Santé

Fruits et légumes tous les jours : un luxe pour la majorité des Réunionnais

Les Réunionnais loin de consommer 5 fruits et légumes par jour

Manuel Marchal / 29 avril 2021

L’étude de l’INSEE sur les habitudes alimentaires des Réunionnais montre que la consommation de fruits et légumes est fonction de la classe sociale : les riches en mangent deux fois plus que les pauvres. Or, un régime alimentaire à base de produits frais renforce le système immunitaire, première ligne de défense en cas d’importation d’une épidémie comme celle de coronavirus aujourd’hui. Les inégalités de revenus ont donc de graves conséquences sur la santé publique.

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Voici quelques extraits d’une étude de l’INSEE publiée le 27 avril dernier. Elle s’intitule « Habitudes alimentaires des Réunionnais en 2017 », c’est-à-dire avant le mouvement des gilets jaunes et avant l’importation de l’épidémie de coronavirus à La Réunion :

« Les ménages réunionnais dépensent en moyenne 330 euros par mois pour leurs courses alimentaires en 2017. Ces achats s’échelonnent de 240 euros par mois en moyenne pour les ménages les plus modestes ou aux revenus intermédiaires, à 450 euros par mois pour les ménages plus aisés. Avec l’élévation du niveau de vie de ces dernières années, les Réunionnais prennent davantage leurs repas hors du domicile. Ils dépensent en moyenne 70 euros par mois et par ménage pour la restauration hors domicile, soit 30 % de plus qu’en 2011. Cette hausse est moins marquée pour les ménages aux revenus intermédiaires. (...)
En 2019, seuls 41 % des Réunionnais de 15 ans ou plus déclarent consommer des fruits tous les jours, contre 56 % dans l’Hexagone. La consommation quotidienne de légumes est aussi moins importante sur l’île (44 % à La Réunion contre 61 %). De ce fait, la recommandation du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) d’augmenter la consommation de fruits et de légumes, quel que soit le niveau initial, et de manger idéalement 5 portions de 80 à 100 grammes par jour, est loin d’être atteinte. Seulement 9 % des Réunionnais déclarent consommer au moins 5 portions journalières de fruits et légumes, et 20 % des résidents de Métropole.
Les ménages les plus modestes de l’île mangent très peu de fruits et légumes, entre 40 % et 50 % de moins que les ménages les plus aisés. Cet écart est plus important que dans l’Hexagone. La hausse des prix des fruits et légumes frais entre 2011 et 2017 n’est pas de nature à encourager leur consommation pour les plus modestes : + 17 % pour les légumes et + 35 % pour les fruits.
L’autoconsommation, c’est-à-dire la consommation de fruits ou légumes issus du jardin, concerne près d’un ménage réunionnais sur cinq en 2017, une proportion proche de celle des provinciaux. Les ménages de moins de 35 ans et les familles monoparentales sont peu concernés (12 %), car ils disposent aussi moins souvent d’un jardin ».

Près de 50 % de la population sous le seuil de pauvreté

Il s’avère donc que la consommation de fruits et légumes est liée à la classe sociale. C’est la conséquence du pouvoir d’achat correspondant à chaque classe sociale. Il est révélateur de constater tout d’abord que la dépense moyenne pour la nourriture au sein de la classe la moins favorisée était de 240 euros par mois en 2017, soit pas loin de 50 % du RSA versé à une personne seule. Lorsque s’ajoute le loyer et le paiement des factures, il n’est pas étonnant que pour de nombreux Réunionnais, il ne reste pas grand-chose pour se nourrir après le 15 du mois.

Double peine pour les plus démunis

Les données rappellent le poids de la pauvreté à La Réunion. Avec près de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté, il n’est pas étonnant qu’en moyenne, les Réunionnais mangent moins de fruits et de légumes qu’en France. Cela peut sembler paradoxal, sachant que le climat de La Réunion fait de notre île un pays de cocagne pour la culture de fruits et de légumes.
Une telle carence en produit frais et le recours à des aliments transformés à bas prix fragilisent la santé. La consommation de produits frais permet de mieux conserver les qualités des aliments. Cela contribue à renforcer le système immunitaire, première ligne de défense des Réunionnais en cas d’importation d’une épidémie à La Réunion. Dans ces conditions, une alimentation pauvre en produits frais et riche en produits transformés abusant de sel et de sucre créent des conditions à l’affaiblissement du système immunitaire. Cela favorise également l’apparition de causes de comorbidité telles que le diabète ou l’hypertension.

Soutenir les jardins partagés et les producteurs indépendants

Dans ces conditions, manger normalement apparaît comme un luxe pour la majorité des Réunionnais. Le seul moyen de concilier revenus faibles et consommation de fruits et légumes frais reste le recours à l’autoconsommation. Mais comme le précise l’INSEE, cela se heurte à l’évolution de l’habitat à La Réunion. Le recours à des immeubles collectifs ou à des maisons individuelles construites sur des terrains de faible superficie rend impossible l’accès à un jardin.
C’est en réponse à cette situation que des initiatives visent à redonner la possibilité aux Réunionnais de cultiver leur jardin potager même s’ils vivent dans un immeuble collectif. C’est le cas à Saint-Denis notamment, dans les quartiers du Chaudron et des Camélias.
Il est tout aussi important de donner les moyens à la production locale de nourrir la population réunionnaise qui n’a pas les moyens de se payer des fruits et légumes tous les jours. Une des pistes peut être l’élargissement de l’accès aux aides publiques aux agriculteurs qui ne sont pas affiliés à une coopérative. Ces aides contribuent à baisser le coût de production, avec à la clé une répercussion à la baisse sur les prix. Rappelons que durant le confinenement, ces producteurs indépendants étaient au rendez-vous des marchés organisés pour ravitailler la population.

M.M.

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  • Partager son temps puis sa récolte le moment venu en cultivant de la terre agricole, des jardins familiaux comme dans l’ex zoo du Chaudron, à commune prima etc. La canne, c’est fini, le sucre, je pense qu’il y en a assez et que l’on pourra changer de produits, il donne le diabète, qui entraîne des handicaps, perte de la vue, amputations, danger ! Favoriser le bio pour les cantines scolaires, d’entreprises, les prisons, CHU etc. Abandonner ou taxer fortement les produits importés, gorgés de conservateurs, d’exhausteurs de goûts, de colorants, bref qui sont pas bons, tout simplement, retrouver de la dignité, prise de conscience de l’importance de bien manger, boire, respirer, tout se tient, tient tient, c’est vrai. Arthur.

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