Santé

Coronavirus dans l’océan Indien : la crise s’éloigne sauf à La Réunion et Mayotte

Conséquences de décisions stratégiques

Manuel Marchal / 12 septembre 2020

Reprise de la quasi-totalité des liaisons terrestres à Madagascar, grande marche citoyenne à Maurice, reprise du trafic aérien international aux Comores et déjà 2.000 touristes accueillis aux Seychelles depuis la réouverture des frontières : les pays de notre région se sont habitués à vivre sans le virus ou reprennent leurs activités car le gros de l’épidémie est passé. C’est pourquoi Mayotte, en raison de l’insécurité, et La Réunion, à cause de la crise sanitaire sont manifestement deux exceptions avec un point commun : les décisions stratégiques dépendent d’un pouvoir situé à l’autre bout du monde.

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A Madagascar, les efforts de la population malgré le peu de moyens ont porté leurs fruits. L’épidémie a considérablement régressé, ce qui permet d’envisager le redémarrage en sécurité de nombreuses activités. A l’exception des provinces Diana et Sava, les transports terrestres interrégionaux circulent à nouveau selon un protocole sanitaire strict, avec notamment prise de température avant de monter dans le taxi-brousse. L’axe Antanananarivo-Tamatave est rétabli. Les lignes aériennes intérieures sont réouvertes, avec test préalable à l’embarquement. L’examen du CEPE a pu se tenir, d’abord à Antananarivo et à Antsiranana, puis dans les autres provinces, et il est envisagé d’ouvrir les Universités au mois de novembre. Quant au trafic aérien international, il sera limité dans un premier temps à Nosy Be.

2000 touristes aux Seychelles

Aux Comores, le trafic aérien international a repris de manière limitée. Ces premiers vols doivent s’adapter aux capacités d’accueil en toute sécurité. Mais cette décision signifie que pour nos voisins, il est possible de nouveau de s’ouvrir sur l’extérieur, car l’épidémie est maîtrisée.
Aux Seychelles, la politique des autorités a permis d’éviter la circulation du virus. Les Seychelles ont été le premier Etat de notre région à s’ouvrir de nouveau aux touristes, avec interdiction des contacts avec la population. Pour le moment, plus de 2.000 personnes sont venues sans qu’une vague de contamination soit constatée. La vie tend là aussi vers la normale.
A Maurice, les mesures mises en œuvre ont permis là aussi d’éviter des foyers de transmission autochtone grâce à la fermeture de l’aéroport et à une quarantaine stricte pour les rapatriés. Cette quarantaine de deux semaines dans un hôtel sera désormais payée par le passager qui déboursera 1000 euros. Cette politique a été expliquée par Catherine Gaud dans un article publié par Zinfos974. Elle permet aux Mauriciens de mener leurs activités, et notamment de manifester.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, une nouvelle Marche citoyenne est annoncée. La première organisée voici quelques semaines avait rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes en toute sécurité. A Maurice, la vie sans le virus permet au peuple de descendre dans la rue pour demander des comptes à ses dirigeants.

Grandes manifestations à Maurice

Mayotte et La Réunion font exception dans cette dynamique. Mayotte a tout d’abord été le territoire le plus touché par la COVID-19 dans notre région. Le confinement était impossible à respecter compte-tenu de la pauvreté de la population, et de prestations sociales plus faibles qu’à La Réunion obligeant à sortir pour travailler afin de se nourrir. A la crise sanitaire a succédé une crise sécuritaire, énième épisode de l’aventure comorienne initiée par un gouvernement français en 1974 et poursuivie par ses successeurs. L’insécurité empêche le retour à une vie normale.
A La Réunion, les mesures restreignant les rassemblements sont prises pour faire face à l’amplification de l’épidémie de COVID-19. Pourtant notre île partage beaucoup de points communs avec ses voisins, notamment son caractère insulaire et donc l’importance cruciale de bien surveiller les frontières pour éviter l’importation de toute épidémie. Les autorités ont pourtant maintenu l’ouverture de l’aéroport, et quand survint la seconde vague en France, les mesures de contrôle sanitaire des passagers en provenance de ce pays ont été allégées en parallèle d’une hausse des rotations : plus de 20 vols par semaine avec la France, aucun pays de notre région n’a tenté un tel pari.
En conséquence, alors que notre région est sur le chemin du réveil, La Réunion donne l’image d’une belle endormie. Son réveil sera-t-il conditionné à la découverte par l’industrie pharmaceutique occidentale d’un vaccin suffisamment rémunérateur pour ses actionnaires ?
En tout état de cause, à Maurice, aux Comores, aux Seychelles et à Madagascar, les décisions n’ont pas été prises par une autorité située au bout du monde. Ceci explique sans doute cela.

M.M.