Santé

Coronavirus et déconfinement : toujours pas de plan en France

Une semaine après l’annonce du président de la République, le Premier ministre reporte à plus tard la présentation d’une stratégie de sortie de crise

Manuel Marchal / 20 avril 2020

Le 13 avril dernier, le président de la République a annoncé la fin du confinement à partir du 11 mai. Hier, 19 avril, le Premier ministre s’est exprimé pour présenter encore des mesures sectorielles mais pas une stratégie de sortie de crise. Il faudra encore patienter quelques jours si tout va bien, voire deux semaines. Autrement dit, l’improvisation continue. En raison de son intégration à la France, La Réunion subit les conséquences de ces errements parisiens.

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Cette carte de l’OMS montrant la répartition des décès liés au coronavirus selon les Etats rappelle que la France est dans l’épicentre mondial de l’épidémie.

Le discours du président de la République le 13 avril dernier, et celui du Premier ministre hier, confirment la volonté du gouvernement de sortir du confinement le 11 mai prochain. La population était en droit d’attendre de la part du pouvoir la présentation d’un plan de sortie de crise avec des mesures précises. En effet, cela fait déjà près de deux mois que la France est confrontée à l’épidémie de coronavirus. Le retard pris dans le contrôle sanitaire et les quarantaines imposées aux personnes en provenance de ce pays est à l’origine de la contamination de La Réunion, tandis que des passagers transportés par Air France ont contribué à celle de Madagascar, pour se limiter à notre région.
Ce délai laissait donc largement le temps aux dirigeants de la France de s’organiser pour présenter cette stratégie. Dans une interview le 17 avril dernier, la directrice régionale de l’ARS n’avait-elle pas dit en substance qu’à la différence de La Réunion, la France dispose de toutes l’expertise nécessaire pour prendre des décisions ?
Mais hier, le Premier ministre n’a toujours pas présenté cette stratégie, seules des mesures sectorielles ont été annoncées.

Encore du bricolage

L’expérience montre que la fin du confinement dans des pays moins touchés que la France par l’épidémie passe par le port du masque obligatoire, ainsi que par une politique de tests systématiques afin de connaître le plus précisément possible quelles sont les personnes qui peuvent transmettre le coronavirus, et de prendre les mesures de quarantaine appropriées. Or, la France n’a pas la possibilité de tester et de fournir des masques à tout le monde. Pour les tests, le ministre de la Santé a indiqué qu’actuellement, la moyenne quotidienne doit se situer au-dessus de 25.000 alors que pour le 11 mai, l’engagement est de réaliser 500.000 tests par jour. A ce rythme, il faudrait plus de trois mois pour tester l’ensemble de la population française.
Le ministre de la Santé a annoncé que la France sera capable de produire 17 millions de masques « grand public » par semaine. Sans doute est-il prévu que ce rythme sera atteint d’ici le mois de mai. La France ayant plus de 60 millions d’habitants, c’est très insuffisant et la France compte sur les importations en provenance de la Chine pour sauver la situation.
Au sujet de la rentrée scolaire prévue pour le 11 mai, c’est encore l’improvisation la plus totale : rien n’est décidé. Des pistes ont été avancées, comme des cours par moitié de classe afin que les élèves puissent aller à l’école un jour sur deux, une réouverture échelonnée par région en fonction de l’intensité de l’épidémie. Pendant ce temps, de nombreux commerces seront toujours interdits d’ouvrir le 11 mai. Pourtant, lors du déclenchement du confinement, la fermeture des écoles et universités avait été annoncée plusieurs jours avant celle des lieux devant recevoir du public, à l’exception des commerces jugés indispensables par le gouvernement, comme les magasins de bricolage !

L’importance d’une stratégie

En Kanaky-Nouvelle Calédonie, le niveau d’autonomie de ce territoire de la République a permis au gouvernement local de prendre la décision de sortir du confinement dès aujourd’hui. Le nombre de cas est très inférieur à celui de La Réunion. Ce choix est contesté par le Conseil coutumier qui estime que le déconfinement est insuffisamment préparé et risque donc de causer une flambée de l’épidémie de coronavirus dans l’archipel.
Ceci montre toute l’importance de présenter bien en amont une stratégie bien précise afin que la population sache à quoi s’en tenir et puisse sortir en confiance.

Et la « continuité territoriale » de la Région ?

Si la stratégie de la France reste toujours inconnue, le Premier ministre a souligné que le retour à la normale sera long, et a déconseillé de voyager loin pendant les prochaines vacances de l’été dans l’hémisphère Nord. Cette remarque est pleine de bon sens. En effet, la France reste un des pays les plus touchés au monde par le coronavirus, il ne faudrait donc pas que ses ressortissants soient encore à l’origine de cas importés dans d’autres pays, comme ici à La Réunion.
Si les voyages lointains sont déconseillés par le Premier ministre, alors ils sont encore plus à éviter vers la France, un des épicentres mondiaux de la pandémie de coronavirus. Se pose alors la question de la pertinence de dispositifs comme l’aide aux compagnies aériennes desservant la France versée par la Région Réunion. D’un montant de près de 50 millions d’euros par an, cette aide consiste en une subvention partielle d’un billet d’avion pour aller en France selon des critères très généreux. Or, la logique voudrait qu’une politique publique ne contrarie pas la lutte contre la propagation du coronavirus à La Réunion.

M.M.