Santé

Coronavirus : « Origines de la pandémie : pourquoi faut-il s’abstenir d’accabler la Chine ? »

Trois études scientifiques dans des pays occidentaux interrogent sur la véritable origine du COVID-19

Témoignages.re / 19 avril 2020

Un article paru sur le blog « Hémisphère gauche » rend compte du résultat de plusieurs études scientifiques réalisées en Occident, et qui remettent en cause la thèse selon laquelle le virus COVID-19 serait originaire de Chine. En effet, la souche présente à Wuhan n’est pas la souche la plus ancienne, et n’est pas non plus la même que celle qui a touché l’Europe et les Etats-Unis. Par ailleurs, si la thèse d’un accident de laboratoire ayant entraîné une fuite du virus est mise en avant, il s’avère qu’un incident très grave a touché un laboratoire de recherche sur les virus de l’armée américaine. Cette installation militaire a été mise quasiment à l’arrêt en août dernier en raison d’une faille de sécurité majeure avant de reprendre ses travaux voici peu de temps. Voici des extraits de cet article, avec des inter-titres de Témoignages.

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Le consensus voulait que la pandémie de Covid-19 ait commencé en Chine, sur le marché d’une grande mégalopole industrielle nommée Wuhan. Jusqu’à ce que trois études scientifiques remettent en cause cette hypothèse.

Au fur et à mesure que les tests se généralisent à travers le monde, de plus en plus de données sont disponibles pour les analyses dites “phylogénétiques”, qui permettent de reconstruire l’évolution temporelle de Covid-19 au sein des populations humaines en analysant les mutations qui apparaissent progressivement dans son génome. Il s’agit en quelque sorte de reconstruire l’arbre généalogique du virus a posteriori, en partant du principe que chaque nouvelle mutation constitue une nouvelle « branche » bien identifiable.
Or ces nouvelles analyses suggèrent que le scénario n’est probablement pas aussi simple qu’il n’y parut au premier abord, et qu’il est prématuré de faire porter le fardeau moral de l’épidémie sur les épaules de la Chine. (…)
Si le consensus s’est maintenu pendant presque trois mois, il est à présent battu en brèche par plusieurs études phylogénétiques qui suggèrent que la souche virale qui s’est répandue à Wuhan n’est pas la source originelle du virus, ou bien qu’elle ne représente qu’une source possible parmi d’autres.

Aucun contact avec le marché de Wuhan pour la plus ancienne branche du virus

La première étude jetant un doute sur l’origine de la pandémie provient d’un rapport publié par le “Bulletin de l’Organisation Mondiale de la Santé” dès le 24 février par des chercheurs d’IBM, aux États-Unis. Il alerte sur l’existence de trois branches, dont la plus ancienne regroupe un ensemble de patients :
● qui n’ont eu aucun contact avec le marché de Wuhan.
● qui voyagent beaucoup
● qui sont de nationalités diverses
● qui ont été infectés par un variant se répandant plus lentement que les autres
Le 5 mars, une autre étude sino-américaine publiée sur Medrxiv parvient à une conclusion similaire. Dans celle-ci, trois souches sont identifiées et — à nouveau — la souche la plus proche de BatCov-RatG13 n’est pas la souche retrouvée à Wuhan, mais une souche initialement détectée au Japon, aux USA, en Australie et dans d’autres provinces chinoises loin de Wuhan.

Souches de virus différente de Wuhan en Europe et aux États-Unis

Le 8 avril dernier, enfin, des chercheurs anglais et allemands ont publié l’analyse phylogénétique de 160 génomes du virus dans la revue américaine PNAS. Collectés un peu partout sur la planète, ces génomes sont fortement similaires entre eux, mais il existe tout de même des variations permettant de distinguer trois souches principales, A, B et C.
Puisque la vaste majorité des cas initialement recensés à Wuhan appartient au groupe B, les variants du groupe B devraient donc être les plus proches de la souche BatCov-RatG13 (si la première contagion homme-animal a vraiment eu lieu dans cette ville). Or, ce n’est pas le cas. En réalité, les variants les plus proches du virus de chauve-souris sont ceux du groupe A recensés dans le sud de la Chine (près de Hong-Kong), au Japon ainsi qu’aux États-Unis. Le groupe C enfin est celui qui a frappé le plus durement l’Europe, et il semble n’avoir émergé que dans un troisième temps, suite à une mutation survenue au sein du groupe B. (…)
Interrogé par la chaîne de télévision chinoise CGTN, Peter Forster de l’Université de Cambridge et premier auteur de l’étude est formel : malgré les apparences, il est trop tôt pour dire que la pandémie est née à Wuhan en Chine. (…) Or, si Wuhan n’est pas le foyer initial, où faut-il désormais chercher le patient zéro ? (…)

Accident l’année dernière dans un laboratoire de virus l’armée US

Bien que l’hypothèse reste improbable, il n’est donc pas exclu que Covid-19 soit sorti d’un laboratoire de recherche, suite à une erreur humaine ou à un dysfonctionnement matériel. Et si tel était le cas, le patient zéro pourrait aussi bien être chinois que français ou américain.
A cet égard, c’est évidemment l’institut de virologie de Wuhan — récemment équipé d’un laboratoire P4 grâce au soutien de la France — qui a été l’objet des premiers soupçons. Persévérant dans sa stratégie de stigmatisation de la Chine, Trump vient même de suggérer dans une conférence de presse que son administration explorait actuellement cette piste dont les conspirationnistes sont particulièrement friands.
Cependant, au vu des évènements récents, l’ambassadeur de Chine en France n’a pas forcément tort, n’en déplaise à ses détracteurs : ce serait plutôt du côté des États-Unis qu’il conviendrait de se tourner si l’on considère l’hypothèse d’une sortie de laboratoire. En effet, au mois d’août 2019, une faille de sécurité majeure a conduit à la brusque fermeture de nombreuses activités sensibles à Fort Detrick, haut lieu des recherches de l’armée américaine en matière de biodéfense. Le processus de stérilisation des déchets produits par ce centre de recherche travaillant sur les virus les plus dangereux au monde aurait en effet dysfonctionné à la suite d’une inondation datant de 2018, ce qui implique qu’une fuite de virus ait pu se produire. Signe de la gravité de l’évènement, la reprise partielle n’a eu lieu que le 7 décembre 2019, juste avant le début de la pandémie. Et le centre n’est redevenu pleinement fonctionnel que ce mois-ci. En d’autres termes, la labellisation P4 n’est pas synonyme d’infaillibilité, et le dernier exemple en date nous vient des États-Unis.

Voir en ligne : http://hemisphere-gauche.blogs.libe...