Santé

Kanaky-Nouvelle Calédonie et COVID-19 : quarantaine obligatoire même pour un ministre français

Pas de traitement de faveur pour Sébastien Lecornu : priorité à la protection de la population

Manuel Marchal / 7 octobre 2020

Pour cause d’épidémie de COVID-19 et en raison des mesures spécifiques s’appliquant en Kanaky-Nouvelle Calédonie, la visite officielle de Sébastien Lecornu y commencera par deux semaines de quarantaine dans un lieu dédié. Les lois et règlements votées dans le pays s’imposent en effet à tous, y compris à un ministre français. En Kanaky-Nouvelle Calédonie, protéger les habitants de tout risque de contamination à cause d’un cas importé est une priorité qui ne l’a pas été à La Réunion.

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Un article publié hier par « Les Nouvelles calédoniennes » annonce une visite ministérielle assez singulière :

« Le ministre des Outre Mer décolle, demain jeudi (aujourd’hui - NDLR), de Paris, à destination de Nouméa. En respectant la quarantaine, il travaillera et consultera durant deux semaines d’un lieu pour l’instant tenu secret – a priori pas à l’hôtel – puis en allant sur le terrain durant une semaine, jusqu’à fin octobre.
Un séjour de ministre pratiquement de trois semaines, c’est une grande première ! La crise sanitaire y est vraiment pour beaucoup, mais le référendum n’a fait que conforter le besoin de travailler longuement sur place. C’est à la demande, formulée lundi matin, par le président de la République Emmanuel Macron et par le Premier ministre Jean Castex que le jeune ministre prend des quartiers inédits sur le caillou. Sébastien Lecornu a informé personnellement tous les responsables politiques calédoniens de cette organisation exceptionnelle. »

Dynamique irréversible vers le retour à l’indépendance

Deux informations sont à retenir. La première est indépendante du contexte sanitaire. Cette visite fait suite au référendum du 4 octobre marqué par un taux de participation important, plus de 85 %, et par le progrès général du « oui » à la totale souveraineté partout dans l’archipel : 46,6 % au lieu de 43,3 % dans le premier des trois référendums permis par l’Accord de Nouméa.
Depuis que les Kanak ont obtenu de la France un partage du pouvoir en Kanaky-Nouvelle Calédonie, deux provinces sur trois sont dirigées par des indépendantistes. Ils ont montré qu’ils sont capables de développer une région tout en intégrant la minorité d’origine européenne présente dans ces territoires. Le Congrès, l’assemblée délibérante votant les lois spécifiques au territoire, est de nouveau présidé par un indépendantiste, à la suite du ralliement du parti mélanésien à cette cause.
D’ailleurs, pour de nombreux habitants de la Kanaky-Nouvelle Calédonie, l’indépendance n’est plus un projet mais un processus déjà entamé afin de fermer la parenthèse de la colonisation par le retour à la pleine souveraineté d’un pays où un peuple premier accepte d’accorder la même citoyenneté aux immigrés venus d’Europe et d’ailleurs justifiant d’une résidence depuis 1994.
C’est pourquoi Paris dépêche sur place un envoyé spécial chargé de faire le point après cette nouvelle étape dans le retour vers l’indépendance d’un pays colonisé voici 150 ans.

La sécurité de la population plus importante qu’un ministre de passage

La seconde information montre qu’en Kanaky-Nouvelle Calédonie, ce sont les lois votées par les représentants des citoyens calédoniens qui s’imposent aux règlements venus de Paris.
A son arrivée dans le territoire, le ministre ne bénéficiera pas de traitement de faveur puisqu’il devra respecter une quarantaine de deux semaines. La seule différence avec un passager ordinaire est que son lieu de quarantaine n’est pas encore connu, et ne sera probablement pas un hôtel.
Avec un tel protocole sanitaire, ne viennent dans le pays que ceux dont la présence est vraiment indispensable. C’est pourquoi à la différence de La Réunion où les portes sont ouvertes aux voyageurs venus de France, tout défilé de ministres est donc exclu.
Or, La Réunion et la Kanaky-Nouvelle Calédonie ont un point commun, elles sont toutes les deux des collectivités territoriales de la République. Mais la responsabilité obtenue par les citoyens calédoniens reste refusée aux Réunionnais qui ont assisté impuissant à la contamination de leur île par l’arrivée d’une multitude de cas importés de COVID-19.

M.M.