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Comment expliquer l’absence de mesures de freinage alors que le nombre de nouveaux cas n’a jamais été aussi élevé
17 janvier 2022, par

La croissance exponentielle des nouvelles contaminations a lieu dans un cadre fixé par les autorités sanitaires. Vendredi, l’État a décidé de ne pas changer le cadre pour freiner la circulation d’un virus plus contagieux. Cette stratégie ne peut s’expliquer que par un pari : atteindre l’immunité collective en s’appuyant sur la circulation de la souche la moins létale de la COVID-19 découverte jusqu’à présent. En Afrique, continent où moins de 10 % de la population a été vaccinée, la vague Omicron a été la plus importante en nombre de cas, la plus courte et la moins meurtrière.
Le 14 janvier, le préfet de La Réunion a fait part de la stratégie de l’État vis-à-vis de l’évolution de l’épidémie de coronavirus. La situation sanitaire est qualifiée d’alarmante depuis plusieurs semaines par les autorités sanitaires. Jamais La Réunion n’a compté un aussi grand nombre de nouveaux cas, plusieurs milliers par jour, alors que plus de la majorité de la population est considérée comme vaccinée. Avant la prise de parole du représentant de l’État, les spéculations étaient lancées : confinement, abaissement de l’heure du couvre-feu, confinement le week-end… ?
Résultat des courses : aucune mesure supplémentaire.
Ceci faisait écho à l’évolution de la stratégie de l’État illustrée par exemple par le nouveau protocole d’accueil des jeunes enfants dans les crèches : un simple test pour être admis à nouveau en cas de cas contact, et quarantaine pouvant être réduite à 5 jours en cas d’infection au coronavirus pour un enfant ou une personne vaccinée.
L’état sanitaire actuel de La Réunion découle des mesures qui ont été prises par les autorités sanitaires. C’est dans ce cadre que plusieurs milliers de nouvelles contaminations par jour ont été annoncées par les mêmes autorités sanitaires, et c’est ce cadre que l’État a décidé de ne pas changer, manifestement en toute connaissance de cause. Il fait le choix de laisser circuler le virus. Puisque la sortie de crise ne pourra venir que de l’immunité collective de la population face aux variants de la COVID-19, les autorités choisissent donc d’atteindre cette immunité collective par la contamination de la population par un variant de la COVID-19, le variant Omicron.
Pour que cette stratégie ne soit pas responsable de nombreux décès, cela suppose que le variant Omicron remplace tous les autres et ne soit pas plus virulent que la grippe saisonnière. Et quand l’État décide de ne pas contrer la circulation d’un variant plus contagieux, il s’appuie sur le résultat d’études et d’observations.
Tout d’abord sur l’impact d’Omicron auprès d’une population ayant un mode de vie, une moyenne d’âge et un taux de vaccination comparable, plusieurs études convergent pour affirmer qu’Omicron entraîne beaucoup moins de formes graves de coronavirus, et que les vaccins sont moins efficaces contre ce variant que contre le Delta qui prédominait auparavant. Par exemple, en Californie, sur 53.000 personnes infectées, 7 en réanimation et 1 décès.
Ensuite, sur l’impact d’Omicron en Afrique, continent où est apparu le variant et où les taux de vaccination sont les plus faibles au monde :
Sur 55 pays du continent regroupant 1,3 milliard d’habitants, « au 13 décembre, seuls 20 pays africains avaient vacciné au moins 10 % de leur population », rappelle l’OMS-Afrique.
En Afrique du Sud, premier pays touché par Omicron, le pic a été de 9 % des lits de réanimation occupés par des patients COVID. En Afrique australe, le nombre de nouveaux cas a commencé à diminuer depuis deux semaines. L’OMS-Afrique note qu’« après une hausse de six semaines en Afrique, la quatrième vague de la pandémie de COVID-19 alimentée principalement par le variant Omicron atteint un plateau, ce qui en fait l’augmentation la plus brève jusqu’à présent sur le continent ». La plus brève, mais aussi la plus importante en nombre de cas, et aussi la moins meurtrière. L’OMS a annoncé officiellement le résultat de cette étude le 13 janvier, la veille de l’intervention du représentant de l’État à La Réunion.
L’Afrique montre qu’en deux semaines, Omicron est devenu le seul variant présent. L’Afrique montre aussi qu’au bout de 6 semaines de croissance, l’épidémie atteint son plateau. Sa décrue se fera dans un environnement débarrassé de tous les variants précédents Omicron, responsables de plus de 5 millions de morts dans le monde.
A Paris, les autorités sanitaires connaissent ces études et savent aussi qu’Omicron est plus contagieux que les autres variants de la COVID-19, ce qui nécessite des mesures supplémentaires pour freiner sa circulation. Ne pas prendre de mesures supplémentaires de restriction, c’est donc laisser circuler le virus en se basant sur le fait que cette souche provoque beaucoup moins de cas graves.
Cette stratégie part aussi d’un autre fait : la guérison après avoir été contaminé par une souche du coronavirus apporte une meilleure immunité que n’importe quel vaccin.
Manifestement, c’est le pari d’atteindre l’immunité collective en s’appuyant sur la circulation de la souche la moins létale de la COVID-19 découverte jusqu’à présent.
S’il s’avère que les variants suivants Omicron ne soient pas plus virulents, alors la COVID-19 deviendra une infection respiratoire ayant un taux de mortalité comparable à la grippe et ne nécessitant pas d’autre mesure particulière que la vaccination volontaire des personnes à risque.
Ainsi, c’est la nature et non pas le capitalisme qui permettra de sortir de la crise sanitaire.
M.M.
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