Santé

Coronavirus à La Réunion : la stratégie de laisser entrer la COVID-19 lourde de conséquences

Un an après les premiers cas et le confinement, la situation sanitaire ne cesse de s’aggraver

Manuel Marchal / 3 avril 2021

La France n’avait pas les moyens de protéger la population réunionnaise du coronavirus en appliquant la stratégie de laisser entrer le virus à La Réunion. Nos voisins ont clairement assumé leur incapacité à faire face à une circulation intense de la COVID-19 en fermant leurs frontières pour circonscrire les cas importés. C’est la méthode qui a été choisie pour ne pas saturer les services de santé. A La Réunion, c’est la répression et la stigmatisation des Réunionnais jugés responsables de la crise sanitaire par les autorités qui est la méthode choisie par les autorités pour éviter la saturation des hôpitaux. Voilà où conduit la départementalisation, un concept réactionnaire né au lendemain de l’abolition du statut colonial visant à nier toute responsabilité aux Réunionnais.

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Voici la conclusion du communiqué émis par la Préfecture à la suite de la conférence de presse du préfet, de la directrice de l’ARS et de la rectrice de l’Académie de La Réunion :

« Le préfet en lien avec l’Agence régionale de santé et en concertation avec les élus et les acteurs économiques décidera à l’échéance des 15 prochains jours de renforcer les mesures de freinage si la courbe épidémique ne fléchit pas et que la tension hospitalière perdure en mettant en place alors un confinement.
Ce confinement sera à l’image de ce qui est appliqué en métropole serait déclenché à compter du 17 avril avec les fermetures des établissements scolaires et des limitations de déplacement à un rayon de 10 km autour du domicile sauf motif impérieux ou professionnel. »

Cette conclusion découle d’une situation sanitaire qui s’est aggravée malgré le couvre-feu et toutes les mesures restrictives de liberté. 46 personnes sont en effet mortes à cause du coronavirus depuis la mi-février. Les autorités annoncent l’admission de plusieurs personnes par jour dans les services de réanimation ce qui risque de provoquer une pénurie de lits, compromet les évacuations sanitaires de ressortissants français vivant dans les pays de notre région et augure une politique de tri de patients en cas de saturation des hôpitaux.

Voici pourtant un an, alors que la COVID-19 ne circulait pas encore à La Réunion, un confinement de plusieurs semaines fut imposé à la population. Ce fut un élément aggravant de la crise sociale qui touche La Réunion depuis des décennies. Par la suite, des mesures analogues à celles appliquées en France virent le jour, comme le port obligatoire du masque, le couvre-feu…

4.000 motifs impérieux par semaine pour venir à La Réunion

Il est à noter que depuis un an, La Réunion a été le seul pays du continent africain à maintenir des liaisons aériennes régulières avec la France. Alors que partout ailleurs la quarantaine et le test obligatoire à l’arrivée étaient la norme, c’était l’exception à La Réunion. La quarantaine en centre dédié n’a existé que quelques semaines, cette obligation est levée depuis la fin de l’état d’urgence sanitaire.
La mesure tant attendue de fermeture de l’aéroport n’a pas encore été annoncée. Selon le préfet, l’obligation des motifs impérieux a permis de diviser par dix le nombre d’arrivées : de 40.000 passagers par semaine à 4.000 maintenant. Il se trouve donc que plusieurs milliers de personnes ont malgré tout un motif impérieux pour pouvoir entrer à La Réunion, c’est énorme pour un pays de 850.000 habitants.
Il est clair que le maintien de l’ouverture de la porte d’entrée du virus à La Réunion a joué un rôle décisif dans la crise sanitaire. A chaque période de vacances correspond une pointe de fréquentation de l’aéroport, et est constaté quelques semaines plus tard une accélération de la circulation du virus.

Conséquence de la départementalisation

Depuis un an, les Réunionnais suivent les recommandations des autorités sanitaires. Le parallèle avec Mayotte, où ce sont les mêmes autorités sanitaires, le rappelle. A Mayotte, le refus du gouvernement d’appliquer l’égalité sociale dans un territoire que Paris administre comme un département depuis 2011 a empêché le respect du confinement et des gestes barrières : l’épidémie a explosé à Mayotte. Ce n’était pas le cas à La Réunion jusqu’à ces dernières semaines.
La stratégie de laisser entrer le virus conduit donc les Réunionnais à une situation qui tend à se rapprocher de celle de la France. Avec Mayotte, La Réunion constitue donc une exception dans l’Afrique australe. Aucun pays voisin n’est aussi gravement touché.
Désormais, la solution privilégiée pour sortir de la crise est la vaccination. Mais cette campagne découle d’une stratégie décidée à Paris, qui empêche les Réunionnais d’accéder aux vaccins utilisés massivement avec efficacité par nos voisins. Par exemple, les vaccins chinois qui sont envoyés gratuitement dans les pays de notre continent ne sont pas disponibles à La Réunion car Paris refuse de les utiliser. L’objectif de 75.000 personnes partiellement vaccinées au 1er mai place La Réunion loin derrière les Seychelles qui ont déjà dépassé ce nombre, tout comme Maurice.
Il apparaît donc clairement que la France n’avait pas les moyens de protéger la population réunionnaise du coronavirus en appliquant la stratégie de laisser entrer le virus à La Réunion. Nos voisins ont clairement assumé leur incapacité à faire face à une circulation intense du virus en fermant leurs frontières pour circonscrire les cas importés. C’est la méthode qui a été choisie pour ne pas saturer les services de santé.
A La Réunion, c’est la répression et la stigmatisation des Réunionnais jugés responsables de la crise sanitaire par les autorités qui est la méthode choisie par les autorités pour éviter la saturation des hôpitaux. Voilà où conduit la départementalisation, un concept réactionnaire né au lendemain de l’abolition du statut colonial visant à nier toute responsabilité aux Réunionnais.

M.M.