Santé

Coronavirus à La Réunion : la porte d’entrée des variants toujours ouverte

Les Réunionnais toujours interdits de réunion de famille le week-end alors que des personnes vaccinées et potentiellement contagieuses peuvent entrer sans quarantaine

Manuel Marchal / 3 septembre 2021

Sur la base d’une amélioration des indicateurs et de la progression du nombre de personnes vaccinées contre la COVID-19, l’État a décidé de lever des restrictions pour faciliter les déplacements à l’intérieur de La Réunion. De plus, si l’ouverture de La Réunion sans contrôle aux personnes vaccinées permet toujours l’importation de variants toujours plus complexes à combattre, les Réunionnais sont encore considérés comme responsables de la crise actuelle. Car, qu’ils soient vaccinés ou non, les Réunionnais sont interdits de pique-nique en permanence et de réunion de famille le week-end. Enfin, le Pass sanitaire obligatoire est maintenu dans de nombreux lieux publics.

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A La Réunion, les conditions d’ouverture de l’aéroport ont permis d’importer le coronavirus et ses variants avec des conséquences dramatiques.

Le préfet de La Réunion a annoncé hier une levée partielle des restrictions liées à l’état d’urgence sanitaire. Il s’agit notamment de la levée du confinement et de repousser l’heure du couvre-feu de 19 à 21 heures, ces deux mesures s’appliquant du lundi au vendredi à compter du 6 septembre. Le représentant de l’État a expliqué le pourquoi de cette décision :

« Ces six derniers jours ont permis de conforter l’amélioration des indicateurs. Nous sommes ainsi passés d’un taux d’incidence de 420 pour 100 000 habitants il y a quatre semaines à moins de 200 pour 100 000 habitants aujourd’hui. je considère que nous avons avancé et que nous avons parcouru la moitié du chemin, à savoir celle de la stabilisation de la circulation épidémique à laquelle nous avons été confrontés pendant les vacances de l’hiver austral. Il nous reste maintenant à nous engager dans l’autre moitié, celle du reflux net en ayant conscience que nous n’arriverons au bout que si notre dynamique vaccinale se poursuit et même s’accentue, car nous sommes bien dans une course contre la montre.
Face au constat encourageant d’un fléchissement net de la courbe épidémique et alors que la mise en œuvre du passe sanitaire doit nous permettre de reprendre une activité économique et sociale sécurisée, j’ai décidé, en concertation avec les élus, d’engager dès lundi prochain un desserrement progressif des mesures de freinage que nous connaissons depuis le 31 juillet.
A partir du lundi 6 septembre, le confinement sera levé en semaine. Du lundi au vendredi, vous pourrez donc vous déplacer sans conditions au-delà d’un rayon de 10 km autour de votre domicile. L’horaire de couvre-feu sera également repoussé à 21h du lundi au vendredi, notamment afin que les établissements qui accueillent des clients ou des usagers sur présentation du passe sanitaire puissent fonctionner à nouveau en début de soirée et que les activités sportives en club puissent reprendre dans ce créneau ».
Ce qui ne change pas, c’est le Pass sanitaire obligatoire pour accéder à de nombreux lieux recevant du public, et donc l’obligation sous peine de licenciements pour certains d’accepter un des deux médicaments expérimentaux vendus par l’industrie pharmaceutique US et proposés aux Réunionnais.

L’immunité collective encore loin

Ce « desserrement » des contraintes s’appuie sur la confiance dans l’efficacité des vaccins commercialisés dans l’Union européenne. Le retour à la situation d’avant la COVID-19 sera possible quand l’immunité collective sera atteinte, expliquent les autorités sanitaires, mais ce seuil est en constante augmentation au fur et à mesure de l’apparition de nouveaux variants. Il est officiellement de 80 % de la population à La Réunion.
Tout repose donc sur la confiance de la population envers le discours des autorités. Dans le communiqué accompagnant la déclaration du préfet, la préfecture note que « la vaccination progresse insuffisamment ces dernières semaines. Depuis le début de la campagne de vaccination, 446 119 Réunionnais ont reçu au moins une injection, et 378 394 Réunionnais disposent d’un schéma vaccinal complet, soit 54 % de la population éligible (ou 44 % de la population totale).
Au vu de cette progression insuffisante (inférieure à 15 000 pour la dernière semaine), l’objectif fixé en août, sur la base de 30 000 primo injections, de vacciner 80 % de Réunionnais de plus de 12 ans d’ici mi-novembre ne sera pas atteignable ».
Rappelons que ces traitements ne bénéficient pas d’une autorisation définitive de mise sur le marché par l’UE car l’expérimentation continue de se poursuivre. En conséquence, l’Union européenne dégage toute responsabilité en cas de problème et renvoie sur le fabricant. Ce dernier étant basé aux États-Unis et les faits relevant donc du droit de ce pays, il semble difficile d’espérer obtenir justice rapidement.

Réunionnais culpabilisés

Par ailleurs, que les Réunionnais soient vaccinés ou non, ils sont interdits de pique-nique et de rassemblement sur la voie publique. Le maintien du confinement dans un rayon de 10 kilomètres le week-end vise essentiellement à rendre impossible les réunions de famille sous peine d’amende. En outre, le télétravail est toujours encouragé. Ceci rappelle que pour les autorités, ce sont les Réunionnais qui sont responsables de la propagation de l’épidémie. Et cette thèse est confirmée lorsque l’on constate qu’aucun contrôle sanitaire n’est prévu pour les passagers vaccinés arrivant de France.
Or, chacun sait que le coronavirus et ses variants ne sont pas endémiques à La Réunion. Ils ont été importés par des passagers infectés dans un autre pays. Il s’avère également que les vaccins utilisés dans l’Union européenne ne protègent pas totalement de l’infection et donc de la transmission de la maladie d’une personne vaccinée à une autre en bonne santé. De nouveaux variants peuvent être plus résistants aux traitements et donc aux vaccins, faisant peser un risque d’aggravation de la situation. N’est-ce pas là que se situe la menace, plutôt que dans la population réunionnaise ?

M.M.