Santé

Coronavirus : l’autonomie de décision permet des « situations sanitaires maîtrisées »

Un an après le début de la pandémie, bilan contrasté dans les anciennes colonies françaises sous souveraineté de la République

Manuel Marchal / 23 mars 2021

Un an après l’arrivée de la COVID-19 à La Réunion, le Conseil scientifique a publié un rapport où il résume la situation sanitaire dans les anciennes colonies françaises intégrées à la République. Le constat est flagrant : là où les territoires ont un statut d’autonomie, « les situations sanitaires y sont maitrisées avec un contrôle très strict à l’arrivée » alors que dans les départements où la quarantaine et le test de dépistage ne sont pas « contrôlés strictement », cette situation sanitaire n’a cessé de se dégrader.

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Dans son rapport remis le 11 mars au gouvernement, le Conseil scientifique analyse la situation sanitaire dans des anciennes colonies françaises devenues collectivités de la République sous forme de départements ou de territoires d’outre-mer. Plusieurs d’entre elles partagent un point commun : ce sont des îles. Voici quelques extraits :

« La Réunion
L’incidence y augmente depuis plusieurs semaines et atteint 125/100 000 habitants, le taux d’occupation des lits en réanimation est à 49 %, et le variant SA y est déjà fortement présent (60 %). L’arrivée par voie aérienne n’est autorisée que sur motif impérieux et est complétée par une septaine et un test PCR en sortie, les deux n’étant pas contrôlés strictement. Un couvre-feu a été instauré de 22h, puis étendu à partir de 18h, à 5h début mars.

Antilles
Les situations sanitaires étaient stables juste mi-février aux Antilles mais les incidences augmentent depuis fortement en 121 en Guadeloupe et plus lentement en Martinique (35), à Saint Martin (71) et à Saint Barthelemy (602) au 7 mars 2021. Le variant UK y est en nette augmentation. L’arrivée par voie aérienne n’est autorisée que sur motif impérieux et est complétée par une septaine et un test PCR en sortie, les deux n’étant pas contrôlés strictement. (…)

Polynésie française, Nouvelle Calédonie, Saint Pierre et Miquelon et Wallis et Futuna
Les situations sanitaires y sont maitrisées avec un contrôle très strict à l’arrivée autorisée uniquement sur motif impérieux et assortie d’une septaine ou quatorzaine et d’un test PCR très contrôlés. Les restrictions étaient peu nombreuses sur ces territoires (couvre feux à 21h en Polynésie et fermeture des bars à Tahiti) jusqu’au 8 mars où la Nouvelle Calédonie et Wallis et Futuna ont instauré un confinement du fait de la découverte de cas locaux »

Possible de vivre sans la COVID-19

Il ressort de cette analyse une situation contrastée. Là où des mesures de contrôle « très strict » ont été prises à l’entrée du territoire, « les situations sanitaires sont maîtrisées ». Par contre, là où la quarantaine et le test de dépistage à la sortie ne sont pas « contrôlés strictement », la situation s’est dégradée depuis plusieurs semaines. Ceci confirme la tendance observée depuis le début de l’épidémie. Le parallèle est en effet saisissant entre la situation prévalant dans les départements d’outre-mer, et les anciens TOM intégrés à la République.
Ainsi, en Kanaky Nouvelle-Calédonie, dès le début de la pandémie, l’aéroport a été fermé à l’exception des vols de rapartriement. A leur arrivée, les passagers doivent respecter une quarantaine stricte de deux semaines dans des lieux dédiés. A la fin de cette période, le test de dépistage COVID est obligatoire. Résultat : les habitants de Kanaky Nouvelle-Calédonie ont pu poursuivre une vie normale. Un référendum a pu se tenir avec un taux de participation de plus de 80 %. Et en cas de découverte de nouveaux cas sans lien avec une sortie de quarantaine, c’est le confinement qui s’applique afin de tuer dans l’œuf toutes les chaînes de transmission, et permettre aux habitants de reprendre une vie normale au terme de ce confinement.

Plus de 100.000 personnes arrivées en 2 mois sans quarantaine ni test obligatoires à La Réunion

A La Réunion et aux Antilles, des mesures analogues à celles appliquées en Kanaky Nouvelle-Calédonie ont été appliquées l’année dernière sous le régime de l’état d’urgence sanitaire. La quarantaine en lieu dédié avec test obligatoire à la sortie a pris fin en même temps que l’état d’urgence sanitaire. D’après les autorités, le maintien d’une mesure de ce type est illégale quand l’état d’urgence sanitaire n’est pas décrété. En conséquence, près de 100.000 personnes sont arrivées à La Réunion en décembre et janvier sans quarantaine ni test obligatoire à l’arrivée. Aux Antilles, le même régime s’appliquait. Quelques semaines plus tard, une nouvelle dégradation de la situation sanitaire est observée, avec la découverte de personnes atteintes de formes nouvelles du coronavirus. La COVID-19 et ses variants n’étant pas endémique à La Réunion et aux Antilles, il est difficile de croire que le rush des vacances n’a pas contribué à cette dégradation de la situation sanitaire.
Dans d’autres collectivités sous souveraineté de la République situées dans le Pacifique et dans l’Atlantique, une telle dégradation n’a pas cours, car « les situations sanitaires sont maîtrisées ». C’est la conséquence d’une stratégie dont le but était d’empêcher l’entrée du virus sur le territoire. Ainsi, fermeture de l’aéroport et quarantaine ont été maintenues en Kanaky-Nouvelle Calédonie. Cela est dû au fait que ces territoires sont sous un régime d’autonomie. Les élus locaux disposent de compétences leur permettant de décider des mesures à appliquer à l’entrée de leur territoire. Ils peuvent donc choisir une stratégie qui n’est pas celle de la France. Quant aux autorités de l’ancienne métropole, elles doivent assurer l’accompagnement de ces mesures.

Jamais trop tard pour agir

Un an après le début de la pandémie, la différence est flagrante. Ceci confirme les propos tenus par Ericka Bareigts lors de la célébration du 75e anniversaire de l’abolition du statut colonial de La Réunion. La candidate aux élections régionales avait rappelé que lorsqu’elle était ministre, elle avait pu constater que dans les territoires où les élus avaient plus de responsabilité, les choses se passaient mieux pour la population.
Le rapport du Conseil scientifique rappelle donc que la vie sans COVID-19 est possible à La Réunion, à condition que des mesures adaptées à notre situation soient décidées à La Réunion par des Réunionnais et ensuite appliquées. Il apparaît donc clairement qu’avec des élus réunionnais responsables ayant la compétence de la politique de santé, notre île aurait pu éviter la catastrophe sanitaire et avoir une qualité de vie analogue à celle de tous les pays où la COVID-19 n’a jamais circulé. Autrement dit, l’autonomie de décision permet une « situation sanitaire maîtrisée ». Il n’est jamais trop tard pour agir, à condition d’écouter les Réunionnais.

M.M.