Le service public menacé

Colère à l’hôpital psychiatrique

21 janvier 2005

Quatre médecins de l’hôpital de Saint-Paul ont débrayé hier : ils estiment que le gouvernement va contre les principes fondamentaux du service public pour le bon fonctionnement d’un établissement de santé.

(Page 2)

Les docteurs Georges Onde, Patrick Tron et deux autres confrères, psychiatres à l’Établissement public de santé mentale de La Réunion à Saint-Paul, ont débrayé hier matin. Devant l’hôpital psychiatrique, le docteur Patrick Tron dénonce avec ses collègues la menace faite aux trois principes du service public qui, selon lui, sont primordiales pour le bon fonctionnement d’un établissement public de santé.
Le premier étant "l’égalité des soins pour tous". Il s’agit ensuite de "donner les mêmes qualités de soins, les meilleurs possibles en fonction des techniques actuelles". Et enfin d’"apporter des soins particuliers aux plus démunis", affirme le praticien.
Or, si on prend en compte le protocole d’accord du gouvernement et de son ministre des Solidarités, de la Santé et de la Famille, Philippe Douste-Blazy, ces trois principes sont menacés parce que ce ledit protocole propose entre autres une modification de statut du médecin hospitalier. Ce changement entraînera notamment la perte d’indépendance du médecin en faveur de l’administration de l’hôpital.

"Critères de rentabilité"

Le docteur Tron rapporte que selon ce protocole, "un directeur des hôpitaux peut licencier les médecins selon des critères de rentabilité". Cette éventualité menace les soins apportés aux malades, puisque cela conduira inévitablement à une baisse de qualité du service public, à la fuite des compétences du public vers le privé. Et, remarque importante en psychiatrie : il y a un risque particulier face aux atteintes aux libertés individuelles fondamentales des patients.
En effet, avec ce protocole, pour pouvoir interner un patient, les médecins dépendraient de l’autorité directe du directeur des hôpitaux, et plus de celle du ministère de la Santé. Les médecins déclarent que "le drame survenu à Pau montre qu’il y a un malaise profond et qu’on est arrivé au point de rupture. Cette situation met en évidence les inquiétudes des médecins face aux carences des hôpitaux psychiatriques et notamment à La Réunion".
La psychiatrie traverse une profonde crise. Les praticiens dénoncent un manque criant de moyens tant humains que techniques. Prenant l’exemple des capacités hospitalières en lits à l’hôpital de Saint-Paul, les médecins constatent "qu’il y a 10% de lits en moins par rapport à la Métropole. Les chiffres ne cessent de diminuer au fil des années".
Ils parlent de "pénurie". Par ailleurs, "il y a une inadéquation par rapport aux traitements des malades", ajoute Patrick Tron. "En effet, par manque de structures d’accueil comme une maison de retraite, l’hôpital psychiatrique de Saint-Paul est amené à prendre en charge des personnes qui n’ont pas leur place dans un établissement de santé mentale", poursuit ce dernier.

Rejet unanime

Patrick Tron, également délégué d’établissement du syndicat des psychiatres des hôpitaux, insiste : "les six mois à venir seront très importants pour l’avenir des hôpitaux et des médecins".
La mobilisation d’hier, aussi ponctuelle et réduite (4 personnes, pour cause de vacances) fût-elle, n’est que le début d’une plus grande manifestation qui réunira l’ensemble des hôpitaux de l’île, pour se faire entendre auprès des instances décisionnelles.
Chose difficile ces derniers temps, d’autant plus qu’il y a un changement de directeur des hôpitaux au ministère de la Santé. À l’heure actuelle, ils attendent pour voir ce que leur réserve le gouvernement.
Face à cette situation, les médecins tiennent à souligner que le monde syndical est unanime pour rejeter ce protocole.

Sitianlati Daroussi


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus