Santé

Coronavirus à Madagascar : un mort annoncé à la société minière Ambatovy

La région de Toamasina encore endeuillée

Manuel Marchal / 19 mai 2020

Ambatovy est une importante société étrangère minière qui exploite le nickel et le cobalt de Madagascar. Les premiers cas y ont été révélés dès la fin du mois de mars, ce qui a débouché sur la mise en quarantaine des employés par le gouvernement et la suspension des activités d’extraction. Ambatovy dispose de son propre hôpital, mais ses moyens n’ont pas permis de sauver un employé philippin testé positif au COVID-19, décédé avant d’être transféré pour être soigné à l’hôpital de Toamasina. Ryan Reyes a succombé, première membre d’une société minière étrangère décédé du coronavirus à Madagascar.

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Implantée à Madagascar pour exploiter les richesses de son sous-sol, la société Ambatovy est notamment installée près de Toamasina et de Moramanga. « En janvier 2016, la production annuelle d’Ambatovy est estimée à 60 000 tonnes de nickel raffiné, 5 600 tonnes de cobalt raffiné et 210 000 tonnes d’engrais sous forme de sulfate d’ammonium pendant au moins 29 ans », rappelle « La Vérité ».
Cette société a annoncé hier qu’un de ses employés est décédé des suites du coronavirus. Ryan Reyes est de nationalité philippine et travaillait depuis 7 ans pour Ambatovy à Madagascar. D’après nos confrères de Orange Madagascar, « Ryan Reyes avait été admis le 11 mai au sein du centre médical ISOS du site d’Ambatovy, avec une suspicion de contamination au Covid 19. Les tests effectués plus tard ont confirmé qu’il était bien positif, selon des sources auprès de la société. Toujours selon les témoignages de ses collègues, Ryan Reyes avait développé une forme grave, et était dans un état critique ces derniers jours. Un plan d’évacuation sanitaire avait été mis en place, mais il est décédé avant de pouvoir être évacué. La direction d’Ambatovy devrait s’exprimer sur le sujet dans les prochaines heures ».
La présence de cette grande structure et l’état de santé de ses employés ont inspiré bien des questions au sein de la population malgache. Car des cas y ont été révélés peu après l’annonce de premiers cas de coronavirus à Antananarivo. Il est vrai que les expatriés qui y travaillent restent une population à risque, compte-tenu de leurs voyages à l’étranger. D’où l’importance vitale de respecter les gestes barrières, mais est-ce possible dans une mine de cobalt ou de nickel ?

Quarantaine respectée à Ambatovy ?

« Ambatovy a été informée le 31 mars que trois employés de l’un de ses sous-traitants avaient été testés positifs au Covid-19. Au moment du test le 26 mars, ces employés étaient déjà en isolement de 14 jours, conformément aux mesures établies par le gouvernement malgache. Le 2 avril, la société a publié un communiqué sur l’existence de ces cas, la société avait indiqué à ce moment là que ces employés ont été placé en quarantaine et qu’ils ne présentaient aucun symptôme lié au virus. Vu que la compagnie a la chance de disposer de suffisamment d’équipements médicaux de qualité pour la prise en charge médicale sur leur site à Toamasina, les trois personnes contaminées ont été prise en charge par les médecins du site même d’Ambatovy », rappelle « La Tribune de Madagascar ». Quand une 9e personne a été contaminée à la mi-avril, le gouvernement a alors ordonné la mise en quarantaine de tous les employés. Cette recommandation a-t-elle été suivie ? Le décès hier d’un employé interroge.

Fisema Ambatovy dénonce la discrimination

Pour sa part, la Fisema Ambatovy déplore le fait que depuis l’annonce de la contamination de certains membres du personnel de la compagnie, « De nombreux enfants des salariés d’Ambatovy sont refusés à l’école ». Pis, « Un certain nombre d’employés de cette société minière qui sont locataires sont renvoyés de leur domicile. Si d’autres cherchent à louer, ils se retrouvent directement refoulés (…) », comme le rapporte le Fisema dans un communiqué publié samedi.
Et ce dernier explique cette stigmatisation par le fait que « Certains organes d’information et de presse ont déclaré que c’est Ambatovy qui fait propager le Covid-19 à Toamasina ». Le syndicat rappelle que la majorité du personnel a cessé les activités au sein de l’usine depuis le 24 mars et la société a déjà suspendu provisoirement ses opérations d’extraction de cobalt et de nickel depuis le 6 avril.

M.M.