Santé

Coronavirus : La Réunion face au risque de la première vague

Découverte d’un premier « cluster » à une semaine de la rentrée scolaire

Manuel Marchal / 12 août 2020

Depuis le début de l’épidémie, la stratégie des autorités sanitaires à La Réunion a laissé entrer le coronavirus dans notre île. La découverte du premier « cluster » à La Réunion n’est que la conséquence de cette stratégie. Mise à part Mayotte elle aussi sous administration française, La Réunion risque bien d’être le pays de notre région où le coronavirus connaît les conditions les plus favorables à une implantation durable, à moins de changer de stratégie pour ne pas anéantir tous les efforts faits par les Réunionnais pour limiter l’extension de la COVID-19 dans leur pays.

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Hier, les autorités sanitaires ont annoncé la découverte d’un premier « cluster », ou foyer de coronavirus à La Réunion. Suite à un repas de famille, 9 personnes ont été dépistées positive au test COVID-19. Elles sont classées autochtones, ce sont donc des patients qui ont contracté le virus à La Réunion. En conséquence, les autorités ont identifié près de 100 cas contact. Ce sont autant de personnes qui doivent être placées en quarantaine pendant deux semaines. Cela signifie qu’à moins d’une semaine de la rentrée scolaire, la preuve de la circulation du coronavirus à La Réunion est définitivement établie.

Les conditions de la crise

Cette situation n’est pas étonnante, car la stratégie des autorités françaises à La Réunion a été unique dans notre région : ne pas empêcher le coronavirus d’entrer. Pendant que nos voisins fermaient leurs aéroports en limitant le trafic aux vols de rapatriement, les autorités attendaient le retour de vacances de Réunionnais en France en affirmant que la question n’était pas de savoir si le coronavirus allait toucher La Réunion mais quand. Depuis le 11 mars, c’est le cas mais les portes de La Réunion sont restées grande ouvertes jusqu’à ce que la crise sanitaire en France débouche sur l’état d’urgence sanitaire, le confinement et les restrictions des déplacements, mesures appliquées à La Réunion.

Cela s’est traduit par une limitation du trafic à 3 vols par semaine en provenance de la France, avec un plafonnement du nombre de passagers qui devaient justifier d’une raison impérieuse pour venir dans notre pays. A leur arrivée, ils étaient placés deux semaines sous surveillance dans un lieu de quarantaine dédié, avec interdiction de se mêler à la population. Ceci avait permis de casser toute chaîne de contamination qu’un cas importé aurait pu créer à La Réunion.

La fin de l’état d’urgence a signifié la fin de la quarantaine qui ne se faisait même plus obligatoirement dans un lieu dédié, et l’objectif de reprise normale du trafic aérien en pleine période de pic de fréquentation lié aux vacances scolaires ont radicalement changé la donne. Il suffit en effet d’un test négatif daté de quelques jours pour embarquer à La Réunion, et d’une attestation sur l’honneur signée par le passager affirmant qu’il n’a pas de symptômes du coronavirus. Durant cette dernière période, la principale mesure a été l’obligation du port du masque dans les lieux fermés.
Conséquence de cet appel d’air : le nombre de nouveaux cas est reparti à la hausse.

Pourquoi partir en vacances en France ?

La Réunion présente donc un profil atypique dans notre région. Alors que le pic est passé à Madagascar et qu’au rythme actuel des guérisons, la menace du coronavirus s’éloigne à condition de rester vigilant, c’est une première vague qui se profile à La Réunion à quelques jours de la rentrée scolaire.

En effet, la part des cas autochtones dans les nouveaux patients augmente. La découverte d’un premier foyer de coronavirus avec au moins 9 personnes contaminées lors d’un repas de famille est donc la conséquence logique d’une stratégie qui n’a pas eu pour but d’empêcher la COVID-19 d’entrer à La Réunion.
Comme en mars dernier, c’est de nouveau la crainte du retour de vacances de Réunionnais qui sont partis en France qui domine. Mais la menace est beaucoup plus grande qu’en mars. Car au bout de plusieurs mois, la situation en France est bien plus grave. Tous les jours, des centaines de nouveaux cas sont recensés, alors que les « clusters » se sont multipliés depuis le déconfinement. Le risque que les avions transportent des personnes contaminées est donc plus important, d’autant plus que le test obligatoire avant l’embarquement est une protection relativement fragile. C’est ce que prouvent les patients détectés une semaine après leur arrivée dans notre île, alors qu’ils ne l’ont pas été par le test en France.

Mise à part Mayotte elle aussi sous administration française, La Réunion risque bien d’être le pays de notre région où le coronavirus connaît les conditions les plus favorables à une implantation durable, à moins de changer de stratégie pour ne pas anéantir tous les efforts faits par les Réunionnais pour limiter l’extension de la COVID-19 dans leur pays.

M.M.