Santé

L’opinion mesure la dangerosité de l’épidémie

Réunion d’information sur le chikungunya

Témoignages.re / 9 janvier 2006

L’association apolitique “l’Île de La Réunion contre le chikungunya” rencontrait le public samedi à Saint-Louis, pour une information sur cette épidémie. Bien que sollicitée, la DRASS manquait à l’appel.

La réunion d’information sur le chikungunya, orchestrée par l’association “l’Île de La Réunion contre le chikungunya” se tenait samedi à 17 heures à l’école de Plateau Goyaves à Saint-Louis en présence d’une centaine de personnes. Josette Brosse, la présidente de cette association, conviait à cette rencontre de santé publique Olivier Magnaval, le sous-préfet de Saint-Pierre, Cyrille Hamilcaro, le maire de Saint-Louis et vice-président du Conseil général, et les experts de la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales. Seuls les représentants de ce service de l’État manquaient à l’appel. Josette Brosse, embarrassée, ne pouvait donner d’explication à ce désistement de dernière minute.

Il perd un œil, puis affecté par la maladie, perd l’usage de l’autre

Nul doute, l’épidémie de chikungunya fait des victimes chaque jour. Josette Brosse confie "récemment l’une de mes connaissances perdait un œil, puis le virus l’a atteint et aujourd’hui, il a perdu la vue". Un Saint-Louisien affirme suite à une visite médicale, le médecin lui confie "le recensement d’une quarantaine de cas de victimes de chikungunya en l’espace d’une journée". Cyrille Hamilcaro avoue "ma famille est affectée, moi non". Olivier Magnaval, en bon pédagogue, brossait la genèse de l’apparition de la maladie à La Réunion. "Elle débute en mars dernier", commente-t-il. À ce moment, un participant prend la parole et lui indique "depuis 2004, des proches ont ce mal". Le sous-préfet se contentait de répondre "je me réfère aux données de la DRASS".

Qu’est-ce qui nous tombe sur la tête ?

Puis, le débat se déplaçait sur le terrain glissant de l’information ou de la désinformation sur le chikungunya. L’ensemble du public note "la rétention d’information et déplore l’absence de représentants de la DRASS pour les éclairer sur les aspects de ce virus". Il signale "le suivi de l’évolution de l’épidémie dans les journaux". Chacun pouvait se faire sa propre opinion. Jusqu’au jour où les Réunionnais se sont demandés ce qui leur tombaient sur la tête. De nos jours, "la population regrette l’absence d’interventions des agents du service vectoriel de la DRASS pour démoustiquer les ravines notamment à Saint-Louis. Certaines fourmillent de moustiques". Le public constate à l’unanimité le risque imminent de propagation et compose le numéro vert de cette direction pour des interventions. Mais, ironise un participant, "nous ne les avons vu qu’en photos".

La non-prise en considération de la souffrance

Ensuite, le public faisait part au représentant de l’État et à l’élu "de la non prise en considération de leurs souffrances". Selon Olivier Magnaval, "chaque Réunionnais a une part de responsabilité pour lutter contre le chikungunya". Cyrille Hamilcaro chiffre à un million d’euros la lutte contre l’épidémie sur Saint-Louis. Multiplié par 24 - le nombre de communes à La Réunion - sans tenir compte de leurs superficies, cela donne 24 millions d’euros au minimum, alors que les collectivités doivent déjà faire face aux problèmes du logement et de l’emploi. Récemment des parlementaires réunionnaises, Gélita Hoarau et Huguette Bello, demandaient la prise en compte de ce drame humain au niveau national. Mais pour l’instant, pas d’avancée sur ce point légitime.

"Moustik, pik pa moin, moustik"

Certes chacun fera un geste pour se préserver de la maladie. En achetant du spray par exemple "en rupture de stock au sein de ma commune" informe une Entre-deusienne. D’autres ont suivi à la lettre les consignes d’utilisation du produit “Halte aux moustiques”. Ils constatent après une application dans le jardin de la disparition de toute trace de vie des insectes. Olivier Magnaval rappelle "le respect des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé pour la diffusion du produit chimique chez les particuliers ou les ravines". Un médecin de passage dans l’île intervient à ce moment et affirme "en propageant le produit l’épidémie disparaîtra à terme mais pas le virus".

Cette première réunion d’information de l’association “l’Île de La Réunion contre le chikungunya” révèle bien l’inquiétude des Réunionnais quant à cette maladie aux conséquences graves. Elle s’affiche comme apolitique et le public en prenait acte. Certains d’entre eux quittaient les lieux en fredonnant un séga bien connu des Réunionnais "moustik, pik pa moin, moustik".

Jean-Fabrice Nativel


Chikungunya et rentrée scolaire

Le SGPEN-CGTR et l’UNATOS-FSU alertent sur le danger sanitaire

"Le non-renouvellement de 700 emplois dans les collèges et les lycées va inévitablement aggraver les problèmes d’hygiène et de sécurité existants déjà au sein des établissements scolaires", écrivent dans un communiqué commun le SGPEN-CGTR et l’UNATOS-FSU. Pour les deux syndicats, 700 emplois en moins à la rentrée, ce sont "des espaces verts mal traités et au pire laissés en jachère, des salles de classes et des sanitaires mal nettoyées, une moindre sécurité alimentaire au niveau de la restauration scolaire..."
Dans le contexte de l’épidémie de chikungunya, "la santé de nos élèves est directement menacée et cela nous ne pouvons l’accepter", expliquent les syndicalistes qui rappellent que selon les épidémiologistes et les autorités sanitaires, "chaque déchet non traité représente un risque sérieux de niche larvaire du virus".
SGPEN-CGTR et UNATOS-FSU appellent à prendre des mesures nécessaires : "au minima, doter les collèges et les lycées du même niveau d’emploi de services que celui qui existait dans les collèges et les lycées avant les vacances de fins d’année ; renouveler urgemment les contrats de nos 700 collègues et faire en sorte de mettre un terme définitif à la précarité de leur situation qui est dommageable au bon fonctionnement des structures scolaires".
"L’État, plus que jamais, devant la précarité de la situation sanitaire, face aux graves dysfonctionnements que ne manqueront pas de connaître nos collèges et lycées, doit prendre toutes ses responsabilités", affirment les syndicalistes qui soulignent qu’un préavis de grève a été déjà déposé pour la rentrée.