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7 mai 2020, par

Hier soir, la préfecture de Mayotte et l’ARS n’ont pas communiqué les chiffres officiels du coronavirus. Cette première n’est guère rassurante. Selon les dernières statistiques officielles en date de mardi, 739 cas de COVID-19 étaient confirmés à Mayotte dont 9 décès, 353 guérisons et surtout 53 nouveaux cas confirmés en 24 heures. D’après « les Nouvelles de Mayotte », 779 cas seraient confirmés hier, soit 40 nouveaux cas en une journée, soit près d’une centaine de nouvelles contamination au COVID-19 en 48 heures. L’épidémie flambe à Mayotte en raison d’un terreau favorable, résultat de 45 ans d’administration française au mépris du droit international. Car à Mayotte, beaucoup sont face à un choix dramatique : rester confiné et risquer de souffrir de la faim, ou sortir pour manger avec la menace d’être contaminé par le coronavirus, dans une île aux infrastructures sanitaires insuffisantes.
Cela fait 45 ans que la France a refusé de respecter le résultat d’un référendum d’autodétermination que son gouvernement avait pourtant organisé. Cette décolonisation inachevée des Comores a donc pour conséquence le maintien d’une administration occidentale dans cette île.
Par son choix, la France a donc pris la responsabilité de prendre les décisions au nom des habitants de Mayotte. Elle a donc appliqué à ce territoire sa logique néocoloniale : concéder quelques avancées sociales en échange du maintien de Mayotte dans une économie de comptoir.
Cette logique s’est traduite par la mise en place en 2011 d’un département bien singulier : ses habitants n’ont pas les mêmes droits qu’un citoyen français et Mayotte est intégrée à l’Union européenne. En effet, l’égalité sociale est refusée, ce qui fait, par exemple, que le RSA est inférieur à celui versé à La Réunion et en France.
Tout comme à La Réunion, le coût de la vie y est supérieur à celui de la France. Par conséquent, l’économie de Mayotte ressemble beaucoup plus à celle d’un pays en développement qu’à un pays développé, avec une forte proportion du travail informel. Ce système est favorisé par l’utilisation comme travailleurs clandestins de personnes venant des autres îles des Comores, et qui sont considérés comme des étrangers sans papier par les autorités françaises.
Hier encore, un reportage de Mayotte Première montrait toute la difficulté de faire respecter le confinement dans un pays en voie de développement. Cette fois, il n’était pas question des affrontements entre des réfractaires au confinement et la police. La parole était donnée à quelques travailleurs qui luttent quotidiennement pour survivre.
Pour maintenir le lien entre la Petite Terre et la Grande Terre, la barge continue de circuler, mais en service minimum avec une fréquence d’une barge par heure au lieu de plusieurs habituellement.
Prévue pour accueillir 500 personnes, la capacité du bateau est limitée à 100 personnes pour appliquer les mesures de distanciation sociale. Mais à en croire les travailleurs de la barge, la limite de 100 passagers n’est pas respectée, et de demander l’augmentation de la fréquence horaire.
L’embarquement et le débarquement des passagers donne lieu à des scènes de promiscuité, qui favorisent donc la transmission du coronavirus. La barge est donc devenue un nid à virus, en raison d’une décision prise par l’administration française à Mayotte.
Pourtant, les usagers de la barge n’ont pas le choix. Faute de revenus suffisants, ils sont obligés de prendre le risque d’attraper le COVID-19 et ne peuvent se permettre de rester confinés de peur de souffrir de la faim.
Manifestement, malgré le renfort du Mistral, la France n’arrive pas à persuader la population de rester confinée. Cela pose la question des moyens déployés pour limiter les déplacements. Apparemment, les familles qui sont dans la plus grande précarité ne sont pas assez soutenues, sinon elles ne prendraient pas le risque de sortir travailler dans une île durement touchée par le coronavirus.
Ceci sera lourd de conséquences, dans une île qui ne compte qu’un seul hôpital pour plus de 250.000 habitants. La possibilité d’une saturation de cet hôpital est donc clairement posée. Dans son rapport concernant notamment Mayotte, le Conseil scientifique a recommandé de prévoir d’y positionner un hôpital de campagne pour augmenter la capacité de soins. Et si cela ne suffisait pas, alors ce serait la voie ouverte à la catastrophe sanitaire, car la possibilité d’évacuation sanitaire la plus proche est La Réunion, à plus de 2000 kilomètres.
M.M.
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