Santé

Face aux ravages de l’alcool à La Réunion, quelle volonté politique ?

Taux de mortalité deux fois plus important qu’en France

Témoignages.re / 9 novembre 2018

Une étude de l’Agence régionale de Santé confirme les ravages de l’alcool dans toute la société. A quand une prise en compte de cette réalité dans une île qui a le sinistre privilège d’avoir le prix de l’alcool pur moins cher qu’en France en raison d’une fiscalité complaisante pour les producteurs de rhum ?

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Photo Phovoir

A l’occasion de la première journée sans alcool organisée le 6 octobre dernier, la Fédération régionale d’addictologie de La Réunion rappelait quelques données :

« Plus de 80 % des actes de violence surviennent sur fond d’alcoolisation. 30 à 50 % des accidents mortels sont liés à l’alcool.
Localement une fiscalité spécifique exonère en grand partie de taxes les spiritueux et leurs dérivés issus de la production de cannes à sucre vendus sur place. Ce qui permet à La Réunion, d’observer le prix de l’alcool pur le moins cher de France alors que les produits alimentaires coûtent en moyenne 20-30 % plus chers que dans l’Hexagone. Il s’agit d’une inégalité majeure de santé et d’un scandale de santé publique. Les spiritueux occupent une place très importante dans la consommation locale avec des conséquences aggravées et plus rapides.
La publicité sous de multiples supports, aux bords de nos routes et ailleurs, est massive. Elle donne une image normalisée de la consommation d’alcool, favorise le démarrage précoce des consommations chez les jeunes, les ivresses répétées et massives.
Le coût social de l’alcool (mortalité, maladies, incarcérations, ..) est considérable dans notre région, très largement supérieur à ses bénéfices (taxes, emploi, etc) : environ 10 fois supérieur. Nous sommes confrontés à un problème majeur de santé publique. »

Toute la société concernée

Une étude publiée hier par l’Agence régionale de Santé vient confirmer les ravages de l’alcool à La Réunion. Sur la base de données datant de 2014, cette étude s’attache également à intégrer la dimension sociale. Il s’avère que toutes les couches de la population sont concernées, contrairement à des clichés qui stigmatisent les plus pauvres dans ce domaine. Il est en effet notable que chez les hommes, les plus sujets à la consommation régulière vivent seuls et ont un revenu mensuel supérieur à 2000 euros. Et chez les femmes, « le fait d’être âgée entre 19 et 29 ans, de gagner plus de 2 010 euros par mois par unité de consommation et d’avoir un diplôme supérieur à un bac+2 augmentent l’exposition à des états d’ivresse répétés dans l’année ».

Les dégâts sont considérables, avec un taux de mortalité deux fois plus fort qu’en France, sans omettre les nombreux actes de violence causés par l’alcool.

La Région peut agir

A La Réunion, la Région Réunion dispose d’un levier fiscal pour rendre l’alcool moins accessible, c’est l’octroi de mer. La lutte contre l’alcoolisme passe par une volonté politique. C’est la question de l’intérêt général de la population face à l’intérêt particulier des vendeurs de boissons alcoolisées qui tuent. D’ailleurs, la canne à sucre est une culture porteuse de tellement de richesse que d’autres valorisations que le rhum peuvent être industrialisées à partir de la mélasse. La preuve par la centrale d’Albioma qui sera alimentée par l’éthanol d’une distillerie qui tire sa matière première de la canne à sucre produite par les planteurs.

M.M.