Santé

Coronavirus : AstraZeneca condamnée à fournir 50 millions de doses de vaccin à l’UE

Illustration des inégalités dans la lutte contre la pandémie de COVID-19

Témoignages.re / 19 juin 2021

L’Union européenne a obtenu gain de cause face à Astra Zeneca, dans une affaire où le fabricant de vaccins était accusé de ne pas avoir respecté les délais de livraison prévus dans un contrat commercial. Ceci rappelle à l’industrie pharmaceutique occidentale la première mission que lui confie ses actionnaires : soigner ceux qui ont le pouvoir d’achat le plus important, c’est-à-dire les Occidentaux. Autrement dit, si Astra Zeneca produit des vaccins pour d’autres régions du monde, elle doit s’assurer que les Européens seront livrés en priorité. Comment alors s’étonner du si grand déséquilibre qui existe dans la répartition des vaccins anti-COVID-19 dans le monde ?

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Sur cette carte, les inégalités d’accès aux vaccins. Elles découlent des inégalités de pouvoir d’achat.

La vaccination est considérée comme un moyen de lutte contre la COVID-19. L’objectif est d’atteindre un pourcentage suffisant de personnes vaccinées dans la population pour rendre possible l’immunité collective. Face à la demande, la production est très insuffisante. La campagne de vaccination s’est de plus caractérisée par une prédation de quelques pays sur la majorité des stocks de vaccin dans le monde. A cela s’est ajouté une importante épidémie de coronavirus en Inde, important pays exportateur de vaccins.
Un déséquilibre manifeste s’est donc créé entre les anciennes puissances coloniales et les autres pays du monde. Ces derniers comptent essentiellement sur l’initiative COVAX de l’ONU et sur des dons de la Chine pour amorcer leurs campagnes de vaccinations gratuites. Madagascar, pays de plus de 20 millions d’habitants a ainsi reçu 250.000 doses de vaccins, c’est moins que La Réunion, 850.000 habitants, intégrée à la France et l’Union européenne.

La vaccination : espoir d’une relance de la consommation

C’est donc dans le club des pays riches que se trouvent logiquement les plus forts taux de vaccination. Les campagnes sont si avancées que les quarantaines sont supprimées pour les vaccinés à l’intérieur des frontières de l’UE, alors que les autres restrictions ne cessent de s’assouplir. Par exemple le gouvernement hongrois permet d’organiser des matchs de football dans le plus grand stade du pays utilisé à sa capacité normale d’accueil.
Pour maintenir cette espérance d’un retour à la situation d’avant la COVID-19, les dirigeants européens continuent de mettre la pression pour que les fabricants de vaccins maintiennent les cadences de production des remèdes achetés par les Européens. Autrement dit, il ne faut pas que l’industrie pharmaceutique occidentale se disperse et oublie d’assurer la première mission que lui confie ses actionnaires : soigner ceux qui ont le pouvoir d’achat le plus important, c’est-à-dire les Occidentaux.
C’est dans ce sens que peut s’interpréter la démarche des 27 États membres de l’Union européenne qui ont décidé de trainer Astra Zeneca en justice. Le Tribunal de première instance de Bruxelles a décidé hier d’accorder des mesures provisoires. La justice ordonne à AstraZeneca de fournir d’urgence 50 millions de doses de vaccin d’ici le 27 septembre 2021 – selon un calendrier contraignant : 15 millions de doses d’ici le 26 juillet, à 09h00, 20 millions de doses d’ici le 23 août, 15 millions de doses au 27 septembre. En cas de non-respect de ces délais de livraison, AstraZeneca devra payer une pénalité de 10 euros par dose non livrée.

Un public prioritaire : les Occidentaux

« La décision du juge des référés est fondée sur le fait qu’AstraZeneca a commis une violation grave (« faute lourde ») de ses obligations contractuelles envers l’Union. La Cour estime également qu’AstraZeneca aurait dû déployer tous ses efforts pour livrer les vaccins selon le calendrier convenu, y compris en ce qui concerne les sites de production britanniques explicitement mentionnés dans le contrat, en particulier au regard des retards importants dans les livraisons à l’UE », précise un communiqué publié hier par la Commission européenne.
Autrement dit, si Astra Zeneca produit des vaccins pour d’autres régions du monde, la société doit s’assurer que les Européens seront livrés en priorité. Cela veut dire qu’à l’échelle mondiale, il existe des critères definissant des publics prioritaires et il s’avère que le plus important reste le pouvoir d’achat. Les Occidentaux sont donc un public prioritaire sur cette base. Comment alors s’étonner du si grand déséquilibre qui existe dans la répartition des vaccins anti-COVID-19 dans le monde ?

M.M.