Réforme de l’assurance maladie

Faîtes vos jeux, c’est le patient qui paye !

4 février 2005

Notre système de santé n’échappe pas à la logique commerciale et à la politique inégalitaire du gouvernement. Se calquant sur le modèle étatsunien, il est voué à une organisation strictement managée où malades et personnels de santé doivent se plier à des prérogatives de rentabilité.

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Patronat, syndicats, professionnels de santé, représentants des différents régimes d’assurance maladie, et des complémentaires, État, personnalités qualifiées, consultants, sociologues : le Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie a rassemblé "un panel bien représentatif du système de santé au sens large", se satisfait André Renaudin*, qui parle de 53 membres réunis.
Bien que le gouvernement ait souhaité jouer la carte de la concertation, pour éviter une confrontation attendue, les septiques pour ne pas dire les opposants à cette réforme sont encore nombreux.

Un jeu à trois

Face aux nombreuses composantes qui constituent notre système de santé, André Renaudin se dit conscient de la complexité de la réforme de l’Assurance maladie comme de sa nécessité. Le système de santé paritaire français qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, a souhaité une prise en charge générale, est aujourd’hui "tombé en faillite de façon large".
D’abord une faillite financière avec des dépenses de santé supérieures aux recettes engendrant des déficits colossaux, en milliards d’euros. Puis une faillite institutionnelle, avec le départ du MEDEF d’un système organisé pour la gouvernance paritaire. Fallait-il alors étatiser la sécurité sociale ? Jamais ! Le gouvernement a préféré œuvrer pour le retour du MEDEF, en contrepartie de certains consentements.
Et enfin, une “faillite” des complémentaires (toutes proportions gardées) qui, suite à la hausse des déremboursements de la sécurité sociale, ont souhaité avoir un meilleur contrôle sur les remboursements. Désormais, l’Union des assurances complémentaires veille aux gains, ou du moins à limiter leurs pertes et s’accompagne de plus en plus de professionnels de santé affiliés. Sécurité sociale, Union des assurances complémentaires, professionnels de santé : "maintenant c’est un jeu à trois", confirme André Renaudin, avec le patient comme pion pourrait-on rajouter.

À la mode nord-américaine

Manque de coordination entre la médecine hospitalière et la médecine ambulatoire, entre le système de soin et l’Assurance maladie. "Comment articuler les deux ?", s’est alors interrogé le Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie. S’inspirant sans détour du système de santé nord-américain, la France, en imposant un médecin traitant et un parcours de santé à chaque citoyen, souhaiterait que dans l’idéal ce soit l’assurance qui guide le patient dans son cursus médical. Société de gain et de productivité, les États-unis ont instauré un système de santé très bien managé.
Des accords entre médecins, spécialistes, laboratoires, assureurs privent littéralement le citoyen de liberté de choix, et engendrent un système de santé à deux vitesses, avec exclusion radicale des plus démunis. L’objectif annoncé : contrôler les dépenses de soins, comme le revendique à son tour la France.
Avec sa réforme “Hôpital 2007”, elle amorce l’installation de pôles de soins qui pénalisent l’hôpital public à qui sont laissés les soins les moins rentables, et donc les plus petites enveloppes pour gérer activités et personnels, et ce, au profit de l’hôpital privé. Avec l’obligation d’un médecin traitant pour chaque patient, ce sont les réseaux de soins qui se profilent et qui ont pour objectif dissimulé de faire travailler en priorité les professionnels de santé qui se soumettront à certaines conditions.

Citoyen responsable donc payeur

En parallèle et pour s’attaquer à tous les fronts en même temps, la France réforme les retraites et l’Assurance maladie. Elle entre dans l’ère de l’américanisation de la santé qui pourtant nous montre chaque jour ses lacunes, ses limites et ses profondes inégalités sociales.
À cela s’ajoute une extinction de la médecine de proximité qui ne favorise pas la diminution des dépenses de la sécurité sociale qui investit énormément dans les transports de malades, une pénurie de généralistes qui voit l’arrivée massive de médecins des pays de l’Est en France, et enfin, un abandon des professionnels indépendants qui ferment tour à tour leurs cabinets pour devenir des salariés.
Au milieu de tout ce chamboulement, l’on demande au citoyen, qui voit ses acquis sociaux balayés un à un, de réagir de façon responsable. On le culpabilise ouvertement pour le pousser à mettre plus facilement la main à la poche (1 euro chez le généraliste, augmentation du forfait hospitalier, déremboursement des médicaments...). Figurer sur des listes d’attente pour accéder aux généralistes (qui s’opposent fermement à ces nouvelles mesures) comme aux spécialistes, n’améliorera guère la qualité de nos soins qui ne semble plus si prioritaire. Pour accéder à des soins rapides, il faudra payer de sa poche. La santé a désormais un prix.

Estéfany

* André Renaudin, qui succédera à la direction générale du groupe La Mondiale d’ici la fin de l’année, est membre du Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie. Il a participé à la “concertation” qui a donné lieu en 2003 au premier rapport transmis au gouvernement, servant de base à la réforme de l’Assurance maladie. Pendant 8 ans, il a été membre de la Fédération française des sociétés d’assurance, puis délégué général des Groupements de personnes et enfin, délégué général des Assurances à l’époque de Martine Aubry et de la mise en place de la Couverture maladie universelle (CMU).


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