Santé

La crise de confiance envers la viande et le lait réunionnais s’amplifie

Avec l’apparition de la chlamydiose bovine

Manuel Marchal / 4 juin 2019

Après la leucose bovine, une autre maladie touche les élevages, la chlamydiose bovine. Ceci interroge sur les mesures prises pour empêcher l’importation de maladies qui contaminent le cheptel réunionnais. En effet, dès 1976 notre île était frappée par la brucellose en toute discrétion eu égard à la censure pratiquée à l’époque par l’État sur cette question. Or la Brucellose est une maladie transmissible à l’être humain et dangereuse. Depuis d’autres épidémies ont touché La Réunion. Hier, des éleveurs soutenu par une coopérative et la Chambre d’agriculture ont demandé à l’État d’informer sur la bonne santé du cheptel réunionnais pour que la population puisse être en confiance quand elle consomme du bœuf réunionnais. Pour sa part, l’ADEFAR milite pour que l’État prenne des mesures visant à éradiquer ces épidémies.

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Photo Toniox.

Depuis le développement de l’élevage à La Réunion, le cheptel a été touché par plusieurs maladies dévastatrices.
Les plus marquantes furent tout d’abord la brucellose. En 1976, une mystérieuse maladie décime le cheptel bovin réunionnais. Au terme d’une campagne de plusieurs mois, “Témoignages” arrive à créer un rapport de force favorable pour qu’enfin toute la lumière soit faite sur cette épidémie. Le Préfet finit par avouer à Daniel Lallemand, représentant de la CGTR au Conseil économique et social, que cette maladie est la brucellose.

Le précédent de la brucellose

Elle avait été transmise par des animaux importés d’Afrique du Sud. A l’époque régnait dans ce pays le régime de l’apartheid que soutenait alors la France, ce qui entraînait des relations commerciales dont les éleveurs réunionnais ont alors payé un lourd tribut. Ce grave avertissement n’a pas suffi. Et les élevages de notre île continuent à être contaminés par des maladies venues d’ailleurs sans que l’information soit elle bien transmise.

Ceci a amené la création d’une structure comme l’ADEFAR (association de défense des éleveurs de La Réunion) : « Nos premières actions sont parties de bovins vivants atteints d’IBR, importés par les deux filières Sicalait et Sicarévia, en 2003. C’est à partir des dossiers et autres analyses découverts chez les éleveurs que nous, membres de l’ADEFAR, avions pris conscience de l’état sanitaire préoccupant du cheptel bovin à La Réunion ». Et de citer « l’anaplasmose, la babésiose, la BVD (Diarrhée Virale Bovine), la CAEV, la cowdriose, la FCO (Fièvre Catarrhale Ovine), la fièvre Q, l’IBR (Rino-trachéite Infectieuse Bovine), la LBE, la leptospirose, la maladie hémorragique épizootique, la paratuberculose ». Ceci entraînant un taux de mortalité dans les élevages 4 fois supérieur à celui de la France.

Scandale de la leucose bovine

Plus près de nous, c’est la question de la leucose bovine qui reste toujours préoccupante. « Déjà en 1988, des vétérinaires demandaient que des mesures soient prises contre la leucose bovine enzootique (LBE), car elle était déjà la première pathologie rencontrée dans les élevages bovins à La Réunion » alertait l’ADEFAR lors d’une rencontre avec la presse l’an passé. Cette maladie transmissible à l’être humain entraîne des mesures drastiques en France. Si un animal est identifié comme contaminé, alors tout le troupeau est abattu. En conséquence, le virus de la leucose bovine a très peu de risque d’être présente dans la chaîne alimentaire conduisant à l’être humain. Cela s’explique par l’application du principe de précaution. En effet, aucune étude ne permet de démontrer à 100 % que ce virus est inoffensif. Des recherches menées sous la direction de Gertrude Case Buehring à l’Université de Berkeley aux États-Unis fait état d’un lien entre la passage dans le sang humain du virus de la leucose bovine (BLV) et la prévalence du cancer du sein : « L’ampleur de l’association entre l’ADN du BLV et le cancer du sein est similaire à celle de facteurs de risques établis, tels que les antécédents de reproduction, les hormones et le mode de vie ». Mais La Réunion est dispensée de l’application de ces mesures de prophylaxie. Un arrêté du gouvernement accorde en effet à notre île une dérogation, les animaux malades peuvent ainsi être transformés en viande destinée à l’alimentation humaine ».

Manifestation d’éleveurs et de la SICALAIT

Maintenant, c’est d’une nouvelle pathologie dont il est question : la chlamydiose bovine. Interpellé, l’État se veut rassurant. Dans un communiqué publié le 1er juin dernier, la Préfecture précise que la chlamydiose bovine n’étant pas une maladie dite « réglementée » car pouvant affecter gravement l’être humain, l’État n’est pas responsable du suivi. Par ailleurs, la Préfecture explique que la maladie n’est pas mortelle pour un animaux contaminé, mais peut entraîné des avortements. Si une femme enceinte est présente lors d’un de ces avortements, alors cela peut entraîner une interruption involontaire de grossesse. C’est le risque le plus important officiellement admis. La bactérie responsable de la chlamydiose bovine n’étant pas présente dans le lait et la viande, ces produits peuvent donc être consommés en confiance.

Cette prise de position n’est pas suffisante pour des éleveurs concernés. Certains se sont donc mobilisés hier à Saint-Pierre avec le soutien de la SICALAIT, de syndicats et de la Chambre d’agriculture. En effet, ces éleveurs craignent que le bœuf réunionnais ne soit plus consommé par les Réunionnais. Ils demandent donc à l’État d’agir pour une clarification sur l’état sanitaire des troupeaux réunionnais et affirment que leur cheptel est sain.
Pour sa part, l’ADEFAR milite pour que l’État prenne des mesures visant à éradiquer ces épidémies. C’est une mesure nécessaire, afin qu’il soit mis fin aux pratiques qui permettent d’importer à La Réunion des bêtes malades qui contaminent ensuite les élevages.

M.M.