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4 juin, parNos peines
A quand des mesures aussi drastiques que nos voisins pour protéger la population ?
2 mars 2020, par

En Martinique et à La Réunion, des affrontements entre la police et des manifestants opposés au débarquement de passagers donnent une indication de la peur qui s’empare de l’opinion au sujet de l’épidémie de coronavirus. A La Réunion, les affrontements ont été circonscrits au port et n’ont pas encore touché l’aéroport à la différence de la Martinique. Rappelons que chaque jour, plus de 1600 personnes débarquent à La Réunion en provenance d’un continent infecté par le coronavirus. Il incombe donc d’agir en érigeant le principe de précaution en priorité absolue. Cela suppose de se doter de moyens pour contrôler systématiquement tous ceux qui viennent à La Réunion par avion, et pour mettre en quarantaine ou refouler tous les passagers d’un vol venant de France au moindre doute. Une telle mesure pourrait ramener sans doute le calme, car l’importation d’un seul cas fera bien plus de dégâts que l’arrivée dans notre île de réfugiés sri-lankais.
En Martinique, des affrontements entre policiers et manifestants ont émaillé l’actualité de ces derniers jours. Postés à l’entrée de l’aéroport Aimé Césaire, des Martiniquais refusent que des avions en provenance d’Italie débarquent des passagers venant d’un pays contaminé par le Coronavirus. Leur motivation est renforcée par l’attitude d’Etats comme Maurice qui a refoulé des passagers en provenance des régions d’Italie où le virus a déjà fait des victimes.
Ces affrontements ont touché hier La Réunion. La cause était la venue du paquebot Sun Princess. Avant de venir à La Réunion, ce bateau devait faire escale à Madagascar. Les autorités de nos voisins ont interdit aux passagers de débarquer parce que leur bateau s’était rendu en Thaïlande 13 jours plus tôt, soit un délai inférieur d’une journée à la période de quarantaine. A Madagascar, les autorités estiment que le système de santé ne pourra pas faire face au développement d’une épidémie. Elles refusent donc de prendre le moindre risque, et toute personne arrivant à Madagascar d’une région infectée doit être mise en quarantaine aux frais de la compagnie aérienne qui l’a fait voyager.
Au moment de l’arrivée du Sun Princess hier matin, des manifestants étaient présents à la grille du port pour demander aux passagers de ne pas débarquer. Pourtant, plusieurs d’entre eux ont commencé à venir à terre. Aucune obligation sanitaire ne leur était imposée : pas de prise de température, pas de port de masque. L’usage de ce matériel de protection dépendait de la volonté de chacun.
La tension est alors rapidement montée. Les passagers ont été invités à remonter à bord, tandis que des policiers sont intervenus pour réprimer la manifestation. Des jets de galets ont répondu à un tir de grenade lacrymogène.
Maintenant, il faut s’attendre à ce que l’arrivée de croisiéristes soit compromise jusqu’à ce que l’opinion ait la conviction que le coronavirus soit éradiqué. En effet, si nos voisins prennent des mesures drastiques qui empêchent les croisiéristes de débarquer, et si chaque paquebot accueilli à La Réunion fait l’objet d’une manifestation, alors les compagnies de croisière ne feront plus escale dans notre région.
Avec le développement de l’épidémie, les manifestations pourraient toucher l’aéroport, comme en Martinique. En effet, environ 2500 personnes étaient à bord du Sun Princess à son arrivée à La Réunion. Ce n’est pas tous les jours qu’un paquebot vient dans notre île, et en général l’escale dure une journée, le temps pour une partie des croisiéristes de faire une excursion. Les autres restent à bord où de nombreuses activités sont organisées.
Mais tous les jours à l’aéroport se posent des gros porteurs en provenance de France : Airbus A350 ou A330, Boeing 777 ou 747. Chaque avion transporte plus de 400 passagers. Ce sont donc tous les jours plus de 1.600 personnes qui débarquent à La Réunion pour bien plus longtemps qu’une journée. Le site Coronavirus du gouvernement précise que : « Un accueil spécifique des voyageurs est mis en place aux aéroports de Paris-Charles de Gaulle et Saint-Denis de La Réunion pour les vols en provenance de Chine, Hong Kong, Macao, Singapour et Corée du Sud ». Or, comme Air Madagascar a suspendu son vol reliant Antananarivo à Canton avec escale à La Réunion, plus aucun vol en provenance de Chine n’atterrit dans notre île. Cela signifie qu’à part proposer des flyers d’information et des masques, aucun accueil spécifique pour ces nombreux arrivants n’est mis en place.
Pourtant, le continent européen est touché par l’épidémie avec notamment un foyer important en Italie, et plusieurs décès en France. L’ouverture des frontières à l’intérieur de l’Union européenne favorise la circulation du virus. Dans ces conditions, difficile de croire qu’un cas importé ne viendra pas à La Réunion.
Il incombe donc d’agir en érigeant le principe de précaution en priorité absolue. Cela suppose de se doter de moyens pour contrôler systématiquement tous ceux qui viennent à La Réunion par avion, et pour mettre en quarantaine ou refouler tous les passagers d’un vol venant de France au moindre doute. Une telle mesure pourrait ramener sans doute le calme, car l’importation d’un seul cas fera bien plus de dégâts que l’arrivée dans notre île de réfugiés sri-lankais. Il convient donc de s’interroger sur la possible utilisation de la salle polyvalente de Duparc à proximité de l’aéroport. Ce centre de rétention temporaire peut-il être transformé en lieu de quarantaine ?
Souhaitons que, les autorités soient aussi promptes à renvoyer vers la France ou à placer à l’isolement toute personne suspectée de porter le virus qu’elles l’ont été pour parquer et expulser des réfugiés sri-lankais. Car à la différence des réfugiés, le virus est un tueur potentiel.
M.M.
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