Santé

Coronavirus : le Mistral pour évacuer les Français bloqués en Afrique ou pour aider La Réunion et Mayotte ?

Faillite d’un système

Manuel Marchal / 28 mars 2020

Lors de son intervention à Mulhouse, le président de la République a annoncé que le porte-hélicoptère Mistral sera déployé dans le Sud de l’océan Indien pour apporter un appui à la lutte contre le coronavirus à La Réunion et à Mayotte. Mais selon un communiqué conjoint de l’ARS de Mayotte et du préfet de Mayotte, le Mistral ne transporte pas d’équipe médicale ou de matériel mais a pour vocation d’évacuer des Français bloqués dans des pays étrangers pour eux à cause de la fermeture des liaisons aériennes. Cette nouvelle a suscité un si profond malaise qu’un nouveau communiqué conjoint des autorités françaises de Mayotte a été publié, expurgé du paragraphe sur le Mistral.

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A gauche, le premier communiqué relayé par « Collectif Infos Coronavirus Réunion », à droite, la nouvelle version du communiqué.

L’annonce de l’envoi du porte-hélicoptère Mistral dans le Sud de l’océan Indien avait étonné. En effet, dans son discours prononcé devant l’hôpital de campagne de Mulhouse, Emmanuel Macron avait indiqué que ce navire disposant d’un hôpital militaire devait venir en aide à Mayotte et à La Réunion pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Certains avaient donc placé de grands espoirs dans la venue de ce bateau. Pour eux, c’était la preuve que « la Métropole » (NDLR – la France) ne larguait pas ses deux départements dits « d’outre-mer ». En effet, la capacité sanitaire de ce bateau équivaut à un hôpital pour une ville de 30.000 habitants, ce qui est toujours mieux que rien.

Pourtant, une première question se posait : où allait être ancré le Mistral, à Mayotte ou à La Réunion ? Les autorités françaises ne sont pas sans ignorer que plus de 2000 kilomètres de mer séparent notre île de l’archipel des Comores. Personne ne peut donc croire sincèrement que ce bateau ira d’abord dans une île puis dans l’autre, car l’épidémie en est au même stade dans ces deux territoires. Comme un bateau de la marine ne peut pas être coupé en deux afin d’utiliser une moitié à Mayotte et l’autre moitié à La Réunion, le mystère restait entier.

Une réponse a été apportée hier par un communiqué conjoint de la préfecture de Mayotte et de l’ARS de Mayotte. Relayé par le groupe Facebook « Collectif Infos Coronavirus Réunion », ce communiqué consacre un paragraphe à l’arrivée du Mistral :

« Suite à l’annonce d’Emmanuel Macron, le Mistral, porte-hélicoptère de l’armée française, devrait arriver début avril à La Réunion et venir en soutien dans la zone océan Indien. Ce navire n’a pas vocation à disposer d’équipes médicales ou de matériel à bord. Mobile dans la zone, il va surtout permettre d’acheminer du matériel médical et de rapatrier les Français isolés à l’étranger ».

Ceci montrerait donc clairement que l’objectif de la France dans cette affaire n’est pas d’aider les Réunionnais ou Mayotte, mais des Français bloqués dans des pays de notre région en raison des restrictions aux liaisons aériennes. Voilà de quoi interpeller, car comment un État dit démocratique peut justifier une telle discrimination entre ses citoyens qui ont pourtant la même nationalité sur le papier ? La vie d’un Français expatrié en Afrique ou à Madagascar vaut-elle plus que celle d’un Réunionnais ou d’un Mahorais ?

Ce communiqué a provoqué un tel malaise qu’une nouvelle version a été publiée sur le site de la préfecture de Mayotte, expurgé du paragraphe concernant le Mistral. Gageons que les autorités françaises apporteront les précisions nécessaires à la population dont elles ont la responsabilité d’assurer la sécurité sanitaire.

M.M.