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Santé publique : le retard sur Madagascar en termes de lutte contre le COVID-19 risque encore de se creuser
18 juin 2020, par

En 2018, les Réunionnais ont acheté à la France pour 221 millions d’euros de médicaments. A Madagascar, la crise du coronavirus va permettre la création d’une industrie pharmaceutique malgache. Les Malgaches ne seront plus de simples fournisseurs de matières premières de médicaments fabriqués en Europe ou en Asie, que les Malgaches devront ensuite importer à prix d’or. Ils seront producteurs des médicaments qu’ils consomment. La biodiversité à La Réunion est riche de principes actifs dans les plantes médicinales. Elle peut servir de base à une industrie pharmaceutique réunionnaise, à condition que la volonté politique soit de développer La Réunion en créant des emplois durables répondant aux besoins de la population.
A La Réunion, la préoccupation d’acteurs économiques et de dirigeants politiques est de remettre en place au plus vite le système qui est en place dans notre île. Ces personnes défendent donc le maintien de La Réunion dans un régime néo-colonial, qui ne permet pas aux Réunionnais de produire ce qu’ils consomment. Ce système organise la dépendance de La Réunion aux importations venant notamment de France.
Il est un domaine où ces importations sont importantes, c’est celui des médicaments. En 2018, La Réunion a acheté pour 221 millions d’euros de médicaments à la France. Ces produits arrivaient en seconde position dans les importations venues de France, juste derrière les voitures (249 millions d’euros).
Or, La Réunion dispose sur son territoire de richesses considérables, ce sont ses plantes médicinales. Sur ce point, Madagascar montre la voie, ce qui permet de se rendre compte du retard pris par l’économie réunionnaise dans ce domaine.
En effet, après l’arrivée du coronavirus dans la Grande île, le gouvernement malgache a soutenu la recherche d’un remède à partir des moyens disponibles à Madagascar, c’est-à-dire les plantes médicinales. Cette recherche s’est accompagnée d’une interdiction d’exporter ces végétaux. Cela signifie que si des plantes médicinales endémiques à Madagascar sont utilisées dans le remède, alors le seul moyen de bénéficier de leurs principes actifs est de se procurer un remède fabriqué à Madagascar. C’est une rupture avec une logique héritée de l’époque coloniale. Car désormais, les Malgaches ne seront plus de simples fournisseurs de matières premières de médicaments fabriqués en Europe ou en Asie, que les Malgaches devront ensuite importer à prix d’or.
Le remède en question est le Covid-Organics (CVO). Il est actuellement disponible sous forme de boisson, ou tisane à préparer. C’est un des piliers de la réponse de Madagascar au coronavirus. Son efficacité est reconnue par des guérisons à Madagascar et au Tchad. L’utilisation de ce remède explique notamment pourquoi le nombre de guérisons est plus important que celui des nouveaux cas dans la Grande île.
Une recherche est en cours pour produire un médicament sous forme injectable. Des essais cliniques soutenus par l’Organisation mondiale de la Santé doivent permettre à ce médicament d’être candidat au Solidarity Trial, concours international de recherche d’un vaccin contre le COVID-19.
Dimanche dernier lors d’une interview à la télévision, le président de Madagascar a fait une nouvelle annonce au sujet du CVO : « Une nouvelle présentation du tambavy CVO sera fabriquée par une usine pharmaceutique dénommée « Pharmalagasy ». Cette nouvelle usine sera bâtie ce mois ou le mois prochain », affirme le Chef de l’Etat.
« Cent tonnes de matériels et d’équipements, destinées à la construction de la nouvelle usine, seront acheminées dans le pays par un avion-cargo spécial. Actuellement, le Covid-Organics est déjà disponible en tisane ou tambavy. Une autre version appelée l’Artesunate injectable, est également en cours d’essai clinique. La forme gélules sera ainsi la nouvelle présentation pour ce remède. », explique Madagascar Tribune.
A moins de 1000 kilomètres de La Réunion, un pays construit une industrie pharmaceutique pour produire lui-même les médicaments dont il a besoin à partir des richesses de sa biodiversité. A La Réunion, un remède comme le CVO est considéré comme un poison par l’Agence nationale de sécurité du médicament, la même agence qui a laissé le Mediator empoisonner parfois mortellement des patients. Bien que notre île dispose elle aussi d’une biodiversité comparable à celle de Madagascar, il n’est pas question de construire une industrie pharmaceutique. Cela signifie que le principe reste le suivant : importer de France des médicaments qui peuvent comporter des substances actives issues de la pharmacopée naturelle de La Réunion. Ce système ne profite qu’à un seul gagnant : l’industrie pharmaceutique française qui a l’assurance d’un débouché garanti à La Réunion.
Gageons que dans l’attente de l’émergence d’une industrie pharmaceutique réunionnaise, les Réunionnais puissent avoir la possibilité d’importer les médicaments produits par Pharmalagasy. Car plutôt que de continuer à enrichir l’industrie pharmaceutique française, la partie de l’argent de la Sécurité sociale qui y est consacré pourrait être employé à acheter des médicaments à Madagascar. Cela sera sans doute moins cher, et au moins aussi efficace.
M.M.
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Messages
21 juin 2020, 11:07, par Nicolas
Il suffit de faire pousser ses plantes médicinales dans son jardin