Santé

Coronavirus : l’OMS pas contre le Covid-Organics

Décryptage de la dernière position de l’Organisation mondiale de la Santé sur la médecine traditionnelle

Manuel Marchal / 6 mai 2020

Depuis que les chercheurs de l’IMRA ont découvert un remède contre le coronavirus à partir d’expériences sur les plantes médicinales, que ce remède a été testé avec succès et que le gouvernement malgache a soutenu le lancement de sa production à grande échelle, court une rumeur selon laquelle l’Organisation mondiale de la Santé serait contre l’utilisation du Covid-Organics. Cette rumeur vise à discréditer un remède que comptent désormais utiliser une vingtaine de pays en dehors de Madagascar. En réalité, le jugement de l’OMS n’est pas si tranché. Une déclaration de l’OMS Afrique en date du 4 mai donne la position de l’organisation sur les remèdes issus de la médecine traditionnelle : « L’OMS soutient une médecine traditionnelle reposant sur des éléments scientifiques probants ». Par conséquent, comme le travail des chercheurs de l’IMRA repose sur « des éléments scientifiques probants », le Covid-Organics mérite donc d’être soutenu par l’OMS. Le seul point de divergence vient de la durée des tests préalables à une diffusion dans la population. L’OMS estime ce délai à plusieurs mois « en temps normal », ce qui n’est absolument pas adapté au contexte d’une flambée épidémique qui impose d’agir beaucoup plus vite. L’OMS a salué la vitesse avec laquelle la Chine a circonscrit l’épidémie, ce qui évita une catastrophe bien plus grande. Nul doute qu’un jour, l’OMS saluera l’initiative de Madagascar qui réussit à mettre au point rapidement un remède contre le coronavirus.

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Qu’attend la France pour évaluer ce remède contre le coronavirus produit à Madagascar ?

« L’OMS soutient une médecine traditionnelle reposant sur des éléments scientifiques probants », c’est le titre d’une déclaration de l’OMS Afrique en date du 4 mai. Sans doute ce texte répond à un contexte particulier, depuis la découverte par l’IMRA d’un remède contre le coronavirus à partir des connaissances des plantes médicinales. Sans jamais nommer le Covid-Organics, l’OMS ne prend pas position contre ce remède malgache qu’une vingtaine de pays comptent déjà utiliser. Voici donc un décryptage de la position de l’OMS, avec des inter-titres de Témoignages.

1. Les « essais cliniques rigoureux » du Covid-Organics ont déjà eu lieu

La première partie de la déclaration de l’OMS Afrique porte sur son appréciation du recours à la médecine traditionnelle. Sur ce plan, elle est positive, tout en insistant sur les tests préalables à la diffusion d’un remède :
« L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) accueille favorablement les innovations à travers dans le monde, y compris le recyclage des médicaments, des produits issus de la pharmacopée traditionnelle et la mise au point de nouvelles thérapies dans le cadre de la recherche de traitements potentiels de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19).
L’OMS reconnaît que la médecine traditionnelle, complémentaire et alternative recèle de nombreux bienfaits. L’Afrique a d’ailleurs une longue histoire de médecine traditionnelle et de tradipraticiens de santé qui jouent un rôle important dans les soins aux populations. Des plantes médicinales telles que l’artemisia annua sont considérées comme des traitements possibles de la COVID-19, mais des essais devraient être réalisés pour évaluer leur efficacité et déterminer leurs effets indésirables. Les Africains méritent d’utiliser des médicaments testés selon les normes qui s’appliquent aux médicaments fabriqués pour les populations du reste du monde. Même lorsque des traitements sont issus de la pratique traditionnelle et de la nature, il est primordial d’établir leur efficacité et leur innocuité grâce à des essais cliniques rigoureux. »

L’IMRA est un centre de recherche de référence internationale dans les plantes médicinales. Comme les autres médicaments déjà mis au point par cet institut, des tests préalables ont été menés afin d’évaluer le Covid-Organics avant sa diffusion. Ils ont été positifs, ce qui a entraîné la production à grande échelle du CVO et sa distribution auprès de la population ainsi que dans près de 20 autres Etats que Madagascar. La condition des « essais cliniques rigoureux » est donc remplie.

2. Durée habituelle des tests inadaptée à une flambée épidémique comme le COVID-19

Mais dans la suite de sa déclaration, l’OMS indique que ces tests préalables doivent avoir une durée minimale de plusieurs mois, ce qui constitue un point de divergence :
« Les gouvernements africains, par l’intermédiaire de leurs Ministres de la santé, ont adopté au cours de la cinquantième session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique tenue en 2000, une résolution sur la médecine traditionnelle dans laquelle les États Membres étaient invités à générer des données factuelles sur la sécurité, l’efficacité et la qualité de la médecine traditionnelle. Les pays étaient aussi invités à effectuer des recherches pertinentes et à demander aux autorités nationales de réglementation pharmaceutique à approuver les médicaments conformément aux normes internationales, qui préconisent notamment que le produit suive un protocole de recherche strict et soit soumis à des tests, ainsi qu’à des essais cliniques. Ces études concernent en temps normal des centaines de personnes, sont effectuées sous la supervision des autorités nationales de réglementation pharmaceutique et sont réalisées pendant quelques mois dans le cadre d’un processus accéléré. »

Le délai de « quelques mois » pose problème. Si au bout de quelques semaines, les « essais cliniques rigoureux » ont donné des résultats pleinement exploitables, pourquoi les prolonger « pendant quelques mois dans le cadre d’un processus accéléré » ? Cette recommandation ne peut pas tenir dans le contexte de l’épidémie de COVID-19. L’OMS tempère aussitôt cela par cette précision : « en temps normal ». Or, il est clair que le monde n’est pas « en temps normal » en raison de la pandémie de coronavirus.
Car c’est la vitesse qui a permis à la Chine de circonscrire au plus vite l’épidémie et de remporter la bataille de Wuhan, ce qui a été salué par l’OMS. Ce constat vaut également pour la mise au point d’un remède contre le coronavirus. Puisque Madagascar dispose de l’expertise nécessaire à la réalisation du Covid-Organics, et puisque les tests cliniques ont montré l’efficacité du traitement, les autorités malgaches ont eu raison de ne pas attendre « quelques mois » pour mettre à la disposition du monde un remède qui change la donne.

3. Soutien de l’OMS à la médecine traditionnelle

La troisième partie de la déclaration de l’OMS porte sur son soutien à la recherche dans la médecine traditionnelle.
« L’OMS œuvre de concert avec les instituts de recherche pour sélectionner les produits issus de la pharmacopée traditionnelle sur lesquels des investigations peuvent être menées afin de déterminer leur efficacité clinique et leur innocuité dans le traitement de la COVID-19. En outre, l’Organisation mondiale de la Santé continuera de prêter son assistance aux pays au moment où ils analysent le rôle que les tradipraticiens de santé jouent dans la prévention, l’endiguement, la détection précoce du virus et l’orientation-recours des cas vers les établissements de santé.
Au cours des deux dernières décennies, l’OMS a collaboré avec les pays pour assurer un développement sûr et efficace de la médecine traditionnelle en Afrique, en fournissant des ressources financières et un appui technique à cet effet. L’OMS a soutenu des essais cliniques, ce qui a amené 14 pays à délivrer des autorisations de mise sur le marché de 89 produits issus de la pharmacopée traditionnelle répondant aux normes d’homologation internationales et nationales établies. Quarante-trois de ces produits ont été inscrits sur les listes nationales de médicaments essentiels. Ces produits font désormais partie de l’arsenal qui permet de traiter les patients atteints d’un large éventail de maladies comprenant le paludisme, les infections opportunistes liées au VIH, le diabète, la drépanocytose et l’hypertension. De même, avec l’appui de l’OMS, la quasi-totalité des pays de la Région africaine se sont dotés de politiques nationales dans le domaine de la médecine traditionnelle. »

Sur la base de cette prise de position, la seule attitude devant désormais guider les pas de l’OMS est d’apporter l’appui nécessaire pour que le Covid-Organics deviennent le 44e médicament issu de la médecine traditionnelle africaine inscrit « sur les listes nationales de médicaments essentiels »

4. Le Covid-Organics n’empêche pas d’autres mesures de protection appliquées à Madagascar

Enfin, la dernière partie de la déclaration de l’OMS-Afrique est une mise en garde au sujet de désinformation sur des médias sociaux « au sujet de l’efficacité de certains remèdes » :
« Au moment où des efforts sont faits pour trouver un traitement à la COVID-19, la prudence doit rester de mise pour ne pas verser dans la désinformation, particulièrement sur les médias sociaux, au sujet de l’efficacité de certains remèdes. De nombreuses plantes et substances sont proposées alors qu’elles ne répondent pas aux normes minimales de qualité, d’innocuité et d’efficacité et qu’aucun élément factuel n’atteste du respect de ces normes. L’utilisation de produits destinés au traitement de la COVID-19, mais qui n’ont pas fait l’objet d’investigations strictes, peut mettre les populations en danger et les empêcher d’appliquer des mesures telles que le lavage des mains et la distanciation physique qui pourtant sont des éléments cardinaux de la prévention de la COVID-19. Cela peut aussi accentuer le recours à l’automédication et accroître le risque pour la sécurité des patients. »

Il est clair que cette prise de position ne peut concerner le Covid-Organics. Car à l’IMRA, l’expertise des chercheurs a mené à des « investigations strictes ». De plus, il est une partie de la stratégie malgache de réponse au COVID-19, car les mesures de distanciation physique sont la priorité, et quand elles ne peuvent être respectées, alors le port du masque est obligatoire.

Conclusion :

« L’OMS se réjouit de chaque occasion de collaborer avec les pays et les chercheurs pour développer de nouveaux traitements, et encourage une telle collaboration pour la mise au point de thérapies efficaces et sans risque pouvant être utilisées en Afrique et ailleurs dans le monde. »
L’OMS ne peut donc que se réjouir de collaborer avec Madagascar afin de diffuser le plus largement possible le Covid-Organics.

M.M.

Voir en ligne : L’OMS soutient une médecine traditionnelle reposant sur des éléments scientifiques probants