchera d’être féroces", décalrait Dominique Simonnot dans un entretien à l’AFP.

Trois ans plus tard, la contrôleure générale, Dominique Simonnot, alerte qu’un nouveau pic historique vient d’être atteint dans les prisons françaises avec 73.080 détenus au 1er avril pour 60.899 places, et un taux d’occupation moyen qui grimpe à 142,2% dans les maisons d’arrêt.

Cette surpopulation record inflige "aux prisonniers de vivre à trois par cellule, 21 heures sur 24 – dans moins d’1m2 d’espace vital par personne – d’être grignotés par les punaises, envahis par les cafards et les rats", a indiqué Dominique Simonnot.

Cette surpopulation contraint également "2.100 d’entre eux à dormir sur un matelas au sol". L’autorité indépendante "recommande depuis la mise en place d’un mécanisme de régulation carcérale inscrit dans la loi, permettant d’examiner les possibilités de sortie d’un prisonnier en fin de peine avant de faire rentrer d’autres détenus.

Mais "malgré des démarches insistantes (...), les pouvoirs publics ne semblent pas déterminés à modifier l’état du droit", regrette la CGLPL.

Dominique Simonnot déplore la "solution avancée par l’Etat" pour lutter contre le fléau de la surpopulation carcérale : la construction de 15.000 nouvelles places de prison d’ici 2027. Une "fameuse promesse fleurant le rance, puisque ces 15.000 places étaient déjà proclamées en 2017 pour 2022" et ont été "très modestement réduites, à 2.000 fin 2021", a accusé la contrôleure générale.

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, qui est chargé de veiller au respect des droits fondamentaux dans les prisons, mais aussi les hôpitaux psychiatriques, les centres de rétention administrative, les centres éducatifs fermés et les locaux de garde à vue, a effectué 115 visites de contrôle d’établissements en 2022.

Dans tous ces lieux de privation de liberté, le constat est également "très alarmant". Concernant les hôpitaux psychiatriques, la CGLPL déplore des "atteintes" portées "à l’égalité d’accès aux soins, à la liberté d’aller et venir, et parfois même à l’obligation de protection" des patients, dans un "contexte de pénurie médicale et soignante".

Dominique Simonnot s’inquiète de la "gestion de plus en plus sécuritaire" des centres de rétention administrative (CRA), "où sont parqués - pas d’autre mot - les étrangers en voie d’expulsion", et où "les activités y sont plus que rares, les cours de promenade très exiguës, les chambres sales et dégradées, l’information sur les droits parcellaire".

Lors d’un débat sans vote sur l’immigration en décembre 2022 à l’Assemblée nationale, l’accroissement des capacités de rétention, "porte le risque d’une multiplication des atteintes aux droits", prévient la contrôleure générale.

De l’ensemble des constats contenus dans ce rapport de 188 pages, "surnage (...) le sentiment d’un abandon de l’Etat", considère-t-elle.

"Cependant l’espoir demeure", a assuré Dominique Simonnot, se "félicitant" que les bâtonniers des ordres d’avocats se soient saisis de leur nouveau droit de visiter les prisons, cellules de garde à vue et centres de rétention, tout comme les parlementaires.

"Et plus de monde verra et constatera ce que dénonce le CGLPL, plus vite avanceront les chances de changement. Sans quoi, cette inertie coupable perdurera", souligne-t-elle.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus