Santé

Coronavirus : rompre la ligne aérienne avec la France ou accepter l’arrivée de nombreux cas à La Réunion ?

Faute de transfert systématique dans un lieu de quarantaine de tout nouvel entrant, les contrôles ne régleront rien

Manuel Marchal / 23 mars 2020

Dans quelles conditions s’effectue le contrôle des passagers qui débarquent à La Réunion en venant de l’épicentre d’une pandémie mondiale qui a déjà fait près de 12000 morts ? Trois vols venant d’Orly et de Roissy se sont posés ce matin à l’aéroport Roland-Garros. A La Réunion, l’aéroport est LA ligne de front, c’est en effet la seule porte d’entrée du virus. Les nouveaux contrôles annoncés hier par l’État vont-ils faire diminuer drastiquement le nombre de cas importés ?

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Depuis ce matin, de nouvelles restrictions aux voyages aériens s’appliquent sur la ligne maintenue ouverte par le gouvernement français entre La Réunion et les aéroports de Roissy et d’Orly en France. A la différence d’autres destinations temporairement fermées qui, à l’exception de la Chine, sont encore des pays très peu touchés par le coronavirus, la France se situe dans l’épicentre de l’épidémie, l’Europe. A ce jour, c’est en effet en Europe que le nombre de morts du coronavirus est le plus important.
Depuis quelques jours, des voix toujours plus nombreuses se font entendre pour la fermeture de l’aéroport Roland-Garros de Gillot. C’est en effet la porte d’entrée du coronavirus. Jusqu’à hier, les cas importés représentaient en effet plus de 90 % des personnes touchées par le coronavirus à La Réunion. Et si le coronavirus est arrivé à La Réunion, c’est par voie aérienne.

Nouvelles mesures

Dans une allocution hier, le préfet a justifié la décision de la France de maintenir ouvert l’aéroport Roland-Garros. Cette ouverture s’accompagne de mesures nouvelles pour empêcher des personnes contaminées en France de venir répandre la maladie à La Réunion. Voici ce que dit la préfecture à ce sujet :
« La quatorzaine stricte est obligatoire : elle ne permet pas de travailler. (…) A l’arrivée, chaque passager fera l’objet d’un entretien individuel avec un infirmier. En cas de symptôme, un dépistage sera réalisé à l’aéroport afin de détecter sans délai les personnes malades et les prendre en charge. Des solutions d’hébergements pourront être proposés aux Réunionnais de retour de métropole afin qu’elles se confinent lorsque cela ne serait pas possible au sein de leur foyer. Pour les Réunionnais qui sont déjà rentrés de métropole, mise en place d’un suivi par l’État pour assurer le respect strict du confinement et un accompagnement sanitaire. »

Contrôles : avec les moyens du bord ?

« Témoignages » est allé ce matin voir comment ces nouvelles mesures sont appliquées. Le vol d’Air France venait d’arriver et deux autres gros porteurs venus d’un aéroport de Paris se sont posés à quelques minutes d’intervalle : Air Austral et French Bee.

Première surprise : les passagers portant un masque à la sortie de l’avion ne sont pas majoritaires. Ils viennent pourtant d’un pays où plusieurs centaines de morts sont à déplorer à cause d’un ennemi invisible qu’ils portent peut-être en eux.

Deuxième surprise : l’entretien individuel avec un infirmier était très bref. Les sapeurs pompiers mobilisés ne sont pas assez nombreux pour faire passer un entretien scrupuleux aux centaines de passagers qui sortent de l’avion en même temps. Un passage a avoué qu’on lui a juste demandé d’où il venait. Et comme les autorités l’ont annoncé, aucun test systématique n’est pratiqué pour savoir d’emblée si une ou plusieurs personnes positives au coronavirus se trouvaient dans l’avion. La présence de personnes de la Croix-Rouge à la sortie du hall arrivée interroge, car leur travail est de remettre des documents aux voyageurs qui en seraient démunis. C’est à se demander si la configuration des lieux et le manque de personnel permettent un véritable entretien systématique de tout arrivant ?

Troisième surprise : des bus n’étaient pas positionnés devant la sortie de l’aérogare pour amener les passagers dans un lieu de quarantaine. En effet, la seule contrainte est de s’engager à suivre une quarantaine à domicile. Mais nombreux sont les Réunionnais qui vivent dans des logements exigus. Comment dans ces conditions accueillir en toute sécurité un membre de sa famille qui revient de France ?

La quarantaine était systématique à La Réunion

Voilà dans quelles conditions s’effectue le contrôle des passagers qui débarquent à La Réunion en venant de l’épicentre d’une pandémie mondiale qui a déjà fait près de 12000 morts.
Il est bien difficile pour les autorités de fermer l’aéroport. En effet, le symbole est fort, car la fermeture de l’aéroport voudrait dire que La Réunion ne serait plus reliée à la France quotidiennement en 11 heures de voyage. Néanmoins, une telle décision rappellerait la réalité : La Réunion est une île, et l’arrivée d’une épidémie peut faire bien plus de dégâts qu’en France en raison de la densité de population, et de l’impossibilité d’évacuer des malades dans un département voisin si le service de santé était débordé. C’est pour cette raison qu’à l’époque des voyages en bateau, une quarantaine était imposée à tout arrivant, y compris aux Réunionnais qui revenaient d’un voyage. Cette quarantaine se passait aux Lazarets de la Grande Chaloupe, et la plupart des Réunionnais ont au moins un ancêtre qui a connu la quarantaine aux Lazarets de la Grande Chaloupe.

M.M.