Santé

Coronavirus à La Réunion : des parlementaires veulent supprimer les tests obligatoires

Nouvelle attaque du lobby anti-quarantaine

Manuel Marchal / 25 juin 2020

Comme il fallait s’y attendre, des parlementaires ont déjà modifié le projet de loi du gouvernement obligeant à un test de dépistage du coronavirus avant de prendre l’avion pour La Réunion. Ils veulent supprimer cette disposition pour les passagers embarquant depuis la France vers La Réunion notamment. Cette mesure de santé publique risque de subir le même sort que la quarantaine en centre dédié. Même si l’Assemblée nationale adopte en dernière lecture la mesure permettant d’obliger un voyageur voulant se rendre à La Réunion à réaliser un test de dépistage avant d’embarquer, sans doute des parlementaires vont-ils encore saisir le Conseil constitutionnel pour faire annuler cette dernière protection de la population réunionnaise face aux cas importés, avec le soutien de Réunionnais.

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Les tests de dépistage avant de venir à La Réunion remis en cause : il fallait s’y attendre. En effet, le passage du texte gouvernemental inscrivant cette mesure dans la loi a été modifié par une majorité de sénateurs. Ces derniers ont limité l’obligation des tests aux régions où le virus circule de manière très active. Selon « le Quotidien » d’aujourd’hui, ces tests seront donc obligatoires pour les personnes venant de Mayotte ou de Guyane voulant aller en France, mais pas pour les Français qui veulent se rendre à La Réunion, ou en Martinique et en Guadeloupe qui sont beaucoup moins concernés actuellement par le coronavirus que la France. En effet, pour ces parlementaires français, la France ne peut être une zone lourdement contaminée, en dépit des chiffres. Donc pour eux, la contamination ne peut pas venir de la France mais d’un autre pays.
Ce n’est pas la première fois que des parlementaires mènent la charge contre une mesure protégeant les Réunionnais de cas importés de coronavirus venus de France. Déjà, des députés avaient fait un recours au Conseil constitutionnel pour supprimer la quarantaine en centre dédié, jugée attentatoire aux libertés par le lobby anti-quarantaine. Le Conseil constitutionnel a tranché, cette quarantaine a été supprimée.
Depuis cette décision, le nombre de cas de COVID-19 à La Réunion augmente quasiment tous les jours, en raison de cas importés de France pour l’essentiel, les autres nouveaux cas étant des évacuations sanitaires en provenance de Mayotte.

Une quarantaine prévue pour les futurs touristes à Maurice

Les arguments du lobby anti-quarantaine sont connus : il faut sauver le tourisme. Pendant ce temps à Maurice, les frontières sont fermées jusqu’au 1er septembre. Rappelons que Maurice accueille trois fois plus de touristes d’agrément que La Réunion, c’est-à-dire des touristes qui dépensent plus d’argent car ils n’ont pas de famille qui les héberge pendant leurs vacances. Depuis que Maurice a fermé l’aéroport, les pertes pour le secteur du tourisme s’élèvent à plus de 300 millions d’euros, selon les propos tenus hier par le ministre du Tourisme.
Ce dernier a également précisé que quand les touristes pourront revenir à Maurice, en plus de présenter un résultat négatif à un test de dépistage du COVID-19, ils seront immédiatement pris en charge pour être amené dans leur hôtel où ils devront rester confinés 7 jours, sans contact avec la population. Les touristes qui reviendront à Maurice au mois de septembre seront donc mis en quarantaine une semaine.

La santé des Réunionnais pas une priorité pour des Réunionnais

Il est évident que le secteur du tourisme pèse beaucoup plus à Maurice qu’à La Réunion. De plus, Maurice ne peut compter sur l’aide de la France pour financer des mesures sociales pour accompagner les travailleurs et les entreprises victimes de la crise du COVID-19 dans le tourisme. Malgré cela, nos voisins maintiennent leur décision de fermer la frontière de Maurice jusqu’au 1er septembre et évoquent ensuite une quarantaine obligatoire pour les touristes. Cela signifie tout simplement qu’à Maurice, le gouvernement place la santé de la population comme prioritaire, devant les intérêts économiques. Ce n’est pas le cas pour La Réunion où un lobby anti-quarantaine possède des relais à Paris. Même si l’Assemblée nationale adopte en dernière lecture la mesure permettant d’obliger un voyageur voulant se rendre à La Réunion à réaliser un test de dépistage avant d’embarquer, sans doute des parlementaires vont-ils encore saisir le Conseil constitutionnel pour faire annuler cette dernière protection de la population réunionnaise face aux cas importés, avec le soutien de Réunionnais.
Avec la suppression de la limite de 250 passagers par vol et l’annonce de plus de 20 vols par semaine, cela signifie alors 6000 nouveaux cas de COVID-19 potentiels qui débarqueraient à La Réunion sans aucun contrôle. Mais pour certains, la santé des Réunionnais n’est pas une priorité, y compris pour des Réunionnais.

M.M.