Santé

Coronavirus à Mayotte : plus de cas de COVID-19 que dans l’Union des Comores, Madagascar et les Seychelles réunies

L’île administrée par la France face au risque d’une catastrophe sanitaire faute d’investissements français suffisants

Manuel Marchal / 28 avril 2020

Avec déjà 4 décès et 433 cas confirmés hier, le bilan de l’épidémie de coronavirus à Mayotte prend des proportions inquiétantes eu égard à la progression rapide du nombre de cas confirmés dans les statistiques officielles. C’est une des conséquences d’un sous-équipement chronique dans de nombreux domaines, avec un exemple frappant : en 45 ans de présence continue à Mayotte, la France n’a réussi à construire qu’un seul hôpital aux normes actuelles, pour une population de plus de 250.000 habitants. Dans ces conditions, des évacuations sanitaires de malades du coronavirus de Mayotte vers La Réunion sont à attendre, en raison justement de ce sous-équipement.

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A Mayotte, 4 personnes étaient déjà mortes du coronavirus, mais désormais Mayotte détient un triste record, celui du nombre de cas confirmés dans notre région : 354 cas confirmés le 24 avril, 380 le 25 avril, 401 cas de COVID-19 le 26 avril et 433 cas confirmés de coronavirus hier. C’est beaucoup plus que dans les trois îles administrées par l’Union des Comores, Madagascar et les Seychelles réunies L’épidémie de Coronavirus-COVID-19 connaît une inquiétante progression dans cette île de l’archipel comorien administrée par la France.
La France n’ayant construit qu’un seul hôpital aux normes actuelles depuis 1975, il est clair que le risque d’une catastrophe sanitaire est bien présent faute d’équipements suffisants. Dans ces conditions, il faudra s’attendre à des transferts de malades du coronavirus de Mayotte vers La Réunion.

Pourquoi cette « exception mahoraise » ?

Ceci amène donc à relativiser le rôle de la France en tant que grande puissance. En effet, en 1975, les dirigeants français ont refusé d’accepter le résultat du référendum d’autodétermination qu’ils avaient pourtant organisés dans ce qui était le TOM des Comores. A une écrasante majorité, le peuple comorien avait choisi l’indépendance. Au même moment, l’armée française a été chassée de Madagascar, en particulier de l’importante base navale de Diego Suarez.
Le résultat suspect du vote à Mayotte rappelait qu’à cette époque, le recours à la fraude électorale était encore une habitude du côté du gouvernement français, les Réunionnais peuvent en témoigner. Le pire était à craindre, car les dirigeants français combattaient les mouvements de libération comme l’ANC, et avait besoin de garder une présence dans cette région, notamment pour soutenir l’apartheid en Afrique du Sud. Paris choisit de se maintenir dans cette ancienne dépendance d’Anjouan achetée à un usurpateur pour servir de base à l’invasion du Royaume de Madagascar à la fin du 19e siècle. Dans le même temps, la France laissait faire des coups d’État organisés aux Comores par d’anciens officiers de l’armée française.

Bilan de la France : un seul hôpital pour plus de 250.000 habitants

Une promesse de la France aux habitants de l’île de Mayotte était de leur faire croire qu’ils seraient les égaux des Français sur les plans matériels et financiers. La crise du coronavirus rappelle une fois de plus que la France n’a pas voulu tenir sa parole.
En effet, comment croire qu’un des pays qui est classé parmi les 10 plus riches du monde ne soit capable que d’aligner un seul hôpital aux normes actuelles pour une population de plus de 250.000 habitants, alors que la France continue d’administrer Mayotte depuis 45 ans sans discontinuer ?
La conséquence de ce sous-équipement chronique, c’est un terreau fertile à la propagation d’une épidémie telle que le COVID-19 à Mayotte, avec des effets à attendre à La Réunion.

M.M.