4ème journée Anne d’Autriche : à l’écoute des patientes

« C’est le moment de nommer les choses »

26 novembre 2007

Initiée en 2001 par le Comité départemental de La Ligue contre le Cancer, la Journée Anne d’Autriche est consacrée à l’échange entre soignants et soignées, atteintes du cancer du sein et, cette année, aussi du cancer du col de l’utérus. Samedi après-midi à la salle Bosco, face à la cathédrale de Saint-Denis, le corps médical a répondu aux questions de la cinquantaine de femmes présente.

Les cancers du sein et du col de l’utérus sont les premiers cancers féminins en France. A La Réunion, 300 nouveaux cas sont recensés chaque année, soit autant de femmes confrontées parfois brutalement à l’annonce de leur maladie, comme le souligne France Bourdin-Jousseaume, Présidente du Comité départemental de La Ligue contre le Cancer.

L’annonce : un sujet difficile qui mérite encore d’être discuté

Comment annoncer à une patiente qu’elle est atteinte d’un cancer du sein ou du col de l’utérus ? « Peut-être faut-il former les soignants sur comment faire l’annonce car bizarrement, nos études nous ne préparent pas à parler aux gens », témoignait à l’estrade l’un des intervenants parmi les gynécologues, radiothérapeutes, psychologues, chirurgiens... réunis samedi. Plus qu’une annonce, il s’agit là d’un processus d’annonce qui implique différentes phases : la réaction première de déni de la patiente, puis l’étape de compréhension, de prise de conscience de la maladie et progressivement de ses multiples conséquences. Qui fait l’annonce ? Il s’agit souvent du médecin traitant, du radiothérapeute, mais les textes ne sont pas suffisamment clairs sur cette responsabilité qui concernerait l’ensemble de la chaîne médicale. Une chose est sûre, se voir annoncée sa maladie par courrier de laboratoire n’est pas acceptable. À l’issue de la journée, les soignants ont convenu de se réunir à nouveau autour de cette question. Les échanges ont également porté sur les différents traitements, les atteintes physiques, la reconstruction mammaire. Peut-elle être immédiate ou est-il préférable d’attendre la fin du traitement ? La question a été très discutée et il est apparu plus opportun d’attendre pour optimiser les soins. Enfin, la vie après le traitement a aussi était un sujet d’échanges entre soignants et soignées, dont la perception de la vie est forcément changée par la maladie.

Mieux percevoir le ressenti des malades

Cette Journée Anne d’Autriche organisée tous les deux ans, grâce aux soutiens des laboratoires Aventis et du Département, est un rendez-vous important pour les patientes comme en témoigne Marie-Thérése pour qui « c’est le moment de nommer les choses. » (voir par ailleurs). Si les professionnels de santé organisent en France de nombreuses rencontres de pairs pour échanger sur ces cancers, cette Journée dédiée à l’écoute et aux questions des patientes, souvent isolées, en proie en doutes, atteintes dans leur intégrité physique, leur offre un espace de parole privilégié, les encourage, comme le souligne le mot d’ordre de cette quatrième édition, à continuer le combat. « Elle permet aussi aux soignants de voir le ressenti des malades et de leurs proches », ajoute la présidente du Comité départemental. En 2009, la Journée Anne d’Autriche sera donc reconduite afin de toucher les nouvelles malades et de poursuivre le dialogue déjà engagé avec les autres. L’année prochaine, une Journée Voltaire sera organisée par le Comité départemental à l’attention cette fois des patients atteints du cancer de la prostate, en très forte hausse dans notre département, compte tenu du vieillissement de la population. Il s’agira avant tout pour les soignants de délivrer plus d’informations sur la maladie à condition de parvenir bien à mobiliser les hommes, ce qui apparaît plus délicat. 2008 sera aussi l’année, au plan national et local, du lancement du dépistage des cancers du colon, conduit par le Comité départemental et Mammorun.

Stéphanie Longeras


- Témoignage de Marie-Thérése, 61 ans, atteinte d’un cancer du col de l’utérus

« 
Il ne faut pas baisser les bras  »

L’année dernière à la même époque, Marie-Thérése Lucilly était sur son lit d’hôpital. Femme de caractère, soutenue par ses proches, elle a fait front à la maladie. Aujourd’hui bénévole au Comité départemental de La Ligue, elle apporte son soutien aux autres malades, décidée pour sa part à ne pas laisser son cancer prendre le dessus.

Ne pas avoir peur d’en parler et de se faire soigner

Pendant près de 6 mois, Marie-Thérése qui souffrait de saignements a été confronté au déni de son médecin généraliste. « Il me prescrivait des médicaments pour soi-disant me tranquiliser car pour lui c’était dans ma tête. J’avais l’impression de passer pour une folle. » Heureusement, cette mésaventure est un cas isolé, comme Marie-Thérése le souligne, mais l’occasion pour elle de dénoncer « la grande faute de la Sécu d’imposer aux familles le choix d’un médecin traitant. » Elle a fini par changer de généraliste et c’est à partir de là que l’annonce de sa maladie puis son traitement ont suivi. « Quand mon chirurgien me l’a annoncé, c’est une épée de Damoclès qui m’est tombée sur la tête, confie-t-elle. C’est très difficile de remonter la pente. » D’autant plus difficile que d’avoir trop attendu avant d’être prise en charge, elle a du subir deux opérations en l’espace de 15 jours. « Au quotidien, c’est difficile, mais je n’ai pas eu peur de parler de mon cancer à ma famille, à mes amis, à mes collègues de travail », explique Marie-Thérése qui invite les autres malades à ne surtout pas se replier sur eux-mêmes. « Certes, on doit apprendre à vivre avec, mais il ne faut pas, comme certains, le voir comme une fatalité. J’en connais qui comme ça n’ont pas voulu se faire soigner se disant qu’ils allaient mourir. Il ne faut pas baisser les bras. Aujourd’hui, j’ai toute la vie devant moi. »

« 
Si on est soutenue, on peut continuer à avancer  »

Pour ses petits-enfants qui lui ont toujours dit qu’elle n’allait pas mourir, pour son grand fils handicapé, pour son mari très choqué par la maladie, pour elle, pour la vie : Marie-Thérése s’est battue. Quand ses cheveux ont commencé à tomber, elle a refusé de céder aux larmes. Elle s’est rasé la tête puis a acheté une prothèse capillaire qui depuis septembre a rejoint son placard, car ses cheveux ont repoussé. « Si on est soutenue, on peut continuer à avancer », assure Marie-Thérése qui dit avoir été « bien soignée et bien écoutée » par les soignants de la Clinique Sainte-Clotilde, énormément soutenue aussi par ses deux amies, José et Gladys, pendant et après son séjour à l’hôpital. Mais elle sait aussi que tous les malades ne bénéficient pas d’un tel entourage. Alors même qu’elle était encore sous traitement, elle a rejoint le Comité départemental de La Ligue pour apporter son soutien aux malades isolés, les inviter à ne pas craindre les traitements même éprouvants. Incroyable de courage et pétillante de vie, Marie-Thérése confie enfin avec un sourire généreux : « Ca a été dur, mais je me sens tellement bien aujourd’hui que j’organise même des dîners dansants ! »

Propos recueillis par SL


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