Santé

Agir ensemble sans perdre d’énergie ni de temps

Le chikungunya touche tous les secteurs économiques

Témoignages.re / 7 février 2006

Hier au Conseil régional, des représentants des secteurs économiques participaient à une rencontre aux côtés d’élus de la Région, ainsi que de parlementaires. Déjà fragile, notre tissu économique est frappé par l’impact de l’épidémie de chikungunya. ’Comment faire face à ces conséquences sur le fonctionnement de notre société quand tous les secteurs sont touchés ?’, a notamment souligné Paul Vergès. Devant la crise, un plan d’urgence rassemblant un maximum de contributions de socio-professionnels sera présenté le 6 mars prochain par la Région aux acteurs économiques et à l’État.

Face à la menace, soit l’on ferme les yeux en attendant le clash, soit l’on s’y prépare quitte à affronter l’inconnu. Maintenant que les yeux s’ouvrent, l’on dresse le premier bilan des premiers dégâts. Car "sans être pessimiste, la crise n’a pas atteint son apogée et va durer très longtemps", rappelle le président de la Région Réunion. L’heure n’est pourtant pas au catastrophisme ou l’endormissement, mais à l’action coordonnée de toutes les bonnes volontés, à la vigilance.

Grippe Aviaire, Ebola ou chikungunya, nos sociétés actuelles doivent se préparer aux maladies résurgentes. "Nous devons prendre la dimension de ce que nous vivons à La Réunion. La Réunion est devant un cas unique de crise grandeur nature... c’est le premier cas au monde." Le constat se veut franc et lucide car ce sont les attitudes à adopter face à un phénomène de cette ampleur qui ne disparaîtra pas par miracle.
"Il faudra du temps". Certes, reconnaît le président de la Région Paul Vergès, "tout nous arrive alors que rien n’a été prévu", mais il en appelle au sang froid, à se poser les vrais questions, à passer en revue toutes les hypothèses et prendre en charge les problèmes. Il ne s’agit pas de sous estimer ni même d’amplifier les chiffres qui sont déjà parlants mais de savoir "comment faire pour que le mal ne s’aggrave pas".
D’autres enjeux s’offrent à La Réunion : les négociations des fonds structurels avec Bruxelles, du contrat de plan État/Région, les accords de partenariats économiques... il faut éviter la "déperdition de temps et d’énergie". Les erreurs et expériences doivent nous être bénéfiques, La Réunion aura des leçons à tirer de cette catastrophe sanitaire, de cette crise économique, pour elle et les pays voisins, avec qui nous vivons en interdépendance.

"Jamais nous n’avons eu autant de problèmes dans tous les secteurs"

Les touristes se désistent les uns après les autres. La paranoïa gagne la clientèle, les groupes annulent massivement leur voyage à La Réunion. La présidente du CTR rappelle les 10.000 nuitées annulées la semaine dernière dans les hôtels de l’Ouest, soit 500.000 euros de chiffres d’affaire en moins. Plus les médias nationaux communiquent sur le chikungunya à La Réunion, plus les choses s’aggravent pour le secteur touristique. Les sociétés uni professionnels vivent une situation extrêmement difficile. Les chefs d’entreprises ont besoin d’une solution d’urgence pour ne pas sombrer, pour éviter le licenciement technique.
Les commerces de proximité, comme ceux du centre ville de Saint-Denis, enregistrent des baisses de 20 à 30% de leur chiffre d’affaire. L’activité des artisans est ralentie de 25 à 30%, 1 millier d’entreprises, généralement individuelles sont touchées.
Pour le président de la Commission Tourisme de la CCI, il faut agir immédiat au niveau des créanciers, différer les échéances de charges salariales et patronales, mais surtout demander à ce que l’État prenne en charge 100% du financement des chômages techniques, sachant que les personnes seront réemployées après la crise.
L’agriculture craint pour la récolte de canne à sucre, s’interroge sur le manque de traitement des zones rurales et le coût des produits pour les agriculteurs qui doivent être soutenus dans ces achats. Pour le BTP, c’est 200.000 euros de perte par jours soit 50 millions pour une année. Paul Vergès, face à une telle énumération, souligne que "jamais nous n’avons eu autant de problèmes dans tous les secteurs"

Que faire ?

"Comment pourrions-nous communiquer à l’intérieur et à l’extérieur pour modifier l’état d’esprit général ?" "Comment faire face à ces conséquences sur le fonctionnement de notre société quand tous les secteurs sont touchés ?" "Comment protéger la population sans créer l’irréparable" et sans détruire notre biodiversité ? "Comment éviter le chômage technique qui n’est pas une solution idéale mais qui s’impose aux trésoreries vides ?"
Paul Vergès soulève la multitude de questions et de problèmes soulevés par la crise du chikungunya. L’on pourrait se plaindre à juste titre, mais il faut faire des propositions concrètes, sachant que tous les acteurs sont partie prenante dans l’apport de solutions. Il faut formuler des propositions immédiates pour ne pas aggraver l’urgence et des propositions dans le temps.
Des propositions inhabituelles qu’il ne faut pas hésiter à énoncer comme celle de la lutte biologique qui mérite une confirmation afin de ne pas générer de controverses inutiles. Et la première proposition de Paul Vergès est de proposer la tenue de séances de travail et d’échanges réguliers entre les acteurs, même si elles sont courtes, afin de permettre un suivi de l’évolution chiffré de l’impact économique de l’épidémie et de préparer une série de proposition à présenter au gouvernement.
Avant le 6 mars, la Région fera parvenir à chaque acteur et au pouvoir public un plan d’urgence, à partir des constations de chacun. Et le président de rappeler : "il faut plus tirer les conséquences positives de cette lutte commune actuelle."

Estéfani


Quelques numéros utiles

o Association l’Île de La Réunion contre le chikungunya
Tél : 0262-91-00-05

o Préfecture (service de démoustication)
Tél : 0262-41-00-00

o DRASS (Direction des affaires sanitaires et sociales)
Numéro vert : 0-800-110-000

o CINOR (ramassage des ordures) Saint-Denis, Sainte-Suzanne, Sainte-Marie
Tél : 0262-924-924

o TCO (Territoire de la côte Ouest) : collecte séparative des déchets végétaux et des encombrants
Tél : 0-800-605-605