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4 juin, parNos peines
Des personnes capables de payer 85 euros pour aller au Sakifo sont-elles mieux immunisées que le reste de la population réunionnaise ?
4 décembre 2021, par

Selon l’ARS, c’est lors des réunions familiales que le coronavirus a le plus de risque de se transmettre. C’est la justification de l’interdiction des pique-niques. Mais après avoir autorisé le déroulement du Grand Raid fin octobre, l’État va-t-il laisser se tenir le Sakifo, festival accueillant des dizaines de milliers de personnes sur trois jours ? Des personnes capables de payer 85 euros pour aller au Sakifo sont-elles mieux immunisées contre la COVID-19 et notamment son variant Omicron que le reste de la population réunionnaise ?
« La sphère privée reste un lieu particulièrement propice aux chaînes de contamination. Les clusters recensés ces derniers jours l’illustrent de manière très marquée. Les regroupements familiaux et amicaux sont donc clairement déconseillés. Les pique-niques et les bivouacs sont à nouveau interdits depuis le 15 novembre.(…) Le préfet de La Réunion en appelle à la responsabilité individuelle pour limiter les contacts sans masque et ré-adopter tous les gestes barrières : distanciation, lavage des mains, aération des salles ».
C’est ce que rappelle la Préfecture dans un communiqué.
Le pique-nique est plus qu’une tradition à La Réunion. C’est souvent le seul moment de la semaine où les différentes générations de la famille peuvent se retrouver. C’est donc un important moment d’échange inter-générationnel et de socialisation.
Pour les besoins de la lutte contre le coronavirus, les Réunionnais en sont privés. C’est un sacrifice de plus, et la population relève le défi pour la bonne cause.
Or, dans le même temps, l’État a décidé de maintenir plusieurs importantes opérations commerciales liées au sport et à la culture. La première décision a été le maintien du Grand Raid. Cette manifestation draine chaque année des dizaines de milliers de personnes tout au long du parcours qui comporte de nombreuses zones de contrôle et donc de regroupements. Ce sont des milliers de personnes qui sont ainsi venues d’ailleurs pour le Grand Raid, toutes vaccinées, en plein pic de fréquentation de l’aéroport dû aux vacances scolaires.
Cette manifestation a également d’importantes répercussions pour le tourisme et les magasins de sport car de nombreux produits techniques et onéreux sont achetés pour l’occasion.
Et cela n’a pas raté : quelques semaines plus tard, l’épidémie de coronavirus est repartie en flèche, imposant le retour aux tests obligatoires pour tous les passagers venant à La Réunion, ainsi qu’une surveillance renforcées des non-vaccinés qui veulent embarquer dans un vol.
Il serait question d’un nouveau serrage de vis pour espérer voir se dérouler la période des Fêtes. L’objectif est d’éviter des restrictions qui empêcheront les grandes enseignes de réaliser leurs profits maximums au moment du pic de consommation mondial du capitalisme.
Après le sacrifice des pique-niques, comment toute autre restriction sera interprétée si dans le même temps l’État autorise le déroulement du Sakifo à Saint-Pierre du 10 au 12 décembre prochains.
Le Sakifo est une opération commerciale du même ordre que le Grand Raid. Des dizaines de milliers de personnes sont attendues sur le front de mer de Saint-Pierre, sans oublier toutes les équipes accompagnant les artistes, dont une partie vient de l’extérieur. Pour assister à trois jours de concerts, il faudra débourser au minimum 85 euros, une somme loin d’être à la portée de toutes les bourses à La Réunion.
Interrogé par Réunion Première le 2 décembre sur la position de l’État au sujet du Sakifo, le directeur du cabinet du Préfet a répondu ceci :
« Aujourd’hui, le taux d’incidence et la saturation hospitalière ne nous amènent pas à très court terme, à prendre les mesures d’interdiction du festival ».
Comment alors justifier l’interdiction des pique-niques dans de telles conditions ? Il est clair que s’il est maintenu, le Sakifo risque d’être une bombe à retardement. Et cela d’autant plus que 2 passagers vaccinés et porteurs du variant Omicron ont été dépistés négatifs à leur arrivée à l’aéroport avant d’être victimes de symptômes et d’être dépistés positifs plus de 24 heures plus tard. Des personnes capables de payer 85 euros pour aller au Sakifo sont-elles mieux immunisées contre la COVID-19 et notamment son variant Omicron que le reste de la population réunionnaise ?
M.M.
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