Santé

Coronavirus à La Réunion : à qui profite le masque ?

Masques obligatoires mais pas masques gratuits

Manuel Marchal / 20 juillet 2020

Depuis ce 20 juillet, le port du masque est obligatoire dans l’espace public clos, sous peine d’une amende de 135 euros. A La Réunion, cette mesure s’inscrit dans un contexte particulier : plus de 70 % des cas recensés ont été importés tandis que l’importation et quelques entreprises ont mis la main sur un marché qui devient juteux.

JPEG - 106.4 ko

La contamination de La Réunion par le coronavirus est la conséquence d’une seule décision : le refus de fermer l’aéroport, porte d’entrée de l’infection de notre île. Au nom du principe de continuité territoriale, les vols commerciaux ont été maintenus et la fréquence est aujourd’hui supérieure à 20 par semaine. Compte tenu de la situation sanitaire de la France, il était évident qu’en ouvrant grand les portes de La Réunion à des passagers en provenance d’un pays infecté par le COVID-19, le nombre de cas enregistrés allait augmenter. Cela s’est vérifié et à plusieurs reprises, le nombre de nouveaux cas quotodiens est maintenant redevenu comparable à la situation d’avant le confinement, quand les conditions d’entrée à La Réunion étaient aussi peu contraignantes.

Situation dégradée

Durant près d’une semaine, les Réunionnais ont été laissés juridiquement sans protection face à la menace des cas importés. En effet, la sortie de La Réunion de l’état d’urgence s’est traduite par la suppression de la quarantaine obligatoire uniquement pour les passagers en provenance de France sans qu’un test préalable à l’embarquement ne soit obligatoire. L’obligation de ce test depuis le 18 juillet est loin de suffire comme l’a rappelé la manifestation organisée samedi devant l’aéroport. En effet, il ne s’accompagne plus de la quarantaine obligatoire. Quant au test 7 jours après l’arrivée, moins de 40 % des voyageurs entrants à La Réunion y ont accès selon la Préfecture de La Réunion, et le 100 % n’est donc pas garanti tout de suite. Or à plusieurs reprises, des personnes ayant eu un résultat négatif au test de dépistage en France ont été finalement détectées porteuses du COVID-19 lors du test à J+7 à La Réunion.
Grande est donc également la crainte que toutes les mesures de précaution respectées depuis plusieurs mois par la population ne suffisent plus en raison de l’arrivée de cas importés à La Réunion susceptibles d’échapper à la surveillance des autorités sanitaires. C’est cela la raison de l’augmentation des cas de COVID-19, et pas le comportement des Réunionnais.

Le business du masque

L’autre aspect de cette mesure est un nouveau coup de pouce donné à la grande distribution. En effet, si le gouvernement a décidé d’imposer le masque obligatoire, il ne paie pas la fourniture de ces masques. Pour s’en procurer, le moins cher reste la grande distribution où des stocks de masques importés de Chine, de Pologne ou d’autres pays lointains garnissent les rayons. Les pharmacies sont en effet dans l’incapacité de s’aligner sur ces prix, car elles n’ont pas la puissance de ces opérateurs.
C’est aussi une aide pour les entreprises soutenues par la Région Réunion qui ont acheté des machines à fabriquer des masques. Elles ont ainsi l’assurance de bénéficier d’une demande en raison de l’obligation de porter cet équipement individuel de protection.
Ce business du masque va donc profiter à quelques-uns alors que des Réunionnais ont montré que la fabrication de masques pouvait être l’amorce de la création à La Réunion d’une nouvelle filière créatrice d’emplois et génératrice de revenus. Mais ces machines et les produits importés se sont accaparés un marché taillé sur mesure qui ne pourra plus créer d’emplois à La Réunion.

M.M.