Santé

Coronavirus à La Réunion : enfin la quarantaine stricte et surveillée pour les passagers venant de France

La France change de stratégie et veut enfin bloquer l’importation de nouveaux cas dans notre pays

Manuel Marchal / 30 mars 2020

Ce n’est seulement à partir d’aujourd’hui que la France impose la quarantaine obligatoire pour les passagers venant de ce pays à destination de La Réunion. Désormais, toute personne venant de France sera prise en charge par les autorités vers un lieu de confinement prévu par l’administration. Ceci permet d’éviter à un malade du coronavirus venu de France de contaminer la population. Cette mesure pleine de bon sens est revendiquée depuis un mois par « Témoignages » quand aucun cas n’avait encore été connu dans notre île : nos voisins appliquaient des mesures bien plus drastiques car leur objectif était d’empêcher l’entrée du virus dans leur pays tandis qu’à La Réunion, les autorités se préparaient à l’arrivée massive de cas de coronavirus venus de France en raison du « retour des vacances ».

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Désormais, tout passager franchissant cette porter pour sortir de l’aéroport sera placé directement dans un centre de quarantaine sous la surveillance de la police.

Le confinement obligatoire pendant 14 jours dans des lieux réquisitionnés par le préfet sous la surveillance de la police, tel est la mesure de bon sens qui s’applique seulement à partir d’aujourd’hui à toute personne qui débarque de l’avion en provenance de France. Sous la pression des événements, la France a donc changé de stratégie. Désormais, la priorité est d’empêcher la propagation du coronavirus par des personnes venant de France, un des pays les plus gravement touchés dans le monde par le coronavirus. Plus de 2600 morts y sont désormais à déplorer. La Réunion a donc perdu un mois.

La Réunion paie les errements de la France

Cela faisait en effet plus d’un mois que Témoignages plaidait pour une véritable quarantaine pour tout entrant à La Réunion. Cette demande était de plus en plus partagée. Le 27 février, quand aucun cas n’était encore répertorié à La Réunion et que la France comptait son premier mort du coronavirus, « Témoignages » soulignait que : « actuellement à La Réunion, tous les voyageurs en provenance d’Europe peuvent venir dans notre île sans précaution particulière. Cela constitue une exception dans notre région, car nos voisins ont adopté une ligne de conduite plus stricte en termes de principe de précaution (…) Les personnes ayant séjourné dans un pays touché par l’épidémie sont invités en substance à surveiller leur température pendant 14 jours, durée d’incubation du virus. Sur la base des informations rendues publiques, cette mesure de précaution doit donc s’étendre à tous les passagers en provenance de la France, soit plusieurs vols quotidiens de Boeing 777 ou d’Airbus A330 ou A350. Il est difficile d’imaginer que ces milliers de passagers quotidiens appliquent tous ce protocole, ce qui ouvre donc une brèche dans la prévention puisque la France est un pays contaminé par le Coronavirus ».
Le 2 mars, « Témoignages » soulignait que « l’ouverture des frontières à l’intérieur de l’Union européenne favorise la circulation du virus. Dans ces conditions, difficile de croire qu’un cas importé ne viendra pas à La Réunion. Il incombe donc d’agir en érigeant le principe de précaution en priorité absolue. Cela suppose de se doter de moyens pour contrôler systématiquement tous ceux qui viennent à La Réunion par avion, et pour mettre en quarantaine ou refouler tous les passagers d’un vol venant de France au moindre doute ».
Entre le maintien du lien aérien quotidien avec la France et le risque de l’importation du coronavirus dans notre île, Paris a choisi la première solution. Voici une illustration du rapport colonial qui persiste entre la France et La Réunion, car les Réunionnais n’avaient pas leur mot à dire sur cette stratégie qui a donné le résultat actuel : plus de 200 cas à La Réunion depuis le 11 mars et le confinement généralisé. Notre île est le pays le plus touché de notre région.

La Réunion a perdu un mois

Sous la pression des événements, la France a été amenée à revoir sa stratégie. Tout d’abord, les passagers devaient signer un document affirmant qu’ils allaient se soumettre à une quarantaine volontaire à leur domicile. Mais aucun contrôle n’était prévu au départ, et s’est posé la question des conditions du confinement pour des personnes vivant dans des logements exigus. La préfecture a donc réquisitionné des lieux d’hébergement. Pendant ce temps, le trafic aérien a été restreint à trois vols par semaine entre La Réunion et l’ancienne métropole au lieu de trois par jour, et tous les passagers seront placés en quarantaine comme l’indique cet extrait d’un communiqué de la préfecture de La Réunion :

« A compter du lundi 30 mars, ce dispositif de quatorzaine va être durci. En effet, les voyageurs :
-  seront hébergés dans des lieux réquisitionnés par le préfet et ne pourront plus rentrer à leur domicile ;
- seront transportés directement depuis l’aéroport vers le lieu d’hébergement, sans passage possible par leur domicile et sans contact avec leur entourage.

Toute sortie du lieu de confinement sera strictement interdite pendant 14 jours et tout contact avec l’extérieur (y compris les familles) sera proscrit pendant quatorze jours. Les forces de l’ordre veilleront au strict respect de ces mesures et tout manquement sera sanctionné ».

Cette décision pleine de bon sens est nécessaire, mais elle arrive tard. La Réunion a perdu un mois.

M.M.