Elections sénatoriale et européenne

La Nupes s’effrite

22 août 2023, par Celine Admin

Le coordinateur national de la France insoumise, Manuel Bompard, et la secrétaire nationale d’EELV, Marine Tondelier, s’écharpent par interviews interposées, les points de crispations apparaissent et sont loin d’être réglés.

Au sein de la Nupes, les différends s’expriment désormais publiquement, ce qui fragilise à chaque polémique un peu plus l’union des différentes forces de gauche à l’Assemblée nationale.

Règlement de comptes public entre Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure

Les deux leaders de gauche se sont livrés à un étonnant échange sur X (nouveau nom de Twitter). Le patron des socialistes a appelé la Gauche à ne « pas tomber dans la spirale mortifère de la division », ce à quoi l’Insoumis a dénoncé un «  incorrigible double langage », rappelant que les socialistes n’avaient pas souhaité l’union aux sénatoriales et aux européennes.

Jean-Luc Mélenchon a interpelé sèchement Olivier Faure sur X (ex-Twitter), après la lecture de l’interview de Nicolas Sarkozy au Figaro, le premier secrétaire du PS a considéré que les bons mots de l’ancien président pour Gérald Darmanin ouvraient « les hostilités à droite ». « À la gauche et aux écologistes de ne pas tomber dans la spirale mortifère de la division », a alors réagit Olivier Faure.

« Incorrigible double langage ! Faire l’union en se divisant aux élections sénatoriales et européennes ? », l’a interpellé Jean-Luc Mélenchon, rappelant indirectement, que le PS comme le reste de la Nupes n’ont pas saisi les demandes de La France Insoumise pour ces deux scrutins.

Par la suite, Olivier Faure a, à son tour, répondu : « Cher Jean-Luc, j’ai toujours le même téléphone et t’ai récemment envoyé un message t’invitant à échanger. On se voit si tu veux », lui a proposé le socialiste alors que les relations entre les deux hommes sont tendues depuis des mois.

« On ne peut ne pas partager les mêmes analyses sans avoir besoin de s’invectiver sur Twitter, pour le plus grand plaisir de la droite et le désespoir de la gauche », a également déploré le chef des socialistes.

L’Insoumis a souhaité avoir le dernier mot : « Olivier Faure, je ne t’invective pas, au contraire de tes amis qui nous ont expulsés des listes aux sénatoriales et se préparent à en faire autant aux européennes et aux municipales ».

« Si tu veux revenir sur ces choix sectaires, adresse-toi aux responsables de LFI : Bompard, Panot, Aubry. Moi, je donne mon avis, c’est tout », a assuré le troisième homme de la présidentielle de 2022 qui n’a plus de rôle officiel au sein de LFI.

Jean-Luc Mélenchon a ensuite proposé un rendez-vous à Olivier Faure, non sans ironie. « Si tu veux me rencontrer, viens à la manif du 23 septembre contre les violences policières et la loi ’permis de tuer’ que vous n’avez toujours pas reniée », a-t-il écrit.

Une référence à la modification d’une loi souhaitée en 2017 par Bernard Cazeneuve, alors premier ministre de François Hollande, permettant notamment aux policiers de tirer, en dernier recours, sur des véhicules en fuite.

Au tour de Manuel Bompard et Marine Tondelier

Le coordinateur national de la France insoumise, Manuel Bompard, et la secrétaire nationale d’EELV, Marine Tondelier, ont eu des échanges tendus le lundi 21 août, suite à l’interview dans Libération du député insoumis des Bouches-du-Rhône qui a évoqué les deux sujets qui crispent la Nupes.

Il s’agit de l’alliance aux élections sénatoriales de septembre et des européennes en juin 2024. Deux scrutins pour lesquels socialistes, écologistes et communistes refusent à ce stade de faire cause commune avec les insoumis. Ces derniers ne tiennent pas à être vassalisés par le parti de Jean-Luc Mélenchon, qui n’a plus de poste officiel au sein de LFI, mais qui y reste très influent.

« Au moment où ils parlent d’union, les mêmes organisent sciemment la désunion. Pour les élections sénatoriales [de septembre] par exemple, nous avons proposé de réunir les quatre composantes de la Nupes pour trouver un accord national. Refus ! Ils se sont mis d’accord entre eux pour nous exclure des listes dans tous les départements. Pour les européennes, les écologistes opposent un refus de principe à la simple idée de discuter pour voir s’il est possible de se mettre d’accord », a déploré Manuel Bompard, dénonçant le « double langage » de ses partenaires à l’Assemblée nationale.

Ce dernier a regretté que « l’acte II de la Nupes est bloqué par leur refus d’avancer concrètement ». Selon certains observateurs de la vie politique française, cette interview avait un double objectif : faire porter la responsabilité des tensions aux autres formations de gauche et augmenter la pression sur celles-ci en vue de l’union pour les prochains scrutins.

Une stratégie utilisée depuis plusieurs mois par les Insoumis qui imputent tout échec aux autres formations politiques, et veulent une union derrière leur bannière. Une position d’ailleurs critiquée par l’écologiste Marine Tondelier dans Le Parisien.

« Je demande de la coopération plutôt que de la mise sous tension et de la brutalisation dans nos rapports. Une brutalisation à laquelle j’assiste tout en refusant que nous, écologistes, y prêtions le flanc », a expliqué la patronne des écolos, qui réitère son refus de faire combat commun avec la Nupes pour les européennes.

« Vouloir résumer ce scrutin à une question d’alliances politiciennes est d’ailleurs un symptôme de manque de respect et de considération pour les enjeux européens et leurs conséquences sur notre avenir », a protesté l’élue d’Hénin-Beaumont.

A la suite de cette interview, Manuel Bompard a directement répondu sur X (anciennement Twitter) à Marine Tondelier. « Il est vrai que nous exclure sans ménagement des listes aux élections sénatoriales est très coopératif et pas du tout brutalisant », a-t-il ironisé.

Outre leurs universités d’été respectives, et en ordre dispersé, les partis de la Nupes reprendront les débats le 18 septembre, à l’occasion d’un séminaire organisé par leurs députés.


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